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avons retranché les discussions métaphysiques qui nous ont paru trop subtiles et trop alambiquées pour être agréables à nos lecteurs, et peut-être même trop dangereuses dès là que nous ne pouvions pas y joindre les répliqués de M. Arnauld. » C’était un étrange scrupule. M. Erdmann ajoute qu’on ne sait cë que ces lettres sont devenues, qu’on apprend seulement par une notice de Feder, Specimina selecta , p. 277 (1804), que la bibliothèque royale de Hanovre conserve les lettres inédites de Leibniz et d’Aruauld, mais que des copies de ces lettres avaient été demandées pendant l’ocbupalion française, par le général Mortier, pour un savaht de Paris. Feder ajoute qu’il ne s’en était pas occupé, ne voulant pas concourir avec le dessein qu’on pourrait avoir eh France de les faire imprimer Voilà des faits, ajoute M. Erdmann qui ne peuvent pas être niés. Il va sans dire qde les lettres de Leibnifc à Arnauld, dont parle Feder, n’étaient pas celles que l’éditeur français dés lettres d’Arnauld (1776) avait eues entre les mains, mais les minutes mêmes ou projets de la tnàin de Leibniz. M. Erdmann ne donna d’ailleurs que la lettre écrite de Venise (23 mars 1690) *et il assurait même que les autres n'existaient plus à Hanovre. Il est bien vrai, selon lui, qu’il existe une liasse (fasciculns) sous le nom d’Arnauld, mais qui ne contient que les lettres d’Arnauld seul. Feder avait bien vu autrefois dahs cette liasse deux lettres de Leibniz à Arnauld, la première en latin, la seconde en français, mais toutes deux n’étaient que des lettres de politesse, nihil niai ver ba officiosa continentes. ■Erdmann prétend que ces deux lettres avaient été sans doute remises avec les autographes dans le temps que les
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lettres d’Arnaukl avaient été copiées sur l’ordre du maréchal Mortier. Or, la bibliothèque royale de Hanovre n’ayant pas réservé de copies de ces lettres, il n’avait pas à s’en occuper, puisqu’il ne pouvait deviner ce qu’elles étaient devenues. »
«En 1842, M.Guhrauer publia une vie de Leibniz, et dansune note, il faisait ressortir les contradictions du savant éditeur. Il pense que les minutes (concept) de toutes ces lettres se trouvent encore parmi les papiers de Leibniz h Hanovre ; il en donne même les raisons : 1» la notice imprimée de Feder parle de la correspondance entière et des originaux de celte correspondance, originaux que la bibliothèque a dû garder, puisque le savant de Paris n'en a obtenu que des copies. Cette notice a assurément plus de poids pour la critique que lediredeM.Erdmann, qui veut la mettre en contradiction avec le témoignage de Feder sur les deux lettres de politesse; 2° M. Erdmann, en second lieu, prétend que les autographes auraient été envoyés à Paris, tandis que Feder dit en propre termes : Les lettres ont été demandées en copie. Enfin, ce savant français n’était autre que l’abbé Emery, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice h Paris, qui avait publié son livre de Y Esprit de Leibniz, et qui, dans l’exposition de sa Doctrine de Leibniz, 1819, communiqua quelques extraits traduits des lettres de Leibniz h Arnauld (de Mayence). Or, la correspondance inédite de l’abbé Emery et de Feder nous démontre que le supérieur de Saint-Sulpice avait reçu les lettres de Feder, et qu’elles n’étaient pas les originaux de Leibniz. Ces lettres sont d’ailleurs purement philosophiques, et traitent de la preuve de la possibilité de la transsubstantia-
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tion. Ce qui prouve que la bibliothèque royale de Hanovre n’a pas dû se dessaisir des véri labiés lettres de Leibniz à Arnauld, et que l’erreur de M. Erdmann provient d’un malentendu qui s’expliquera sans doute. Il est probable que si la liasse de la bibliothèque ne contient pas les lettres de Leibniz, elles se trouveront ailleurs, dans quelque coin inexploré. »
« Et, en effet, les recherches failesù Paris par MM. Cousin et Bouiller ont prouvé, par leur insuccès même, que ces lettres n’y étaient pas. Elles n’étaient pas du moins dans les papiers de M. l’abbé Emery, où on aurait dû les trouver, suivanlM. Erdmann. Si elles y sont, que l’on dise dans quel endroit. La science se féliciterait assurément de le savoir, et M. Cousin est tout prêt 'a se baisser pour les ramasser, s’il n’y a qu’ù se baisser toutefois. »
« Du reste si les éditeurs effectifs ont manqué jusqu’ù ce jour, les éditions en projet ne sont point rares. Le premier et le plus considérable de tous sans contredit est Leibniz lui-même, qui, dans les années 1707 et 1708, s’est occupé très-sérieusement de publier cette correspondance. Il écrivait ù l’abbé Bignon, en 1708 : « J’ay eu autrefois un commerce de lettres avec l’illustre M. Arnauld sur certains points de philosophie et de théologie naturelle, que je suis prêta revoir et à mettre en ordre à la prière de quelques amis. Et comme la feue reine de Prusse, princesse d’une grande pénétration, qui se plaisait a la lecture des ouvrages de M. Bayle, m’avait engagé souvent h lui dire mes sentiments, de vive voix et par écrit, sur les difficultés qu’il met en avant et que je ne trouvais point des plus insurmontables, on m’a prié de mettre ces écrits ensemble et de leur donner
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une collection. Je crois que ce que jë dirai sur ces matières pourra passer en France aussi bien qü’en Allemagne. Mais je n’ai pas encore pris de mësures pour l’impression, n’ayant pas encore tout mis dans l’état où il doit être.»
« Une autrelettre que nous avons retrouvée à Hanovre est écrite au libraire même qui devait suivre l’impression, et contient presque la minute du traité que Leibniz offrait de conclure avec lui. Celte lettre est inédite* et comme elle est d’importauce, je la donnerai in extenso. »
« Monsieur, j’ai reçu l’honneur de votrè lettre que M. de la Croze m’a envoyée et jë vëus réponds directement. L’ouvrage donf il vous a parlé sera un livre itioctavo. Il contient des méditations de plusieurs années, mais qui sont à présent plus de saison que jamais. Le but est de justifier la justice de Dieu et la libëfié de l’homme, et de montrer que le mal est compatible avec l’un et l’autre de ces attributs. Il y a des pensées un peu singulières, mais qui de choquent aucuns points de la théologie établie et qui portent la sagesse de Dieu et la spontanéité de l’homme au delà de Ce qu’on en avait conçu. Comme elles sont fondées en bonne partie sur mon système nouveau de l’harmonie préétablie, dont il est parlé dans les journaux et chez M. Bayle dans son dictionnaire art. Rorarius, et comme ce système a été assez bien reçu daus le monde, j’espère qu’ott n’en desapprouvera pas tout à fait les conséquences. On satisfait aux difficultés de M. Bayle, de Laurent Valla et de plusieursautres. On examine lesystèmë dü PèreMalebranchë sur les volontés particulières et générales de Dieu; il y aura Un échantillon nouveau d’une théologie d’un de mes
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amis ; enfin on y fait entrer beaucoup de discussions du temps. On finit par une fiction agréable commencée par Laurent Valla, mais corrigée et poussée plus loin pour faire voir que ce qui paraissait le plus embarrassant, selon Valla lui-même, nous fournit une issue fort commode. On met devant cet écrit un discours préliminaire touchant la conformité de la foi et de la raison; le plus souvent mal entendue.
« Après cet ouvrage publié, je pense donner aü public des lelttes que j’ai échangées avec M. Arnauld, M. Bayle, un ami de M. Locke, M. l’évêque de Meaux et quelques princes et princesses, sur des matières de philosophie ou de théologie. Sans parler maintenant de plusieurs autres pièces de ma façon, et particulièrement de mes réflexions sur les ouvrages du Père Malebranche, de M. Locke et de quelques autres personnes célèbres.
« J’ay aussi quelques manuscrits d’autruy que je pourrais donner, dont il y en a d’historiques; entre autres, je pourrais publier le Journal des voyages de l’empereur Charles-Quint, depuis sa jeunesse jusqu’à sa retraite en Espagne, fait par une personne qui l’a toujours accompagné. Ce journal éclaircit bien des choses et contient bien des particularités. »
« Je ne demande qu’un nombre considérable d’exemplaires, j’en ai le besoin à cause dé la quantité considérable d’amis que j’ai de tous côtés, de sorte qu’il me faut au moins cent vingt exemplaires, si je ne veux pas être réduit à en acheter moi-même, et cela même pourrait faire connaître l’ouvrage partout ('). »
(i) Lettre adressée à Pierre Uumbert, d’Amsterdam, sous le couvert de M. Garyant, envoyé à M. Mezevila. Hanovre, i707.
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On apprend par cette lettre tout ce qu’il nous intéressait de savoir : le nom du libraire, les conditions de Leibniz, le prix qu’il attache b ces lettres qu’il jugeait dignes encore, même en 1708, de voir le jour et de soutenir le voisinage de la Théodicée ; car c’est d’elle qu’il s’agit dans toute la première partie de cet écrit, et il est clair que dans sa pensée elles s’y rattachent et la préparent. Un seul renseignement nous manque. Pourquoi ces lettres ne virent-elles pas le jour alors ? Pierre Humbert rerusait-il de les éditer, et Leibniz, distrait par d’autres soins, différa-t-il jusqu’à sa mort, arrivée en 1716, de donner au public ces précieux manuscrits? Cette opinion parait la plus probable. Leibniz, si empressé d’écrire sur tous les sujets, était peu soucieux d’éditer ses œuvres, ainsi qu’on en peut juger par les Nouveaux Essais sur l'entendement humain, son plus grand ouvrage, et qui ne parurent point de son vivant.
« Pour nous, nous souhaitons vivement qu’un éditeur nous rende enfin ces manuscrits si longtemps enfouis et qui paraissent aujourd’hui perdus. »
Voilà le point où j’étais arrivé sur cette correspondance que je savais précieuse pour éclairer les véritables sentiments de Leibniz et nous faire connaitre l'une des principales phases de développement de son système, quand j’appris par une lettre que M. Travers, professeur au lycée de Caen et secrétaire de l’académie de cette ville, amateur éclairé des lettres et de la philosophie, possédait au moins la copie d’une part importante de ce trésor, et, connaissant mes études sur Leibniz, me proposait d’en prendre connaissance, m’offrant, avec une libéralité dont je lui sais gré, de consulter ces copies.
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Or à la même époque où le secrétaire de l’académie de Caen retrouvait, a Lisieux, dans les papiers de l'abbé Colignon, les copies de ces lettres, sans doute envoyées de Hesse-Casscl par son frère, et que lui-même avait préparées pour l’impression, ainsi que le prouvent les tables et avis de l’éditeur que nous avons entre les mains, deux hommes en Allemagne, très-connus par leur science, MM. de Rommel et Grotefend avaient retrouvé dans les archives confiées b leurs soins ('), l’un dans celles de Hesse-Cassel et dans la bibliothèquedu dernier landgrave de Hessen-Rolenbourg où étaient conservés d’importants manuscrits du landgrave de Hessen-Rheinfels ; l’autre, dans celles de la bibliothèque de Hanovre, d'où sortira enfin la lumière sur le grand philosophe de Hanovre, ces deux correspondances si longtemps cherchées : le premier cent quatorze lettres tant de Leibniz que du landgrave, le second vingt et une lettres de Leibniz et d’Arnauld, et un discours métaphysique du premier.
C'est lk cequi expliquera au lecteur pourquoi les lettres de Leibniz et d’Arnauld, d’ailleurs si curieuses, figurent dans un appendice et seulement en partie. Il entre dans le plan de cet ouvrage de ne donner dans le corps du volume que ce qui est inédit, et bien que la correspondance avec Arnauld soit inédite en France et que les copies de l’abbé Colignon ne soient pas les minutes (*)
(*) H. de Rommel, historiographe de la maison deUessen, est aussi directeur des archives et de la bibliothèque de Cassel , où il trouva toute une liasse de copies de ces lettres, qu'il put comparer avec les originaux, qui lui furent envoyés de Hanovre. Quant à M. Grotefend, il n'est pas archiviste de la bibliothèque de Hanovre, mais il a, sous la direction éclairée de M. Shaumanu, secrétaire-archiviste, la garde d'honneur, si je puis dire, des papiers de Leibniz.
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de Hanovre, M. Grotefend s’est acquis par sa publicat o n un droit b l’estime des savants de France et une place considérable parmi les éditeurs de Geibniz.
Et maintenant si l’on nous demande comment nous nous expliquons l’existence de ces copies retrouvées 2* Lisieux dans la succession de l’abbé Colignon par l’infatigable secrétaire de 1’acadépiie de Caen, de la libéralité duquel nous les tenons, j’en donnerai l’explication qui m’a paru la plus naturelle. C’est que l’importance même dont étaient les lettres de Leibniz, dans la répm blique des savants, en multipliait les copies et faisait suppléer a l’impression toujours coûteuse par l’envoi de ces copies. C’est ainsi que pour la correspondance avec le landgrave en particulier, elle voyageait manuscrite et copiée de mains diverses en France et eu Allemagne, bien que les originaux fussent toujours h Hanovre. Il en aura été de même (et la découverte de M. Travers le prouve) pour la correspondance avec Arnauld, et je ne doute pas qu’on ne découvre un jour de nouvelles copies après les nôtres. F. C.
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