DES PREUVES DE DIEU
ques cartésiens , et pour remonter comme eux des choses passagères à un être stable, et de la caducité du monde à la permanence de son auteur, anéantissait le fini pour retrouver l’infini. C’était la fausse application et l’exagération sensible du procédé de Descartes, le recours enfin à un de ces miracles que Leibniz appelait déraisonnables.
La preuve de Weigel contredisait l’un des axiomes favoris de Leibniz, à savoir que rien n’est anéanti, et que l’annihilation des êtres est un plus grand miracle que leur création. Elle supposait non-seulement la continuelle production des choses à nouveau, mais leur continuel anéantissement. « Je m’étonne, s’écrie Leibniz, que l’on ait érigé en principe ce qui par soi-même avait tant besoin de preuve, puisque c’était le nœud de la difficulté. Il est bien vrai que les modes de l’existence se renouvellent sans cesse par des raisons de temps, de lieux ou de circonstances. L’être d’aujourd’hui est différent de celui d’hier; c’est autre chose d’être dans son jardin que d’être dans sa maison, d’être bien portant ou malade ; on peut dire même que notre vie d’aujourd’hui diffère de celle d’hier, la vie du jardin de la vie du foyer, la vie saine de la vie malade. Mais tous ces changements respectifs d’existence, tous ces modes divers ne prouvent point le changement de l’existence absolue, et surtout un changement tel que la chose soit anéantie. Sans doute il peut y avoir une diversité d’existences respectives même simultanées, suivant les divers rapports; ainsi, dans ce fait, que nous étions l’été passé dans notre jardin, nous pouvons distinguer l’existence en été de l’existence dans un jardin, car l’existence dans le temps
CXCVHI
diffère de l'existence locale, et ce n’est que par accident que le temps et le lieu coïncident. Or, l’existence dans le temps est dans un flux perpétuel par la force de sa nature, tandis que l’existence locale, quantitative, circonstantielle, tantôt change et tantôt demeure. Quant à l’existence absolue, elle est toujours la même, et non multiple, comme la relative. Il fallait donc montrer que le cours du temps suffit à l'emporter, et que la chose est alors anéantie et créée de nouveau. »
« Weigel insinue, pour appuyer sa proposition, que le temps et l’existence sont même chose ; mais cette assertion manque de preuve, j’en demande la démonstration. Et d’ailleurs, quand même on accorderait que l’existence des choses est emportée par le temps, et qu’elles sont continuellement créées de nouveau par quelque chose de permanent, quelle est cette chose? Rien ne prouve qu’elle est une, qu’elle est le créateur du ciel et de la terre, qu’elle est Dieu. »
Weigel a montré par sa preuve le danger d’appliquer à faux le procédé de Descartes, qui fut perfectionné par Leibniz. Il l’appliquait mal assurément quand il faisait sortir d’une thèse cartésienne une doctrine d’anéantissement et qu’il voulait réduire les choses à n’ètre rien, pour prouver que Dieu est tout. Si, pour prouver l’existence de Dieu, il fallait anéantir les êtres, nier la personnalité humaine, montrer, comme on le disait alors, les créatures toujours naissantes, toujours mourantes, sans être un seul instant que par miracle, le dogme de l’existence de Dieu serait un dogme funeste et antiphilosophique. Leibniz avait donc raison, tout en rendant justice aux droites intentions de Weigel et des car-