‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 55 sur 108 · CLXXXI · texte numérisé non relu

CLXXXI

Tout à la fois philosophe et mathématicien , Fardella tendait comme lui à l’universalité. Il était alors plongé dans les plus difficiles questions sur la nature de l’àme et son immortalité. Leibniz lui donna les premiers traits de la théorie de la substance et quelque teinture de ses mathématiques. Le commerce lié se continua par lettres après le départ de Leibniz, et, dans les quatre qui nous sont restées, on les voit discuter à fond sur la nature de la substance] et de l’étendue. Le progrès qu’avait fait Leibniz sur l’esprit de Fardella fut sensible lors de sa grande querelle avec Matteo Georgi, racontée par M. Bouillier. Seulement, M. Bouillier l’a cru sous l’influence de Malebranche , avec lequel il avait depuis longtemps cessé tout commerce, quand il était bien évidemment sous celle de Leibniz, dont il défend dans ses écrits les maximes arrêtées sur la nature de l’étendue. Enfin, si l’on en veut des preuves moins théoriques et plus sensibles, cette chaire de professeur, à Naples, qu’obtint Fardella quand il quitta Barcelone, l’empereur Charles VI la lui accorda à la demande de Leibniz qui était tout puissant, et c’est à cette nouvelle conquête que celui-ci fait allusion en ces termes : « Un savant abbé italien, professeur de mathématiques à Padoue, qui donna fort dans ma nouvelle hypothèse. » Il y donnait si bien qu’il faisait du point inétendu et insécable la source même de l’étendue.

Le réformateur de l’histoire, l’auteur de la Science nouvelle, Yico, est de même un génie leibnizien et un partisan de la méthode ontologique ('), qui s’adresse

(') Voir sur Vico le remarquable travail de la princesse de Beljoiose.

ATTAQUE AU CARTESIANISME. CLXXXIU

comme Fardella à Platon et à Leibniz, et qui non-seulement ne suit pas aveuglément Descaries, mais le réfute. Son attaque au cartésianisme paraît empruntée aux lettres que nous publions (*). Il partage les préventions de Leibniz contre ce qu’il appelle l’épicurisme physique de Descartes, il le condamne comme lui et dans les mêmes termes, et il recourt aux monades, qu’il n’a pas même la pensée de déguiser sous ses points métaphysiques.

On pourrait en conclure contre l’auteur de la Philosophie cartésienne que l’enseignement de la philosophie moderne en Italie produisit bien vite une attaque et une réforme, dont les principales parties sont empruntées à Leibniz. On pourrait même aller jusqu’à dire que Fardella, nommé à la demande de Leibniz à une des principales chaires de philosophie à Naples, y enseignait Leibniz et non point Descartes, et que Vico, élève de tous deux, n’a fait que suivre une conception leibnizienne en réformant l’histoire.

(i) il est curieux de penser que cette réfutation toute leibnizienne du cartésianisme, adoptée par Vico, a été renouvelée de nos jours en Italie dans la Civittà catolica.

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