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NOTICE DE L’ÉDITEUR

SUR LA CORRESPONDANCE DE LEIBNIZ ET d’aRNAULD.

On s’étonnera de voir rejetée dans un appendice une correspondance qui, soit pour la gravité des questions philosophiques, soit pour le développement du système est la plus importante. Je dois donc au lecteur les motifs tout de délicatesse qui me font rejeter k la fin du volume un ensemble de pièces du plus haut rang, et sacrifier pour ainsi dire celte correspondance si longtemps et si vainement cherchée, et qui n’avait point vu le jour en France.

L’abbé Colignon était un chanoine de Lisieux. Il en-^tretenait des relations avec l'Allemagne par l’interraé-» diaire de son frère, qui avait une position h la cour du landgrave de Hesse. Ce landgrave était un singulier personnage qui, après avoir fait la guerre et l’amour, ne faisait plus que de la théologie et en avait un goût immodéré. Très-curieux de tout ce qui paraissait de

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nouveau en France et en Allemagne, il lia un commerce avec Leibniz, qui rayonnait de l’Allemagne en France et hors de France, et égalait, par l'étendue et la diversité de ses relations, la richesse et l'universalité de ses connaissances. Sa correspondance avec le landgrave, qui fait aussi partie de la succession de l’abbé Colignon, atteint le chiffre de cent quatorze lettres, sur des sujets variés de philosophie, de littérature et de politique, et surtout de théologie. Quelques-unes de ces lettres sont de véritables petits traités sur la matière. On y suit l'histoire des démêlés des jésuites et des jansénistes; on y recueille le fait si précieux et si avéré d’un projet de Leibniz pour faire adopter sa philosophie en France. Enfin, et c’est lh le point, on y découvre tout un plan du landgrave pour convertir Leibniz, et toute une apologie de Leibniz, qui, d’abord ébranlé, ne veut point se convertir et en donne les raisons.

Je ne reviendrai pas sur ces délicates questions d’ouverture tendant h conversion successivement ajournées, discutées, puis repoussées par Leibniz. J’ai moi-même ailleurs discuté la valeur et les considérants du Systema theologicum, et sans le rejeter comme une pièce apocryphe, sans lui ôter même ce caractère de perfectibilité dogmatique dont il est le témoignage irrécusable, en le croyant enfin un monument précieux de la science théologique de son auteur, j’ai été contraint d’abandonner ceux qui en ont fait un monument explicite de sa foi. L'introduction peut servir a dissiper bien des nuages sur la religion de Leibniz, sans qu’il soit nécessaire de recourir a des interprétations outrées. Et il suffira de dire ici, que cette correspondance avec le landgrave est le

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corollaire indispensable du Systema theologicum , que seule elle peut servir a lui assigner sa véritable place dans l’œuvre de ce philosophe théologien, et que sans elle il faut renoncer h le comprendre.

Mais la correspondance avec le landgrave n’était ellemême que la chrysalide h peine formée d’où devait sortir une correspondance plus importante, plus glorieuse, celle avec Arnauld.

Legrand Arnauld avait été l’intermédiaire choisi par le landgrave pour discuter avec Leibniz les points de foi et les questions religieuses qu’il avait à cœur de voir résolues: c’était aussi un grand cartésien. El c’est ainsi que par un attrait philosophique bien explicable, après lui avoir soumis d’un air mystérieux et dans le plus grand secret le futur compromis théologique, tendant à la réunion des Églises protestantes avec l'Église catholique, Leibniz se trouva amené a lui faire examiner son propre système de philosophie, et cela dans la période même de sa croissance et de son développement, au moment où son esprit vigoureux mûrissait les germes de haute métaphysique d'où devait sortir une philosophie nouvelle, et suivant lui destinée a effacer le cartésianisme. Arnauld, sollicité par le landgrave, avait mission de convertir Leibniz. Leibniz, dans son ardeur métaphysique, voyait de son côté un cartésien a convertir à sa philosophie. De là, l’intérêt de celte correspondance.

Les lettres, toutefois, se suivirent d'abord assez aigres et mêlées dequelque amertume qu’avait ressentieLeibniz h la suite d’une boutade d’Arnauld, mais bientôt sérieuses, élevées et même sereines, rachetant des deux parts un premier malentendu, et vraiment philosophiques par

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la profondeur des aperçus, par la subtilité des pensées ei par le progrès lent, mais souteuu d’Arnauld dans la nouvelle philosophie.

On ne saurait nier en effet, et j’ai essayé de meitre ce point hors de doute dans l'introduction, que si Leibniz, par le SySlema theologicum e t les explications données h Arrtauld par l’intermédiaire du landgrave, s’est montré toujours animé d’un véritable christianisme, et dépassant de beaucoup l’horizon étroit des théologiens de Willemberg, d’Iena et d’Helmsladt, Amauld, h son tour, est sorti de ce commerce moins tartésien qu’il n’y était entré, ou, si l’on veut, plus leibnizien.

Ni l'un ni l’autre ne s’étaient convertis complètement, mais tous deux s’étaient mutuellement éclairés.

On s’étonnera, sans doute, que des lettres si graves aient entièrement échappé à la sagacité des premiers éditeurs de Leibniz et d’Arnauld, et aient si longtemps attendu de voir lé jour. Nous écrivions h ce sujet, il y a quelques années, ce qui suit :

« M. Erdmann, l’habile professeur de Halle, et éditeur considérable de Leibniz après Dutens, nous rappelle dans sa préface, pages xv-xvii, qtie l’éditeur des œuvres d’Antoine Arnauld a eu les lettres de Leibniz entre les mains, mais qu’il négligea, sauf quelques fragments, de les publier; il en donnait la raison que voici : « Notis n’hésiterions pas de donner toutes ces lettres au public, si nous avions pu en même temps lui donner les réponses de M. Arnauld, mais celles-ci nous manquent. Nous croyons devoir laisser aux éditeurs des œuvres de Leibniz le soin de donner en entier toutes ces lettres. — Nous avons pris le parti d’en donner ici des extraits. Nous en

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