‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 13 sur 57 · A SON EXCELLENCE LE MARQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE LA SAVOIE · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE LE MARQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE LA SAVOIE

Sur l'exécution de l'Édit de Nantes, dans le pays de Gex.

Année», le 13 décembre 161!,

Monsieur,

Comme je donnoisavis àV. E. de mon acheminement à Gex, je le lui donne aussi de mon retour que j'ay fait sitôt qu'il m'a été possible; le sujet de mon voyage fut, que les huguenots aiant dressé des plaintes en leur assemblée de Saumeur, sur l'inexécution de l'Édit de Nantes, le Roi de France en son conseil , a député des commissaires en toutes les provinces , pour rendre partout le dit Edit exécuté. Et pour la Bourgogne, sous la quelle on comprend les pais échangés , on commit le sieur de Masuyer, viscomte d'Ambrieur, maître des requêtes, grand catholique et grand homme d'affaires, et le sieur de

DE S. FRANÇOIS DE SALES. b5

Vilarnos, beau-fils du sieur du Plessis-Mornay, qui a la survivance de son beau-père , au gouvernement de Saumeur, grand hérétique, et au reste, gentilhomme de bonne sorte , et bien qualifiée. L'un et l'autre étant arrives à Gex, il fut proposé de venir aux effets de leur commission , et par conséquent de me remettre toutes Les églises et tous les biens ecclésiastiques possédés par les huguenots, afin d'être par moi pourvu en chaque lieu de pasteurs et services convenables; mais par ce que je n'étois pas là , la proposition se fit en mon nom par un très bon et digne père capucin, originaire de Bugey, mais natif de Chambéry qui, néanmoins, n'aïant point de procuration, promît de me faire ratifier, sur cela étant averti et conjuré parles catholiques, de me rendre en présence pour un coup de si grande importance. J'y allai nuit et jour, et me trouvai assez tôt pour une assemblée générale de tout ce pais là, où je refis avive voix mes réquisitions, et m essaiai de répondre aux allégations des ministres qui n'ont rien oublié de leur côté pour empêcher le fruit de cette commission demandée imprudemment par leurs confrères qui ne prirent pas garde que, si ailleurs l'exécution de l'Edit leur étoit favorable , à Gex elle leur étoit extrêmement contraire. Et enfin, après trois ou quatre assemblées ainsi générales et publiques , la multitude des oppositions et allégations de nos adversaires, fut cause que le tout a été renvoyé au conseil privé , pour être par icelui ordonné selon qu'il verra à faire, sauf pour le regard de l'église d<s Carmes de Gex toute ruinée , et une chapelle jointe à icelle, fondée par un bâtard de la maison de nos princes, comm' encore de l'église d'Allemagne, qui sur le champ m'ont été remises. J'espère, néanmoins, que dans bien peu de mois on me remettra tout le reste, aïant

Page 1