‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 12 sur 57 · S. A., EN DE ÇA LES MONTS · texte numérisé non relu

S. A., EN DE ÇA LES MONTS

Saint François lui donne connoissance d'une excursion qu'il fait dans une bourgade du pays de Gex qui est hors de l'obéissance de S. A.

50 avril 1611.

Monsieur ,

Estant appelle pour restablir le saint exercice de la foy, en une bourgade du pais de Gex, qui est de mon diocèse, mais hors de l'obéissance de S. A. Sme, j'ai voulu avant mon départ, donner connoissance à V. E. de ce petit voyage , auquel ma charge m'oblige , aftin qu'en toutes occasions j'observe, tant qu'il me sera possible, les loix de mon devoir. Dieu veuille à jamais bénir V„ E. , de la quelle je suis,

Monsieur,

Très humble et très affectionné serviteur en N. S. ,

François, Ev. de Genève.

ia<f LETTRE

Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé au monastère de la Visitation de Piguerol.

A MADAME DE CHANTAL

Sur les armoiries des monastères de la Visitation.

10 juin 161 1.

Bonjour, ma très chère fille, un accommodement qu'il faut faire ce matin entre deux de nos pasteurs de Gex , me prive de la consolation d'aller voir mes plus chères brebis, et de les repaître moi-même du pain de vie. Voilà M. Rolland que va suppléer à mon défaut, toutes fois il n'est pas assez bon messager pour vous porter la pensée que Dieu m'a donné cette nuit, que notre maison de la Visitation est, par sa grâce, assez noble et assez considérable pour avoir ses armes, son blason , sa devise et son cri d'armes , j'ai donq pensé , ma chère mère, si vous en êtes d'accord, qu'il nous faut prendre pour armes un unique cœur percé de deux flèches enfermé dans une couronne d'épines, ce pauvre cœur servant dans l'enclavure à une croix qui le surmontera, et sera gravé des sacrés noms de Jésus et Marie ; ma fille, je vous dirai à notre première vue mille petites pensées qui me sont venues à ce sujet, car vraiment notre petite congrégation est un ouvrage du cœur de Jésus et Marie, le Sauveur mourant, nous a enfantés par l'ouverture de son sacré cœur. Il est donc bien juste que notre cœur demeure par une soigneuse mortification toujours environné de la couronne d'épines qui de-

meura sur la tête de notre chef tandis que l'amour le tient attaché sur le trône de ses mortelles douleurs.

Bonjour encore ma fille, j'apperçois entrer nos plaideurs qui viennent interrompre la paix de mes pensées.

i3o« LETTRE.

L'autographe existe aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François informe S. A. du désistement des poursuites qu'exerçoit M. de Blonnay contre M. de Saint-Paul, à cause de la perte de son fils , et il implore la clémence du prince pour la rémission de la peine.

Aneci, 12 juin 1611.

Monseigneur,

Quelques vertueux gentilshommes et moy, ayant Dieu merci terminé les poursuites que le sieur de Blonnay faysoit à raison de la perte de son filz contre le sieur de Saint Paul, par un amiable et chrestien appaysement de toute inimitié et dispute. J'ay creu que je devois en donner asseurance à V. A. affin qu'il luy playse, de plus facilement, incliner sa clémence et donner sa grâce à celuy qui ayant la paix avec sa partie par cet accommodement , et le pardon de Dieu , par la contrition et confession , n'a plus à rechercher que la remission de la peyne, que V. A. seule luy peut ouctroyer, et que la débonaireté d'icelle luy fait espérer. Et moy je

continue à réclamer la divine bonté pour le parfait bonheur de V. À., de laquelle je suis,

Monseigneur,

Très humble, très fidèle et très obéissant orateur et serviteur,

François , Evesque de Genève.

i3ie LETTRE."

L'original existe aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saiut François se justifie auprès de S. A. de l'accusation calomnieuse d'ourdir des trames contre son État.

Aneci, 11 juin 1C11.

Monseigneur,

Ayant esté adverti que l'on m'avoit chargé auprès de V. A. de fayre certains mauvais mesnages d' estât avec les estrangers, j'en ay esté le plus estonné du monde, ne pouvant m'imaginer sur quell' apparence de fondement on peut bastir cette calomnie. Car encor que ces |ours mon devoir m'ayt nécessité d'aller à Gex et y arrester quelque temps, si est-ce que non plus là qu'ail-

(1) Cette lettre a déjà été publiée tom IX, pag. 130, mais sous la date du k décembre 1609. ïSous la reproduisons ici avec quelques variations.

leurs je ne me suis meslé de fayre ou dire chose aucune, que selon ma profession preschant, disputant, réconciliant les esglises , consacrant les autelz , administrant les sacrementz. Et non-seulement je n'ay point fait de mesnage contre le service de V. A., ce qui ne m'est jamais arrivé, ni ne m'arrivera jamais ni en effect, ni en pensée; mais au contraire autant que la discrétion et le respect que je doy à ma qualité me le permettent , j'ay observé tout ce que j'estimois estre considérable pour le service de V. A. affin de luy en donner advis , comme j'eusse fait par escrit, si à mon retour je n'eusse treuvé le commandement quelle me donnoit, de les porter de bouche à M. le marquis de Lans, auquel je parlay en toute franchise et naifveté; l'asseurant entr'autres choses que les bruitz touchant le dessein des François sur Genève n'estoyent que des vrayes chimères que quelques-uns avoyent peut-estre fabriquées pour rendre probables leurs prétendus services. Car en vraye vérité les François n'avoyent eu aucun' intention de surprendre à force cette ville là ; ayans trop d'appréhension de mouvoir les humeurs des hérétiques de France et de leur faire prendre les armes coram' ilz feront s'ilz peuvent toutesfois et quantes, qu'on fera de telz coups contr' eux. Tellement que ni M. le Grand de Bellegarde ni M. de Lux n'osèrent jamais y aller quoiqu'il y fussent invités de peur d'accroistre le soupçon que quelques-uns en avoyent. Vray est que le sieur de la Noue proposa là dedans par manière de conseil , qu'il seroit expédient de remettre les murailles au Roy de France pour éviter* les périlz quelles couroyent à tous momens. Mays soit qu'il donnast cette atteinte parle commandement de la Reyne, soit qu'il la fit de son propre mouvement, de quoy je n'ay rien

sc.eu apprendre de certain, elle fut si mal reçcue que (cuv delà ville en diverses occurrences disoyent tout haut qu'ilz se donneroyent plustost au malin qu'à V. A. et plustost à V. A. qu'au Roy ; d'autant que non-seulenieut V. A. les recevroit à meilleur marché que le llov ; mays quand elle voudroit altérer les conditions de leur donation ils auroyent plus de moyens de la rompre par l'assistance des voisins , que quand elle seroit faite en faveur du Roy. Et ne scai si ce pour ce regard il vint point à propos qu'à mesme temps les Souisses qui revenoyent d'auprès de V. A. dirent en passant des merveilles en faveur des droitz qu'elle a sur le pays de Vaux , de quoy ceux de Genève furent extrêmenu ut esineuz. Et, sur ce propos ,j j'appris de divers discours des François que si nostre Saint-Père se remuoyt un peu vivement envers les Souisses catholiques et la Reyne, comm' il le doit faire en considération de la religion , il n'y auroit point de difficulté de faire heureusement réussir les prétentions de V. A. contre les Bernoys, desquelz la grandeur est de longue main ennuyeuse aux Souisses catholiques ; et puisque la Reyne doit plus désirer l'amoindrissement du parti huguenot que soupçonner l'agrandissement de V. A.

Je dis plusieurs autres particularités à M. le marquis de Lanz des quelles sans doute il aura eu bonne mémoire, pour les représenter à V. A., laquelle je supplie très humblement de croire que j'ay gravé trop avant en mon cœur le devoir que je luy ay, pour jamais me relaseher à faire chose qui puisse tant soit peu nuyre au service de ses affaires; et que j'ay une trop grande ai ersion au tracas des choses d' estât pour jamais y vouloir penser d'un' attention délibérée. Ni moy, Monseigneur, ni pas un de mes proches n'avons ni en effect ni

en prétention aucune chose hors l'obéissance de V. A. Je ne sçay donq comment la calomnie ose me représenter avec des affections estrangères , puisque mesme je vis, Dieu merci, de telle sorte que comme je ne mérite voyrementpas d'estre en labonne grâce de V. A. n'ayant qui puisse dignement correspondre à cet honneur-là; aussi mérité-je de n'estre jamais en sa disgrâce ne faysant ni n'affectionnant rien qui me puisse porter à ce malheur; que je ne crains aussi nullement moyennant l'ayde de Nostre-Seigneur qui en faveur de la véritable fidélité que je conserve à V. A. ne permettra jamais que les brouillons et calomniateurs m'ostent la gloire que j'ay d'estre advoué ,

Monseigneur,

Invariable, très humble, très fidèle et très obéis sant serviteur et orateur de V. A.,

i32e LETTRE.

L'original existe aux archives de la cour de Turin.

A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Saint François recommande à S. A. les habitans de Six, endommagés par la chute d'un quartier de montagne.

A Thonon, le 1G septembre ICil.

Monseigneur ,

Ayant veu à Six l'espouvantable et irréparable accablement survenu il y a quelques années par la cheute

d'une pièce de montagne; je n'ai sceu refuser aux habitant du lieu qui recourent à la clémence de Y. A. , pour à proportion estrc descharges des tailles, mon véritable tesmoignage en faveur de leur trop juste prétention. Cest pourquoyj'asseure que ce malheur leur a osté une très notable partie de leurs biens, et de misérables qu'ils estaient, les a renduz la misère mesme, sur la quelle comme sur un dign objet, la charité de V. A. exercera, connu ilz espèrent, son aumosne. Je supplie Nostre- Seigneur qu'il bénisse de ses grandes perfections et bénédictions la couronne de V. A. , de la quelle je suis invariablement ,

Monseigneur,

Très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur ,

François , Ev. de Genève.

i33e LETTRE.

Lautograplie appartient à S. G. Monseigneur levêque de Nice. A SON EXCELLENCE LE GOUVERNEUR DE LA SAVOIE.

Saint François informe S. E. de son départ pour G ex. , Anneci, 28 nov. 1G11.

Monsieur,

Les ecclésiastiques et catholiques de Gex , me conjurant d'aller à leur ayde, pour une affaire qui importe ;i la gloire de Dieu,

Je m v en vay tout maintenant, mais avant que de partir, je vous en donne advis, remettant, après mon

retour de fayre part à V. E. de ce qui se sera passé. Cependant je supplie Nostre-Seigneur qu'il la conserve, et suis,

Monsieur,

Votre serviteur très humble ,

François, Evêque de Genève.

i34e LETTRE

Tirée du registre des lettres de Saint François de Sales, conservé aux archives de la cour de Turin.

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