‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 59 sur 108 · CLXXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXXVIII

Non-seulement il admet avec Descartes , et malgré ses contradicteurs, qu’il y a une idée de Dieu, mais il prétend pousser cette idée à ses dernières conséquences contre ses partisans craintifs, qui répugnent à s’avancer sur le terrain de la raison. On voit déjà que, s’il se sépare de Descartes, ce n’est pas sur les principes fondamentaux, mais sur l’application qu’il en fait et la méthode de démonstration qu’il emploie .

Leibniz a reconnu, dans les Nouveaux Essais, que l’argument de Descartes , renouvelé de saint Anselme, n’était ni un sophisme, ni un paralogisme, et il semble qu’il cherche un nom nouveau à lui donner, quand il dit : « C’est une démonstration imparfaite qui suppose quelque chose qu’il fallait encore prouver. » En effet , Descartes induit Dieu plutôt qu’il ne le démontre, et c’est une induction qu’il a faite pour trouver Dieu bien plus qu’une démonstration pour prouver son existence.

Mais si Descartes peut être absous du reproche de paralogisme, il ne l’est pas de celui d'induction imparfaite. L’induction de Descartes, qui peut se formuler ainsi : « J’ai en moi l’idée de Dieu ; donc Dieu existe, » n’est pas celle qui s’appuie uniquement sur les faits extérieurs, tels que la vue du monde ou le spectacle de la nature, mais celle qui repose sur la nature intime de notre esprit, en se servant des données qu’il nous offre. Il fallait, pour qu’elle fût valable, vérifier toutes les suppositions qu’on peut faire et n’en pas laisser une seule sans preuve. Or, il suffit de considérer l’argument de Descartes pour voir qu’il a laissé subsister quelque chose d’hypothétique dans son point de départ : il n’a pas vérifié la possibilité de Dieu en analysant tous les carac-

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