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DES PREUVES DE DIEU. CXCV

la glace et essayer par des effets pour la gloire de Dieu et le bien public ce que d’autres se contentent de désirer par de stériles souhaits... Rien de plus élégant que les analogies tirées des choses mathématiques et qu’il applique à la morale; rien de plus propre à fixer dans les esprits ces deux ordres de vérités et à les faire éclater en acte, l’occasion étant donnée. »

Les Remarques de Leibniz sont consacrées à l’examen d’une démonstration nouvelle de l’existence de Dieu dont Weigel était l’auteur, et qu’il avait publiée dans un livre intitulé : Le Miroir des vertus.

Cette preuve, qui reposait sur l’idée de la création continuée et sur la notion de l’Etre dépendant, lequel ne dépend pas plus de Dieu au premier moment de son existence que dans tous ceux qui suivent, avait paru assez neuve et assez importante à Leibniz pour qu’il la soumît à sa critique. Le dogme de la création continuée, ce dogme cher aux cartésiens, qui expliquaient par lui la conservation des choses, était accepté par Leibniz, qui le trouve très-véritable et conforme à la doctrine reçue; mais s’il acceptait le dogme en lui-méme, il n’admettait pas les conséquences panthéistiques que quelques cartésiens en avaient tirées. « Quelques cartésiens, dit-il dans ses Remarques, enlèvent la force d’agir aux choses, et font de Dieu le seul acteur, et cette opinion, qui paraît sourire à notre Weigel, ne me satisfait pas entièrement. » La preuve de Weigel reposait en effet sur le principe de l’anéantissement du fini et sur un miracle déraisonnable, qui consisterait à le recréer sans cesse de nouveau. Weigel suivait en cela les cartésiens dont parle Leibniz qui, afin de prouver que les choses sont continuellement

produites de nouveau, se fondent sur ce que notre existence présente n’emporte pas l’existence future. C'était renverser le foudement même de notre individualité, et élever la démonstration de l’existence de Dieu sur un principe panthéistique.

La discussion de Leibniz est donc d’autant plus importante que c’était une nouvelle forme de démonstration cartésienne qu’il examinait dans Weigel|; et que c’est le principe de sa Monadologie qu’il oppose à celui de la création continuée des cartésiens.

Weigel avait exposé sa preuve en ces termes : « Comme l’existence de ce monde renaît sans cesse et à chaque instant, et que cela ne peut se faire par son existence antérieure, qui n’existe plus, ni par le néant où elle est retombée, il suit de là qu’en dehors des choses de ce monde , qui sont essentiellement transitoires , il y a quelque chose de permanent qui tire à chaque instant du néant les existences des choses de ce monde, en d’autres termes, qu’il y a un créateur du ciel et de la terre. »

Il n’est pas difficile de reconnaître sous cette forme bizarre et propre à Weigel un nouveau remaniement de la preuve de Descartes. Descartes avait dit : « De ce que moi, être imparfait et box-né, j’existe et je me sens exister, il s’ensuit qu’un être parfait et qui m’a tout donné existe. » Weigel allait plus loin et disait : « Non-seulement les choses sont imparfaites et finies, mais elles sont anéanties et créées de nouveau à chaque instan t ; et cette création nouvelle implique un créateur, à savoir Dieu. » Descartes cherchait à s’élever du fini à l’infini; mais Weigel, autorisé d’ailleurs par l’exemple dequel-

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