IL
tant de raison , comme j'ai de mon côté , si bien que ce voïage n'aura pas été infructueux.
Rien autre ne s'est passé digne d'être représenté à V. E. , la quelle je supplie de m'honnorer toujours de sa bienveillance, et de croire que de tout mon cœur je
suis
Monsieur, Votre très humble serviteur , François, Ev. de Genève.
L'original est conservé dans le monastère de la Visitation d'Annecy, A MADAME DE CHANTAL.
Il lui donne des avis sur la conduite à tenir dans une visite que devoit lui faire M. Berthelot.
Dieu vous comble de son saint amour , ma très chère fille , ma mère ! Hier madame la Présidente me dit que M. Berthelot vous vouloit aller voir avec elle, et crois que ce sera aujourd'hui. Or ainsi qu'elle me parla, il a tout plein de bonnes volontés pour notre congrégation ; c'est pourquoi il le faut recevoir avec un accueil saintement et dévotement agréable , et agréablement dévot et saint, et lui témoigner que déjà la congrégation a beaucoup d'obligations à monseigneur de Nemours (qu'il faut nommer Monsieur tout court) , à cause de la bonne volonté qu'il a eue tant pour les laods de ce que vous
achèteriez de son fait que pour le four; et que puisqu'il a plu à Dieu de donner commencement à cette petite congrégation dans sa ville principale, vous voulez avoir une spéciale dévotion pour son salut et prospérité, et le tenir connue spécial protecteur. Qu'il ne se pourra, qu'en plusieurs occasions, vous n'ayez besoin de ses grâces et faveurs , et que vous priez ledit sieur Berthelot de vous y vouloir assister de sa charité et intercession , que la congrégation s'essayera de faire en sorte que personne n'aura du repentir de l'avoir aidée et semblables petites choses. Ledit sieur Berthelot est un jeune homme fort éveillé , mais il ne faut pas laisser de le traiter dévotement, et de l'entretenir selon le loisir que nous en aurez. Il dit que lui-même contribuera si M. de La Bretonnière se peut résoudre de faire notre chapelle. Bonjour, ma très chère fille; pour ce jourd'hui je n'irai pas vers vous, voulant laisser le loisir à cette autre visite. Dites-moi si vous vîtes hier M. deMirebel; je pense l'aller voir aujourd'hui.
i36c LETTRE
Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé au monastère de la Visitation de Pignerol.
A MADAME DE CHANTAL
Saint François renvoie à madame de Chantai une relique de sainte Apollonie.
9 février 1612.
Ma très chère fille ,
Voilà notre sacré remède , que je puis dire m'avoir été souverain , puisque Dieu a agi avec moi selon votre foi, votre espérance et votre charité, et je dois confesser à la gloire de Jésus-Christ et de sa sainte épouse, que je ne croyois pas de pouvoir dire la messe aujourd'hui à cause de la grande enflure de ma joue, et du dedans de ma bouche , mais étant appuyé sur mon priedieu et ayant posé la relique sur ma joue, j'ai dit : Mon Dieu qu'il me soit fait comme mes filles désirent si c'est votre sainte volonté , et tout aussitôt mon mal a cessé. Notre Seigneur m'a donné pendant ce temps-là plusieurs bonnes pensées sur le ruminement que la sainte épouse dit quelle fesoit entre ses dents. Au sortir de là chacun m'a dit que m'a joue étoit désenflée, et je le sentois fort bien moi-même. O vive Dieu ! ma fille il est admirable en ses saintes épouses et en tous les Saints; il a voulu que ce mal soit venu aujourd'hui pour nous faire honorer son épouse Apolonie , et pour nous donner une preuve sensible de la communion des Saints.
i37e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François supplie S. A. de faire sortir de prison le sieur Ghapperon.
Chambcri, 2G mars 1612.
Monseigneur,
V. A. est suppliée par le sieur Ghapperon de luy vouloir donner la délivrance de la prison , en la quelle il se treuve présentement; et parce qu'en divers voyages qu'il a fait par deçà, je n'ay jamais reconneu en luy qu'un esprit franc , candide et vrayement chrestien , et que d'ailleurs plusieurs bons religieux et gens de bien de cette ville m'ont conjuré de le secourir de ma très humble intercession auprès de V. A. Sér. ; je la supplie en toute révérence, qu'il luy plaise accorder laditte délivrance, tant en considération de l'innocence du pauvre prisonnier, que les Pères Capucins attestent n'avoir aucunement coopéré à la sortie du Père Bonaventure seul sujet apparent de son emprisonnement, qu'en faveur de ce saint temps de caresme, auquel le divin agneau d'innocence a si honteusement délivré nos âmes coulpables de la perdition; V. A. fera sans doute une justice charitable en cela, pour laquelle Dieu accroistra les récompenses qu'il luy a préparées. Je prie conti-
nuellement cette souveraine bonté qu'il luy playse combler de ses grâces V. A. S., et suys inviolablement ,
Monseigneur,
Vostre très humble, très obéissant et très fidèle serviteur et orateur,
François , Evêque de Genève.
i38« LETTRE
Tirée du registre des lettres de saint François de Sales, conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL Ier, DUC DE SAVOIE. Sur. la mort de M. de Lambert, et sur le choix de son héritier.
Chainbéry, 29 mars 1612.
Monseigneur,
Ayant rendu quelque sorte d'assistance à feu M. de Lambert en l'extrémité de sa vie pour la consolation de son âme , selon ma vocation , il m'a conjuré de présenter cette supplication très humble à V. A. C'est, Monseigneur, qu'il vous plaise lui continuer l'honneur de vôtre bienvueillance, encore après son trépas, comm' à un serviteur fidèle, et ancien de V. A. qui, en la vie et en la mort, n'avoit rien eu de plus entier en son âme que la très humble obéissance qu'il devoit à vôtre couronne; et que ne pouvant plus exercer cette sienne af-
fection en ce monde, il avoit fait choix du fils aîné du sieur de Chenex pour le nommer son héritier, afin, qu'avec ce peu de biens qu'il lui laisse, il puisse être élevé et nourri en la vertu et en la puissante inclination du service de V. A., à laquelle, outre son originaire devoir, le nom et les armes de Lambert qu'il lui ordonne de porter, le rendront absolument hipothéqué et consacré. Ensuite de quoy il supplioit aussi très humblement V. A. de recevoir ce sien héritier sous la protection de sa bonté, et de l'avoir en recommandation particulière, afin que , croissant à l'ombre de cette faveur, il devienne plus capable de pratiquer un jour le service de V. A, auquel il a été dédié. M'étant donques rendu dépositaire de ces derniers souhaits de ce bon défunct, je rendis mon dépôt à V. A. à laquelle il étoit adressé, la conjurant, par sa propre bonté, de départir ce bonheur à ce jeune gentilhomme, pour ne point rendre vain le contentement que celui qui l'a fait son héritier prenoit en l'extrémité de ses jours, en l'espérance qu'il avoit que V. A. ne les conduiront point en cette très humble supplication que je lui fais maintenant de sa part. Et tandis continuant les vœux que je dois et fay pour la prospérité deV. A., je demeure,
Monseigneur,
Votre très humble, très obéissant et très fidèle orateur et serviteur,
François, Evêque de Genève.
72 LETTRES INEDITES
i39« LETTRE.
L'original se conserve au monastère de la Visitation d'Annecy.
A MADAME DE CHANTAL
Avis sur le travail. 11 l'entretient de quelques affaires.
Vous pouvez bien travailler dedans la maison aujourd'hui et demain , pourvu que personne n'y entre d'étrangers, sinon M. Grandis, M. Roget et la petite sœur. Est bien que quelqu'autre entrât, vous pourriez néanmoins bien travailler en ces besognes qui sont pour l'Église.
Je ne pensois nullement écrire à Paris ; mais puisque vous l'avez désiré , j'écris à Monseigneur de Bourges. Si pour chose du monde je le puis, je vous irai voir demain, si moins tout au pis, j'irai dire votre messe samedi. Toutes les après dinées de ces trois jours sont assignées en appointement. Mon Dieu! ma chère fille, que je vous souhaite de perfections ! et que de courage et d'espérance j'ai maintenant en cette souveraine bonté et en sa sainte Mère, que notre vie sera toute resserrée en Dieu avec Jésus-Christ pour parler avec notre saint Paul.
Bon jour, ma chère mère,- le bon jour à nos filles toutes et aux malades à part, y comprenant la grande chère fille, pâle au visage, mais comme j'espère merveille de cœur en l'amour céleste. Bonjour de rechef, ma Irès-chère mère , ma fille vraiment mienne.
i4oc LETTRE.
L'original est conservé au monastère de la Visitation de Pigncrol.