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SOURCES DE LA PHILOSOPHIE DE LEIBNIZ. XIX

conds. Iis le guideront dans sa réforme du Platonisme.

Pour lui, Platon est un génie merveilleux qui, sans avoir toute la méthode, en a eu des pressentiments et comme une intuition. Il a retrouvé, comme il le dit, certains dogmes cachés dans les replis de la conscience humaine, plus encore par la chaleur de son esprit et les élans de son âme que par une lumière constante et réfléchie : ex calore magis et impetu quàm ex iuce nota ('). Ces étonnantes anticipations de l’esprit grec n’avaient pas échappé à Leibniz. Platon a vu, nous dit-il, que la matière ou l’étendue seule ne suffit pas pour former une substance (i). Il a de plus, s’élevant au-dessus d’une sophistique vaine et contentieuse, retrouvé une marche naturelle pour arriver aux formes et aux idées : et, voilant sous le nom deréminiscence une vérité fondamentale de la philosophie, il a soutenu que les premières notions étaient innées.

On m’objecte qu’une différence réelle sépare les types de Platon et les formes de Leibniz, et j’ai moi-même énoncé cette différence, bien loin de la nier (s) : non, les formes éternelles de Platon ne sont pas les monades substantifiées de Leibniz; les types et archétypes des

(') Lettre à Fardella, App., p. 560.

P) Appendice, p. 256.

(*) Voyez l’introduction des lettres et opuscules inédits, p. xcw. L’auteur n’ayant pas encore à cette époque publié le résultat de ses recherches à Iianoover sur les études platoniciennes de Leibniz, il n’est pas étonnant que M. Caro, dans la Revue contemporaine, et M. Erdmanu dans celle de Halle, lui aient adressé quelques objections pleines de bienveillance sur ce Platonisme de Leibniz qu’ils ne pouvaient point conualtre.

choses ne sont pas leur nature vivante. Les modèles sur lesquels elles sont formées diffèrent de ces sources d’action que Leibniz a appelées des entélechies. Je sais même que , si l’on veut retrouver les idées de Platon dans la philosophie du temps, c’est Malebranche qui les rendrait telles qu’il les a reçues des mains d’Augustin, l’Oratoire est le sanctuaire qui en a gardé le plus fidèlement le dépôt. Et cependant Leibniz me paraît plus profondément initié à ce génie de la Grèce, que la renaissance avait fait reparaître dans la science et dans les lettres. C’est lui qui a le mieux deviné cette philosophie grecque qu’on ne savait point alors, et quand même il aurait voulu corriger Platon par Aristote et les scolastiques (*), ce qu’il a observé n’en est pas moins vrai, que les principaux dogmes de sa philosophie s’y trouvent au moins dans leur germe. Cette grande pensée de Leibniz, qu’il y a de l’harmonie partout, remplissait Socrate d’un saint enthousiasme, dans le Phèdre et le Banquet. C’est les yeux fixés sur le type immuable de l’ordre que Platon dictait la République et les Lois. La recherche des causes finales, bannie des écoles d'Elée et d’Ionie, mais recommandée par Socrate, était rétablie par lui contre les philosophes trop matériels. Enfin, la région des possibles et le monde des idées se ressemblent. Le Démiurge reparaît agrandi dans cette raison architectonique des choses qu’inaugurait Leibniz (intelligenlia supra-mundana). Et l’on ne saurait nier que tous deux par la fermeté de leurs principes ne se donnent la main à travers les siècles et ne soient unis contre les sophistes

(’) Lettre de Leibniz, 25 juillet 1707, à Hanschius.

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