‹ Nouvelles lettres et opuscules inédits précédes d'une introductionChapitre 72 sur 108 · REMARQUES SUR L'ABREGE DE LA VIE · texte numérisé non relu

REMARQUES SUR L'ABREGE DE LA VIE

que matière. Mais M.Roberval, n’ayant que les mathématiques en teste et faisant profession d’enseigner, avoit sa science preste et pour ainsi dire au boust de la langue. Cela faisoit que M. Des Cartes avoit de la peine à luy tenir teste dans les conversations ou le monde ne juge que par les dehors. . . M. Roberval me raconta à Paris que Des Cartes paroissoit écolier auprès de luy, et d’autres me l’ont confirmé. Il affectoit de se trouver aux Compagnies ou M. Des Cartes venoit pour avoir l’occasion de le harceler, et ce fut une des raisons qui fit quitter Paris à M. Des Cartes comme M. Raillet a remarqué plus bas.

1637. Autant que je puis juger par les lettres de M. Des Caries, M. Fermât avoit trouvé et communiqué à ses amis sa méthode de maximis et minimis avant que la géométrie de M. Des Cartes avoit paru. Quant à la querelle qu'il y eut entre ces deux excellens géomètres, comme la méthode de M Fermât aquelques avantages considérables sur celle que M. Des Cartes venoit de publier dans sa géométrie, on voit clairement que celuy-ci se sérvoit de chicanes pour la décrier d’autant qu’il avoit un peu trop vanté luy-même la sienne, qu’il avoit appliquée aux Tangentes disant que c’estoit ce qu’il avoit le plus désiré de scavoir dans la géométrie : en quoy je suis nullement de son avis.

1638. [Longue note sur les insultes de Des Cartes à Fermât Gillot son domestique satisfesoit à sa place

à ses objections]... C’est Snellius Hollandois qui a le premier découvert la véritable loy des réfractions. Ainsi toutes les apparences sont que M. Des Cartes qui estoit si curieux de ces choses, qui avoit séjourné si longtemps en Hollande et qui practiquoit les meilleurs mathématiciens l’a scue. Cela se confirme aussi en ce qu’il n’en a pas scu la raison, et que voulant l’expliquer à sa mode par la composition du mouvement perpendiculaire avec les parallèles qu’il avoit appris de Kepler, il s’ estoit embarrassé étrangement. . . Je n’ay pas vu ce monsieur Snellius, mais je suis persuadé que la voye par laquelle il a trouvé cet important Théorème a esté la même que M. Fermât a employé depuis et qui l’a mené à la même loy sans s’y attendre et sans rien scavoir de Snellius. Et ce qui me le fait croire, c’est que les anciens se sont servi de la même méthode pour démonstrer l’égalité des angles d’incidence et de réflexion que MM. Snellius et Fermât ontpoussée à la réfraction. La postérité a depuis rendu justice à ces deux Messieurs, et ceux qui ont approfondi ces choses demeurent d’accord que M. Des Cartes n’a pas esté inventeur ny de la loy de réfraction ny de sa raison . Cependant la raison des anciens tient quelque chose de la considération des finales ça esté ce qui a fait qu’on a cherché encor une raison obefficiente. M. Hobbes s'estoit servi de la considération d’un rayon solide. M. Barron l’avoit poussé plus avant, mais il semble que l’explication

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de M. Hugens par les ondes est la plus profonde et la plus apparente que nous ayons jusqu’ici.

Je crois que M. Des Cartes a eu raison de dire que le jeune M. Pascal âgé de seize ans lorsqu’il fit son Traité des conques avoit profité des pensées de M. Des Argues. 11 me semble aussi que M. Pascal l’a reconnu luy-méme. Cependant il faut avouer qu’il avoit poussé les choses bien plus loin. C’est dommage que cet ouvrage dont MM. Perrier neveux de M. Pascal me montrant des fragmens à Paris n’a pas esté donné au public.

1641. Je ne trouve pasqueM. Des Cartes ait esté ravi qu’on l’ait prié de donner l’abrégé de ses méditations métaphysiques dans un ordre géométrique, ny que l’exécution luy en ait paru facile. On remarque plustot qu’il a eu de la peine à s’y résoudre et à le faire. Aussi on peut dire qu’il y a très-mal réussi et qu’on y voit clairement la foiblesse de ses argumens cachés auparavant sous les belles apparences du Discours suivi des Méditations.

11 faut avouer que M. Ilobbes faisant des objections à M. Des Caries écrit fort civilement et que M. Des Cartes y répondit d’une manière fière et insultante et comme un homme qui parle par monosyllabes, et qui daigne à peine son adversaire de réponse. C’est que figulus figulum odit et que M. Des Cartes avoit quelque jalousie de la réputation de M. Hobbes qu’il considérait comme un concourantdans lafondation d’une nouvelle philosophie.

On a trouvé depuis que les pensées de M. Hobbes n’estoient pas si méprisables que M. Des Cartes vouloit faire croire. Ce philosophe se moquoit de M. Hobbes qui disoit que la réflexion des corps venoit du ressort. Cependant ce sentiment a esté justifié depuis.

Je croy que M. Des Cartes régloit sa manière de traiter les gens honnestement ou fièrement selon les maximes d’une certaine politique, il insultoit à MM. Fermât, Hobbes et Gassendi quoyqu’ils eussent usé de beaucoup de civilité à son égard parce que leur manière de philosopher faisoit outrage à la sienne. Mais il traita M. Arnaud avec beaucoup d’honnesteté parce qu’il voyoit bien qu’il n’y auroit pas de concours entre eux et qu’ils avoient en quelque façon les mêmes intérests contre les docteurs vulgaires de l’école et surtout contre les Jésuites avec lesquels M. Des Cartes méditoit d’entrer en guerre. Cette espèce de politique paroist aussi dans les manières différentes dont M. Des Cartes a usé en parlant de M. Bouilliaudet de Campanella : mais en différens endroits il parle du premier avec estime pour la même raison qui luy sert à mépriser le second; c'est que l’un et l’autre s’estoit trompé en s’écartant des routes de la philosophie ordinaire.

Quant à M. Gassendi, je trouve que M. Des Cartes n’en a pas bien usé à son égard et que ses manières de répondre s’éloignent fort de cette honnesteté qui sied bien dans les disputes. Le prétexte qu’on

40 REMARQUES SUR L’ABRÉGÉ DE LA VIE allègue pour excuser M. Des Cartes scavoir que M. Gassendi dans les entretiens familiers ne parloit pas de nostre philosophe avec la modération qui paroissoit dans scs objections peut estre faux et s’il est vray je m'imagine que ces expressions de M. Gassendi auront esté postérieures à la réplique de M. Des Cartes. Mais quand il seroit vray que M. Gassendi eut parlé autrement qu’il m’écrivoit, M. Des Cartes auroitasseurement mieux fait d'avoir pourlepublic lesmêmeségardsqueM. Gasscndiavoit eus, eide donner plustot un exemple do modération que d’emportement. La pluspart des lecteurs ne connoissant point ces discours familiers prétendus confèrent la répliqué avec les objections et n’approu ven t point qu’on oppose des manières choquantes à des expressions douces et honnestes.

1642. Je ne m’imagine pas que le cartésianisme ait fait un grand progrès dans l’ordre des Jésuites.

J’ay appris qu’un Ànglois de cet ordre dont nous avons un livre intitulé Thomœ Jionarlis Nordlani Ângli Concordia scientiœ cum fi de, essuya des mortifications pour avoir paru [trop porté à suivre les sentimens de ce philosophe.

1643. M. de Sorbière qui avoit vu M. Des Cartes dans sa retraite témoigne d’avoir reconnu en luy le désir insatiable d’ estre chef de secte et une affectation qui rendoit ses démarches estudiées ce qu’il n’avoit pas trouvé en M. Gassendi dont le procédé estoit plus franc et les manières sans artifice.

1644. Je m’étonne comment on peut dire que M. Des Cartes a eu assez de modestie pour se donner nulle part l’autorité de décider ; luy qui est peutestre le plus affirmatif des philosophes qu’on avoit jamais vu jusqu’à avoir dit quelque part que si on découvroit la moindre erreur sur ce qu’il avoit dit de la lumière, il déclaroit que toute sa philosophie estoit fausse. Ce qui estoit doublement hyperbolique , car on scait assez aujourd’hui que sa doctrine sur la lumière est pleine d’erreurs.

Mais il ne s’ensuit pas pour cela que toute sa phi losophie est fausse car ses parties ne sont pas aussi bien liées qu’il veut que nous croyions.

1645. Je ne pense pas qu’on puisse accuser M. Regius avec justice d’avoir esté plagiaire de M. Des Cartes. Il luy avoit souvent rendu justice en reconnoissant combien il luy estoit obligé. Mais M. Des Cartes qui vouloit regenter les gens sur lesquels il croyoit avoir quelque autorité ayant maltraité Regius sous des prétextes assez légers, le parti le plus raisonnable que celuy-ci pouvoit prendre estoit de ne plus parler de luy ny en bien ny en mal. En quoy il obéissoit aux ordres de son magistrat... M. Des Cartes en critiquant la thèse de M. Regius se sert de chicanes fort plaisantes, entre autres parce que Regius avoit intitulé sa thèse : Explication de l’âme, etc., M. Des Cartes dit qu’il faut croire qu’il y aura mis là toutes ses raisons et qu’il n’aura plus rien à dire. liés! vray que cette thèse n’a esté

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publiée que l’an 1647, mais j’en ay voulu parler icy par avance.

11 est vray que M. Des Cartes tenoit la quadrature du cercle pour impossible , mais il ne paroist pas qu’il en ait eu une démonstration.

1647. M. Des Cartes ne dit pas seulement qu’il n’a point de raisons de prouver que le monde soit fini, mais il dit de plus qu’on n’en sçauroit avoir.

M. Golius n’a jamais esté cartésien.

1648. M. Roberval ayant obtenu les papiers du P. Mersenne et les lettres de M. Des Cartes qui y estaient ; il est à croire qu’elles se trouveront parmy les papiers que M. Roberval a laissés à l’Académie Royale des Sciences.

Rien que M. Morus ait estimé infiniment M. Des Cartes on voit bien par les lettres qu’il luy envoit, qu’il avoit dès lors des sentiniens particuliers.

1649. Sur la mort de Beaune... erreur. Mépris

de Des Cartes pour M. Schooten non motivé

Je veux croire que la reine de Suède a eu beaucoup d’estime pour M. Descartes et quelle l’a honoré de sa contiance jusqu’à luy faire part aussi bien qu’à M. Chanut des dispositions qu’elle avoit pour le dessein extraordinaire qu’elle a pris depuis, mais de dire qu’elle l’ait mis de son conseil secret, c’est en quoy je ne voy pas d’apparence.... J’ay sçu à Rome des personnes qui avoient eu l'honneur d’approcher souvent de la Reine qu’elle avoit témoigné que M. Jean-Alphonse Borelli luy paroissoit

plus grand philosophe que Des Cartes luy-même. Je ne suis nullement de l’opinion de la Reine. Cependant on voit par là que l’estime qu’elle a eue pour M. Des Cartes n’a pas esté si grand qu’on dit; je crois que s’il avoist vécu il auroit essuyé les inégalités de l’humeur de cette grande princesse.

Je ne sçay quels grammairiens M. Baillet entend en parlant de la cour de la Reine de Suède. Est-ce qu’il donne ce nom à MM. Saumaise, Bouchard, Naudé, Isaac Yossius, Freinshemius, dont les mérites et les connoissances fort estendues ont esté reconnues généralement.

1650. J’avoue cependant que les lumières de M. Des Cartes dans la connoissance de la nature ont estéplus utilesau genre humain que toute l’érudition de ces Messieurs-là. Et il auroit esté à souhaiter que nostre philosophe fut parvenu à l’aage de M. Hobbes ou de M. Roberval. Car asseurément il auroit encor fait des découvertes très-importantes, dont sa mort déplorable nous a frustré. En effect je tiens que le genre humain y a fait une perte très-grande qu’il sera très-difficile de réparer. Et quoyque nous ayons eu depuis de fort grands hommes qui ont même surpassé M. Des Cartes en certaines matières, je ne conçois aucun qui ait eu des veues aussi générales que luy, jointes à une pénétration et profondeur aussi grande que la sienne.

riATOlWS PHÆDO CONTRACTUS.

PLATONIS PHÆDO

VEL DE ÀNIMI IMMORT ALITATES)

SALV1S SENTENTIIS

A LFJBN1ZIO CONTRACTUS (*).

Echecrates à Phædone, qui morienti Socvati affuerat, totius rei gestæ, et ultimorum in prirais sermonum tanti viri narrationem petit. — Cui Phædo, morem gerens, refert ea de die, qua venenum in carcere hausit Socrates, affuisse illi, præter se, Allienienses, Apollodorum et Critobulum, etpatrem hujus Critonem et Hermogenem, Epigenem, Æschinem, Antisthenem, Ctesippum, Menexenum ; peregrinos verô Simmiam ac Cebetem et Phædondam, Thebanos; tùrn EuclidemetTherpsionem, Megarenses. Hi ad Socratem manè ingressi (ait Phædo), sedentem in leclicâ et crura nuper, ut fieri solebat,

(') Postea in Theophili paraphrasim incidi, in qua versus inlermiscenlur. Fuit olim in Gallia celebris. Locis quibusdam a sensu prorsus aberravit Theophilus. Verbi gratia, cum Cebes exclamat : proh Jupiter! subaddit Phædo : Thebanorum more, significans Thebanos in serraone hanc exelamationem subdere soiitos esse. Theophilus contra interpretatus est quasi Cebes hæc rerba dixisset : Thebanorum more. ( Nota Leibnizii ab editore in latinum versa.)

(>) Nota quædam Leibnizii manu exarata mensem martium 1676 indicat, utpote conlracti sermonis istius tempus. ( Nota editoris.)

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