‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 71 sur 108 · PAR LEIBNIZ · texte numérisé non relu

PAR LEIBNIZ

1610. Je ne crois pas que le P. Mersenne puisse eslre compté entre les sectateurs de M. Des Cartes. On voit assez qu’il n’entroit pas fort avant dans ses opinions bien qu’il estoit fort de ses amis , mais avec cette adresse qu’il ne laissa pas de se conserver celle de MM. Fermât, Hobbes, Gassendi et Roberval. Je ne crois pas que les Maximes de morale et de logique qu’on rapporte ny ayent esté faites par Des Cartes écolier c’est par anticipation sans doute que M. Baillet les fait entrer dans le récit de ses estudes de collège.

1613. Je n’ay pas encore le petit traité de M. Des Cartes de l’escrime.

1619. Il est vray que M. Des Cartes donnoit dans

(') La vie de Descartes dont il est ici question est par Baillet. Il avait fait demander des renseignements à tous les savants, même étrangers, qui avaient eu commerce avec la personne ou les écrits de ce grand homme. M. Cousin a publié dans ses Fragments les remarques de Hugens. Nous publions celles de Leibniz, que nous avons retrouvées à Hanovre, et qui sont inédites.

84 REMARQUES SUR l’ ABREGE DE LA VIE

sa jeunesse dans des pensées un peu chimériques , on le voit par ses Olympiques. Mais je ne crois pas qu’il ait esté véritablement enthousiaste pour quelque temps comme M. Baillet l’a pris qui n’a pas assez considéré ce que M. Des Cartes entendoit par les fondemens de la science admirable.

— 1025. L’opinion de M. Des Cartes sur le tonnerre est une des moins raisonnables , et le bruit de la cheute des neiges dans les Alpes qui luy en a donné l’occasion ne prouve rien.

— 1626. Je oroiray volontiers que M. Des Cartes n’avoit point veu Galilée en Italjp. Cependant on remarque qu’il estoit jaloux de la réputation de ce grand homme.

— 1629. Il est vray que M. Des Cartes s’appliqua de temps en temps à la médecine, mais il eut esté à souhaiter qu’il s’y fut appliqué d’avantage et avec plus d’attachement aux observations qu’aux hypothèses. Car il faut avouer que les considérations des atômes et petites parties sert peu dans la praclique.

— 1630. 11 me semble qu’on fait tort à M. Isaac

Béeckman

. . . M. Des Cartes donnoit un étrange tour aux

choses quand il estoit piqué contre quelqu’un.

— 1636. Au sujetde la géométrie de M. Dès Cartes il est bon de scavoir que ce fut M. Golius qui fournit l’occasion à la faire naistre et qui contribua aux ouvertures qu’il eut dans cette science. Car M. Golius estoit très versé dans la géométrie profonde

des anciens qui avoit esté comme oubliée depuis. Et comme M. Des Cartes faisoit sonner fort haut sa méthode et la facilité qu’elle luy donnoit de résoudre le grand problème des anciens rapporté par Pappin, qui consiste dans un certain dénombrement des lignes courbes par les lieux. Ce problèmo cousta six semaines à M. Des Cartes et fait presque tout le premier livre de sa géométrie. 11 servit aussi à désabuser M. Des Cartes de la petite opinion quïl avoit eue de l’analyse des anciens. J’ay cela de M. Hardy qui me l’a conté autrefois à Paris. . . M. Bayle s’étonne dans quelque endroit queM. Des Cartes a pu se résoudre à employer six semaines à un seul problème. Mais il faut considérer que ce problème contient une grande suite d’autres.

1637. Je crois que l’animosité qu’il y a eu entre M. Des Cartes et M. de Roberval venoit d’une raison plus importante que de ce que M. Des Cartes avoit omis de luy donner un exemplaire de ses Essais. La véritable raison a esté sans doute que M. Des Cartes avoit la coustume de parler des autres savans avec un grand mépris.

Et Roberval estoit un homme fier, ardent et contentieux. M. Des Cartes sans doute estoit bien plus profond que luy et plus capable de faire des découvertes. Mais il estoit comme les méditatifs ont coustume d’estre et comme un homme qui ayant beaucoup de grandes vues ne scauroil avoir le loisir de se charger la mémoire des particularités de eha-

Page 1