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DES PREUVES DE DIEU. CXCIII

nir toutes les bases de sa méthode, et que Leibniz, qui paraissait jaloux de n’en point divulguer le secret, n’en devait point si aisément faire confidence, même à une grande princesse. Mais quel que soit le jugement que l’on doive porter sur la caractéristique universelle à laquelle il s’en réfère, cette caractéristique n’est elle-même qu’un cas spécial de son analyse de l’Inlini qui ne peut être contestée. Cette analyse, qui obtient les formes par la suppression des limites et l’évanouissement des différences, et les pousse à l'infini par la simplicité, étant bien le même procédé qui nous donne les perfections infinies de Dieu par la négation de toutes limites , on ne voit pas pourquoi, si elle établit en mathématiques le rapport des formes entre elles d’une manière précise, elle n’établirait pas ce rapport en métaphysique.

L’harmonie ne se limite pas d’une manière arbitraire aux seules mathématiques, et si ce procédé a une rigueur parfaite pour les formes prises dans l’espace et dans le temps, pourquoi ne garderait-il pas son exactitude pour les formes absolument prises, en dehors du temps et de l’espace, telles qu’elles subsistent en Dieu ? « Les règles du fini réussissent aussi dans l’infini et réciproquement ('). »

L’harmonie de toutes les formes simples absolument prises ou de toutes les perfections infinies, qui revient à l’accord de toutes les vérités éternelles , est donc en dernière analyse la preuve de la possibilité de Dieu même ; et comme cet accord est progressif , et ne se fait qu’à mesure des nouvelles découvertes dans les

(') Leibniz, Lettre à Varignon.

OXCIV

sciences, la démonstration complète de l’existence de Dieu dépend do tout ce que les sciences lui apportent, et du plus ou du moins d’harmonie qui y règne.

On comprend maintenant pourquoi Leibniz, en commençant sa lettre, énonçait avec une certaine pompe toutes les découvertes qu’il avaitfaites en mathématiques, en physique, en logique; pourquoi il insistait surtout sur sa nouvelle analyse en géométrie, et sur le rapport de ces nouvelles découvertes. C’était rassembler des matériaux pour la démonstration cherchée; c’était déjà en quelque façon démontrer Dieu.

A la même époque où Leibniz travaillait à perfectionner la démonstration cartésienne de l’existence de Dieu, un Allemand qu’il avait connu à l’université d’Iéna, où il était professeur, cherchait aussi la preuve mathématique. Erhard Weigel n’était pas seulement un habile mathématicien, mais un philosophe et un moraliste versé dans l'élude du droit naturel. Et si quelques-unes de ses idées en mécanique et en astronomie étonnent par leur originalité, on ne peut qu’approuver ses courageux efforts et ses ingénieuses inventions pour la réforme des écoles, l’éducation du peuple, et l’adoption du calendrier grégorien. Leibniz, qui professait pour lui une véritable estime, le loue en tête de ses Remarques eu des termes qu’il faut citer. « Weigel, dit-il, est digne d’éloges pour sa vertu, sa constance et sa charité qui, lui faisant mépriser les mauvais juges, lui fait rompre

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