‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 7 sur 108 · SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XVII · texte numérisé non relu

SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XVII

et l’opposer à celle de Descartes. Nous suivons dans ses écrits la trace de ses études platoniciennes : non-seulement il s’entourait de ses écrits, mais il avait voulu connaître les travaux de ses devanciers. Il avait consulté, c’est lui-même qui nous l’apprend par une note (‘), la version tant vantée de Marsile Ficin ; il y avait joint la paraphrase insignifiante de Théophile, qu’il avait trouvée bien indigne de la célébrité qu’elle avait eue autrefois en France (3). Mais la version de Ficin ne lui avait pas paru un guide bien sûr. 11 n’avait pas tardé à s'apercevoir de la faiblesse de cette première renaissance; il la juge, dans une de ses lettres à Foucher, avec une sévérité et une exactitude critique qu’on n’a point surpassées : a Ficinus et Patritius, dit-il , ont suivi Platon, mais mal , à mon avis, parce qu’ils se sont jetés sur les pensées hyperboliques et ont abandonné ce qui était plus simple et en même temps plus solide. Ficinus ne parle partout que d’idées, d’âme du monde, de nombres mystiques et choses semblables, au lieu de poursuivre les exactes définitions que Platon tâche de donner des notions (3). » C’est qu’il y a deux renaissances du platonisme : l’une toute d’ostentation qui ne consiste que dans la pompe des mots ; l’autre, plus sobre, plus socratique,

daos le Phédon de Platon, qui est merveilleusement conforme à mes sentiments sur ce point... Aussi ce rapport m’a donné envie de le traduire, quoiqu’il soit un peu long. Peut-être que cet échantillon pourra donner occasion à quelqu’un de nous faire part de quantité d’autres pensées belles et solides qui se trouvent dans les écrits de ce fameux auteur.

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(»} Lettres et Opuscules inédits, 1” partie, 1854, p. 47.

mais aussi plus réelle, qui cherche dans Platon une philosophie exacte et solide, des commencements de défi» nitions, des propositions non moins assurées que celles d’Euclide et d’assez beaux échantillons qu’il a donnés de la force de l’analyse des anciens. C’est cette étude plus sévère qu’il reproche à Ficin et à l’école de Careggi d’avoir abandonnée pour les pensées hyperboliques, et qu’il essaya de substituer aux trompeuses amorces de la première.

Mais ce jugement qu’il portait sur une renaissance du platonisme qui n’avait pas été sans éclat, il l'eût porté sans doute sur cette renaissance plus moderne dont nous lûmes témoins. Qu’avons-nous vu en effet? Nous avons vu des critiques qui se croyaient pénétrants louer sans réserve dans les néoplatoniciens d’Alexandrie ce que Leibniz condamnait dansPatritius et dans Ficin. On a essayé de remettre en honneur ces idées, ces âmes du monde, et ces nombres mystiques dont il avait fait justice. On a cherché des rapports subtils, mais faux, entre la triade des Alexandrins et la Trinité des chrétiens. On s’est perdu dans de fausses apparences; on s’est plongé dans les obscurités de la Gnose etde la Cabale; et, pendant qu’on essayait ainsi de ranimer je ne sais quel fantôme d’un Platonisme menteur, on a négligé ce travail plus réel et plus sérieux qu’indiquait Leibniz, et qui eût été de reprendre avec lui l’analyse des notions, commencée par Platon, mais abandonnée par ses disciples. En vérité, Leibniz, qui s’est montré sévère aux néoplatoniciens de la renaissance, n’eût pas épargné nos modernes Alexandrins. Ces mêmes principes d’exacte critique qui lui ont fait condamner les premiers se retournent contre les se-

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