A M. LE MARQUIS DE LANS, GOUVERNEUR DE LA SAVOIE A MONTMÉLIAN
Sur les efforls du gouverneur de Milan , pour attirer le pays de Valais au parti de l'Espagne.
A Thonon , en hâte , 13 décembre 1G14.
Monsieur,
Je vous donnay advis à mon départ d' Annessi comme je venois en Valley pour la consécration de monseigneur l'Evèque de Sion qui, dès il y a long-temps, m'y avoit convié; et à la célébration delà quelle j'estois nécessaire en quelque sorte, puisqu'il n'avoit point d'Evesque plus proche qui luy peut rendre ce service avec moins d'incomnmditr que moy. Or, revenant de delà, je me suis
treuvé obligé de donner advis à S. A. de l'effort que le seigneur Gouverneur de Milan fait pour attirer le pais de Valey au parti d'Espagne, et soustraire cett' alliance à S. A. , de quoy les fers [sont si avant au feu , que si Saditte Altesse n'y remédie promptement, je ne scai comm' on en pourra empescher les effects. Et desjà les dizains de Gomze, de Varagne, de Bringhen et Vespia, sont gaignés, et auroyent fait faire le coup, si n'eut esté la vive résistence de Monseigneur de Syon et des autres troys dizains»
Cest advïs, monsieur, est d'importance comme V. E. jugera trop mieux, c'est pourquoy je la supplie d'envoyer ma lettre ci-jointe au plus tost à Saditte Altesse , à la quelle je ne dis pas que ces gens-là sont merveilleusement ombrageux et délicats à entretenir, car elle lesçaitbien; mays je luy eusse volontier dit qu'en suite de cela ils ont treuvé estrange que le seigneur Valdenghe n'ay t pas comparu au sacre de leur évesque et à l'assemblée qui estoit assignée à ce jour-là , puisque mesme on leur en avoit donné intention, comm' aussi à Monseigneur de Syon, que Monseigneur le prince cardinal luy envoyeroit son anneau épiscopal. Que si le dit seigneur Valdenghe ou quelqu'autre de la part de S. A. , ne se treuvé mardi 16 de ce moys ou soudain après, en l'assemblée générale des dizains qui se doit célébrer, je crains infiniment que l'alliance de S. A. ne se convertisse en celle d'Espagne. Au reste, il ne se peut dire combien de carous on a fait à la santé de S. A. , de Messeigneurs les princes et de V. E. , mes mêmes dimanche passé au festin solennel, qui ne dura sinon despuis une heure après mydi jusquesà sept heures et demi du soir ; et V. E. peut penser si passé la première heure , les autres devoyent estre longues à ceux qui ne s'estoyent jamais treuvés en
tell' histoire. Le bon Monseigneur l'Archevesque de Vienne et moy fusm.es exempts de carroux, hormis de quatre, à la santé de S. A. , de Messeigneursles princes, dos sept cantons catholiques, et de Monseigneur le prince et Seigneurs dizains du pais de Valey. Mais nous le fisincs encor dans des verres et selon la mesure que nous voulusmes. Toutes les autres santés ne nous furent point présentées, mais elles ne demeurèrent pas sans porteurs.
Il falloit bien, Monsieur, vous dire tout, en gardant pour la bonne bouche, que ce nouveau prince et évesque ( car ils l'appellent ainsy ) esttout brave, dévot, sçavant, gentil et courageux, fort serviteur de S. A., et ami de la Savoye. Je prie Dieu qu'il vous comble, Monsieur, de ses plus désirables bénédictions , et suis sans fin,
De V. E. ,
Très humble et très affectionné serviteur ,
i7o« LETTRE.
L'autographe est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François s'entretient avec S. A. des intelligences secrètes du gouverneur de Milan , pour attirer le Valais au pavli de l'Espagne , et du dévouement des habitans à la personne de S. A.
A Thonon, le 13 décembre 1614.
Monseigneur,
Ayant esté ces sept ou huit jours passés en Valey pour la consécration de Monseigneur de Syon , j'ay remarqué beaucoup de bonn affection au service de V. A. S. , en plusieurs de cepaïs-là, mays parmi cela, j'ay asperceu que le seigneur Gouverneur de Milan a des grandes prattiques pour attirer cet Estât au parti d'Espagne, et a presque desjà tout gaigné pour cet effect les vœux et les voix des quatre dizains qu'ils appellent d'en haut, Rarogne, Vespia, Bringhen et Gomze, qui auroyent desjà fait passer leur inclination en résolution, si Monseigneur de Syon et les trois dizains d'enbas Syon , Sierre et Loeitze ne se fussent grandement opposés pour empescher ce coup , lequel, toutefois, il sera mal aysé de destourner, si quelqu'un n'arrive promptement entr'eux de la part de V. A. , avec les provisions requises pour réassurer ces esprits-là fort ébranlés, et par ce, Monsei-
gncur, que le Valley estant si proche de Savoye et Piémont , ne peut estre qu'extrêmement utile aux affaires de V. A. , quand elle en aura l'alliance et correspondance; j'ay pensé que cet advis estoit d'importance, et que je le devois donner à V. A. , la quelle je supplie très humblement de l'avoir aggréable, conim' encor que je luy die que ce jeune prélat que nous venons de sacrer, est de fort bonne espérance, dévot, actif, de bon esprit et plus gentil que sa nation n'a pas accoustumé d'en produire, fort affectionné à V. A., et qui attendoit avec honneur un anneau épiscopal, en présent de Monseiscigneur le prince cardinal, ainsy qu'on luy avoit fait espérer. Et quant au cappitaine Valdin , il fait par dessus tous profession expresse d'estre tout affecté au service de V. A. , à la quelle je fay très humblement la révérence, et luy souhaitant toute sainte prospérité , je demeure infiniment,
Monseigneur,
Son très humble , très obéissant et très fidèle serviteur et orateur ,
François , Ev. de Genève.
LETTRES INEDITES
171e LETTRE.
L'original appartient à S. G. Monseigneur André Jourdain, évêcpie d'Aoste.
A MADAME DE CHANTAL
Saint François lui parle de son voyage à Lyon , pour y établir les sœurs de la Visitation.
Madame ,
La pensée m'est venue en escrivant à M. Berger que peut-estre Monseigneur le Cardinal (1) le rendra vostre père spirituel à Paris. Puisque il se va rendre ecclésiastique aux quatre-temps des cendres et je crois que la maison en seroit bien et cordialement assistée. Je vous prie qu'en entrant ou sortant d'Orléans vous preniez occasion de voir la mère prieure des Carmélites, fille aynée de la sœur Marie de l'Incarnation , laquelle tandis que je fus à Paris , il y a vingt ans , estoit non-seulement, ma fille spirituelle, mais ma partiale âgée d'environ treize ans, et qui avoit un naturel bon, franc et naïf, comm' aussi la mère supérieure qui fit en ce temps-là son premier vœu de virginité et sa confession générale devant moi. Je me trompe si vous ne trouvez à Moulins
(1) Le cardinal de Marqueinont, archevêque de Lyon.
DE S. FRANÇOIS DE SALIiS. 1 21
quelque sorte de tentation à cause de la singularité de ma sœur Marie- Aymée , mais je pense pourtant que ce ne sera qu'une tentation humaine et digne de charité. M. Bouclier, chancelier et théologal d'Orléans, est mon ancien compagnon d'estude qui m'a toujours grandement aymé.
Puisque la conduite de votre chemin de Paris à Dijon , pour passer par les monastères, requiert que vous veniez à Moulins, et que les sœurs que l'on prendra icy et à Grenoble vous aillent prendre là , il faudra donc savoir à point nommé le temps auquel il les faudroit envoyer, et comme quoy les choses passeront , c'est-àdire d'où viendra l'advis que nous devons recevoir, mais il me semble pourtant que n'y ayant que quarante lieues d'icy à Dijon ce sera grandement allonger le chemin de passer à Moulins. Je ne sçay pas bonnement combien il y a de Moulins à Montferrant, mais j>i cela est assez commode, je pense que ce seroit de la consolation à ces filles que vous les allassiez prendre, leur supérieure pour Dijon, laquelle comme je prévoy il y aura peine de tirer selon que vous verrez par la lettre qu'elle m'escrit cy-jointe. J'ay déjà advertis ma sœur Marie- Marguerite Milletot, outre laquelle il seroit peut-estre bon d'envoyer encor là la sœur Bernarde-Marguerite , laquelle s'est tellement amendée qu'enfin elle est reçue à la profession.
Je suis de l'advis de M. de Marillac que nos sœurs allant par les champs portent leur crucifix avec elles.
J'ay veu l'histoire de la consultation faite pour notre très chère fille madame de Port-Royal , sur laquelle il n'y a rien à dire, sinon que je voys un examen merveilleusement ponctuel en ce que on y a pensé que la longueur du temps, et la multitude des actions de su-
périorité, nonobstant la protestation et le continuel désadveu intérieur, cette fille soit tellement obligée cle demeurer qu'elle ne puisse pas faire autrement, car bien que cela soit probable en terme de conscience, si est ce que cela n'est pas advoué de tous, et de plus le Pape en peut dispenser. Je tienne aussi la comparaison delà perfection de la règle de saint Benoit avec l'institut de la Visitation un peu rigoureuse et désavantageuse , car il faudroit faire la comparaison de la règle de saint Benoist avec la règle de Saint- Augustin, et bien que peut-estre la règle de saint Benoist demeurast encore supérieure en perfection , si est-ce que la comparaison empêcheroit tout mespris pour la Visitation, c'est-à-dire toute tentation de mespris. Mais tout cecy que je vous dis sur cette consultation, ne doit estre nullement allégué, ains simplement considéré avec humilité , et laisser en sincérité la décision à Rome. Et partant il faut bien advertir cette chère fille qu'elle n'est pas de la vivacité de son esprit pour répliquer et respondre et qu'au moins à cela elle suive l'institut de la Visitation , et comme que ce soit elle pourra de temps en temps soulager son esprit puisqu'elle a la permission d'entrer à la Visitation , et si j'espère que s'accommodant doucement au bon plaisir de Dieu , il la consolera finalement.
Si vous saviez, ma chère mère, combien il m'arrive de destour en cette ville du départ de M. Rolland, vous ne seriez pas estonnée si je n'escris pas aux chères âmes que la mienne et la vostre ayme tant. Madame la présidente Amelot sçait bien je m'assure que mon cœur est tout sien devant Dieu et ses anges, je me réjouis avec elle de l'honneur, de bonheur que sa chère fille Marie aura à ceste feste de Pasques en sa première corn-
munion , et si restois là je prcndrois bien à faveur d'estre son instituteur à cette action qui, à là vérité est bien importante; le petit livret du père Fulve Antlrocc de la confession et communion, contient plusieurs petits points propres à cela, mais puisque comme je croy le révérend père Suffren est à Paris, rien ne luy peut manquer.
Nous envoyrons donc quand vous le marquerez et ainsy vous l'ordonnerez des filles pour vous accompagner à Dijon selon le nombre que vous nous diriez estre nécessaire , nous avons pensé pour cela à ma sœur Marie-Adrienne Fichet, laquelle est de bon esprit et de bon cœur comme vous sçavez, à ma sœur Françoise- Augustine de Moyran près Saint-Claud, que je confesse estre une fille grandement à mon gré, et si je ne me trompe, tout-à-fait irrépréhensible en l'intérieur et en l'extérieur , ma sœur Marguerite-Scholastique de Bourgoigne qui est douce, maniable et de bon esprit, cousine germaine de votre assistante ma sœur Marguerite Agnès qui est d'auprès de Vienne, qui est de bonne maison , de bonne observance et d'une agréable simpliplicité, à ma sœur Perenne-Marie Benod sœur domestique grandement douce et pliable, outre ma sœur Marie-Marguerite Millelot qui viendra de Grenoble, que vous connoissez, et ma sœur Bernarde-Marguerite qui est celle de Dijon, que vous nous envoyastes, de la capacité de laquelle bien qu'on ayt douté quelques moys durant, on a depuis eu bonne satisfaction. Il esta considérer si vous trouverez plus à propos qu'on la fasse professe icy, ou qu'on l'envoyé pour faire profession à Dijon sur l'attestation qu'on luy feroit icy de sa ca» pacité , car nous avons pensé que peut-estre seroit-on bien ayse que cette action se fit là en présence de ses
parens et amys et la rendre ainsy la première fille de ce monastère. Or ce sera donc à vous, ma très chère mère , de nous advenir si vous voudrez ou moins ou plus de filles et quand elles devront partir.
172e LETTRE.
L'autographe est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A. les habitans de la ville d'Annecy.
Annecy, lo mars 1615.
Monseigneur,
La ville d'Annessi recourt à la bonté de S. A. pour une gratification, laquelle ci-devant luy avoit desjà esté accordée et de laquelle la continuation luy est d'autant plus nécessaire que ses incommodités ont pris beaucoup d'accroissement. Or elle espère principalement à l'entremise de S. A. Sér., Monseigneur, pour obtenir ce soulagement, et je joins ma très humble supplication à celle que son premier scindique présentera affin qu'il plaise à la douceur de V. A. de favoriser ce pauvre bon peuple , qui avec moy ne cesse point d'invoquer la D. M. sur la personne et les intentions de S. A. et de la
vostre.
Monseigneur,
De laquelle je suis,
Très humble et très obéissant serviteur et
orateur,
i73c LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A., M. de Coursier, ecclésiastique qui a reuoncé à l'hérésie.
Thonon, 14 sept. 1G15.
Monseigneur,
Il y a six ou sept ans que je receu au giron de la Sainte-Eglise, le sieur de Coursier, lequel depuis a tant rendu de témoignage de vraye piété que tous ceux parmi lesquels il a conversé, en ont esté grandement édifiés. D'autant plus , qu'en gagnant l'honorable titre d'enfant de l'Église, il a perdu tout le secours qu'il pouvoit prétendre en son païs , et étant demeuré entièrement pauvre, il a vécu riche de vertus. Or, Monseigneur, tous ses devanciers et confrères ayant toujours esté très affectionnés à l'obéissance de V. A. , j'espère d'elle tout le soulagement que lui est requis pour estre relevé non d'indigence , car ayant choisy la profession ecclésiastique, il ne prétend pas à cela, mais de la misère seulement. Et moy, Monseigneur, j'intercède de tout mon cœur pour lui , marry de ne pouvoir rien pour le présent en sa faveur que cela. Je supplie donque trèshumblement V. A. de lui être propice et de me conserver la grâce de sa bienveillance comme à l'homme de
monde que avec plus de fidélité et sincérité vivra toujours,
Monseigneur,
Son très humble , très obéissant et très fidèle oraviteur ,
François , Evesque de Genève.
i74e LETTRE.
L'original est conservé aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.
Saint François recommande à S. A. de favorieer l'introduction de l'art de faire de la soie , dans le pays du Ghablais.
Annecy, 2 octobre 1G15.
Monseigneur,
ïl y a quelque temps qu'on a commencé d'introduire en ce pais de deçà l'art de la soye , et ne se peut dire combien le progrès serait utile au service de Dieu pour retirer plusieurs âmes d'entre les hérétiques, pour affaiblir Genève, qui se soustient en bonne partie de ce trafique, et pour soulager les sujets de V. A. qui gaigneroyent en ce commerce ce que nos ennemis gagnent.
Pour ces raysons, Monseigneur, je conjure et supplie très humblement vostre bonté et piété, de favoriser puissamment ce bon œuvre si heureusement acheminé
pour la gloire de ce Sauveur qui vous est si propice et (iui maintienl en tant d'honneur vostre couronne, vous en préparant une éternelle en la vie future.
Monseigneur,
Je suis, de V. A. S., très-humble, très fidèle et très obéissant orateur et serviteur,
François , Ev. de Genève.
i75e LETTRE.
L'original existe aux archives de la cour de Turin.
A S. A. CHARLES EMMANUEL 1 ei , DUC DE SAVOIE.
Saint François s'excuse auprès de S. A. , de n'avoir pas pourvu M. de Chalelard du bénéfice que le prince désiroit qu'on lui conférât.
Anncci, 4 nov. 1G15.
Monseigneur,
Sur la recommandation qu'il a pieu à V. A. de me faire en faveur du sieur de Chatelard, qui me tient lieu de commandement, je eusse grandement désiré de le pouvoir pourvoir du bénéfice qu'il prétendoit; mais d un costé il n'estoit pas en moi d'en disposer puisque lapitfe de mon église en avoit la nomination, et d'autre part, tant Ledit chapitre que moy, ne pouvons en quelque sorte nous départir des ordonnances du Concile de Trente que nous avons juré d'observer, et elles
ne nous permettent pas de distribuer les bénéfices curés que par le concours au plus capable, et faisant le contraire nous nous exposerions à la disgrâce de nostre Seigneur, et à la damnation. Ce bénéfice là, Monseigneur, ne peut rendre au curé que cinquante ducatons, et la charge des aines y est fort grande pour la multiude du peuple qui en dépend, lequel hnate fort l'Allemaigne et a besoin d'un pasteur qui ayt grand soin de l'édifier et conserver en la foy. Certes je souhaite tout bonheur audit sieur du Chatelard qui fait profession d'aimer le service de l'église, mais pour des bénéfices je lui en désirerois d'autre nature, que de ceux qui portent charge d'ames , et ils ne lui manqueront pas s'il plaît à V. A. le favoriser en occurrence. Cependant, suppliant à jamais Dieu qu'il bénisse de ses plus grandes bénédictions vostre personne et vostre couronne.
Je suis, de V. A., très humble et très fidèle serviteur et orateur ,
François, Evêque de Genève.
di S. FRANÇOIS DX SALIS. \'1()
t-fî* LETTRE
Tirée de la copie qui appartenoit à S. Em. le cardinal di Pictro ;
passée ensuite entre les mains du cardinal Caprano ; actuellement aux archives de la cour de Turin.
Projet de Saint François pour la conversion des hérétiques à la foi catholique.
Essendo l'anno passato nel paese de Vallesani cou occasionc délia consecratione di Monsignore Vcscovo e Prencipe di Sion (Seduncnsis) e havendo io fatto la predica solenne per ordinc di quelli revérendissimi chè ivi fecero Tofficio, è trattato délia successione apostolica nella santa cliiesa con essortareil popolo , del quale parte è heretica , ma chè ivi in quel eoncorso venne per curiositàj ail' amore délia santità, unità e successione délia santa cliiesa. Alcuni si sentirono commossi, e uno fra gli altri venne da me e al ritorno essendo egli deputato del paese accompagni monsignore arcivescovo di A ienna consecratore e me chè ritornavamo in queste Lande sino ail' estremità del stato de Vallesani, e per la strada quasi sempre parlo meco , e fra l'altre cose mi disse : Signore voi havete fatto cosa chè da rnoltissimi anni in qua non s' era fatta nella città di Sione, perché mai fu permesso alli predicatori cattolici di trattare cosa veruna délie controversie in pùlpito. Ma la festa e la (jualita V06tra ha fatto pigliare in buona parte il vostro ir. 9
scrmone, e credo chè sarà utile a molti cattolici, chè restanno molto confirmati : ma voi havete esortati gli altri a riunirsi al grembo délia chiesa, questo è buono per i particolari e fra tanto délie città e repubbliche intiere nelle qualinon è lecito apredicatori cattolici di predicare nèstare, ne parlare. Chè rimedio cioè di riurnirle alla fede ? Perche hormai fra noi altri squizzeri e in tutta la Germania e in molti luoghi di Francia ci sono città intiere hereticlie e l'heresia passa in ragione di stato, ne si vede ni anco un tantino di speranza délia conversione loro , et le cose passano tanto innanzi chè l'heretici non hanno più disturbo nessuno , e sono senza rimedio.
Queste parole entrarano nel cuor mio e mai è stato possibile di cavarle dal mio pensiero, e insomma mi venne questo concetto.
E vero chè se si lasciono cosi quelli squizzeri di Z\xricht , Basilea , Berna et altri cantoni e l'istesso si puù dire dell' Inghilterra et altri paesi loro mai si convertiranno anzi giungendo la loro religione al stato stabiliranno 1' uno nell' altro, e corne ab assuetis nonfitpassio, cosi con la vecchiaia quell' heresia ultra quidem non proficiet ma quello chè importa ultra etiam non deficiet ma starci in quella nobilissime parti dell' Europa corne una paralesia incurabile. Hora chè rimedio ? Io ho consiclerato molto cose e non ho trovato se non questo ; chè il santissimo nostro Padre e Signore o vero la Santa Sede apostolica muovesse tutti li prencipi cattolici e tutte le repubbliche non già ail' armi esteriori, ma ail' interiori, cioè a proporre la reunione dell' héretici alla santa chiesa, e chè questa proposizione si facesse nell' istesso tempo da tutti e con argumenti sodi speciosi del bcn publico del christianesimo , il quale per mezzo délia divisionc è molto indcbolito 7 et per mezzo dell'
uniono Sàrebbe moho fortiiirato contra il Turço c altii è cosî procurare una tega èeiuciataôra li cattolici non gia per correre ail' armi corne ho detto, ma per concorrere in questo /.elo di sollecitare dctta nnione.
Resta dâ proporre il modo cl i far l'unioiie, e la via (I "mcaininarla c m'è parso chè questo seguentc sarel)l)e utilissinio.
1° Chè li prencipi procurassero un concilio nationale cioè uno in Francia, e uno in Alemagna ad hune effi ctiun tantum e chè con ogni florzo possibile procurassero chè in quello si trovassero deputati da prencipi e repubbliche Heteriche per sentir le proposizioni chè si farebbono per l'unione e non per disputare o argumentai e, ma solo per conferire cl cl modo délia reunionc.
2° E in questi concili non vi fosse l'auttorità apostolica antécédente ma solamente conseguente cioè chè non si facessero a nome délia Santa Sede per non impegnarla ma solamente chè i concili promettessero ratiiicamento délie risolutioni chè si pigliarebbono.
3° E acciô chè questa ratiiicazione si potesse sicuramente prometterc, sarebbe necessario chè la Santa Sede fosse di quando in quando avertita délie proposizioni e sempre in prociato di rispondere presto, o vero chè inanzi si havessero memoriali de agendis.
4° Si potrebbe poi sommamente facilitare la réunion e B la santa chiesa lasciando li beni ecclesiastici o tutti o m buona parte a quelli chè si occupano c contentandosi chè da quelli fosse ministrato il vitto e vestito alli î (loti , chè a' intoodnrebbono.
ji« ni o vero lasciando la noniiriatione de benefici o maggiori o di tutti alli prencipi e repubbliche in quel modo, clic al lie di Francia si lascia queila de benefici
maggiori , ne in questo pare chè debba esser maggior pericolo di mala consequenza chè in quel, cliè s' usa in Francia.
5° Chè a ministri heritici si promettesse l' istessa mercede, chè hanno per le loro famiglie, anzi prô commodità temporale, chè in vero la maggior parte per quello poco pane stanno nell' heresia. E quanto a ministri apostatati chè si dispensasse con loro nel voto délia continenza massirne donne avessero proie, senza perô ammetterli più ail' esecutione dell' ordini loro, ma ail' habito cléricale , e simili altre tali proposizioni , chè levassero gli ostacoli.
6° E se per sorte paresse , che i concili nationali non fossero a proposito, potrebbano i prencipi convocare solamente alcuni prelati e uomini di senno per trattar e proporre di tutto questo santo negozio, ne bisognerebbe in modo veruno argomentare , ma solamente proporre gli espedienti in modo chè vedessero tutti chè salva la fede cattolica, la santa chiesa è apparecchiata di spargere 1' entrate e altre cose che saranno a proposito per far questa riunione ; e quando mai questo rimedio non fosse per oprare altro, chè la commotione di quelli cervelli , è fosse , corne una citatione per impedire la prescrittione del possesso, chè hanno gli heretici di non esser chiamati et intimati a resipiscenza, non sarebbe poco 1' utile chè ne riuscirebbe.
7°. Ma se non si trovasse a proposito di far quest' impresa per tutti li paesi scommunicati e divisi, o separati délia S. Chiesa sarebbe almanco conveniente di farla per squizzeri heretici, chè si potrebbe fare adoptando l'auttorità di Spagna, dell' Imperatore, delRe di Francia, del senerissimo signore Duca di Savoia loro vicino, et l'opra e industria delli cantoni cattolici e anco
de Vallesani, e se fosse di bisogno spargere un poco di danari, si potrebbe Pare cori un poco di décima da pigliarsî sopra li benefici opulenti.
8° E quanto a Ginevra chi volesse stringcrli alasciar ■bnanco liberté di conscienza, e stabilirc in uno o duc kiogbi l'essercitio , e li sermoni cattolici battarebbe l'auttorità et intervcntionc del serenisshno Duca nostro et dc'lli squizzeri cattolici con propositione di lasciarli 1' entrate ecclesiastiche, o vero dargliene altrettanto c spargere ira loro un poco di denari , et ad summum bastarebbe, se a questi due s'aggiungesse il Re di Fran- (ia, e chè persévérasse in premere il negocio.
9°. Hora sarebbe forsi difficile cosa unir i cuori de prencipi cattolici, chè tante tentationi veggiamo, tanto dati kl preda alla divisione, tuttavia si potrebbe forsi impetrare con orationi dal Signore Dio, e la sacra niano del beatissimo padre adoprandosi sinceramente potrebbe far questo miracolo. Sieonic anticamente si fecero le cruciate, e altre imprese belli chè è pericolose, questa non essendo, se non pacifica è senza pericolo.
Questi sono imiei pensieri , giacchè essendo qui appresso tanti heretici, e tante repubbliche heretiche non posso impedir 1' animo mio da pensar spesso , e compati re a tanta desolatione, non solo présente, ma futura, mentre col progresso del tempo si vanno smenticando questi nemici délia chiesa, chè stano stati anticamente figliuoli di essa, nascendo nelle repubbliche, dove non ^i traita délia santa chiesa, se non con esecrazione. Mittat nobis Dominas auxilium de sancto , et dilatentur a Domino tentoria hraelis.
Me trouvant Tannée dernière dans le pays des Valaisans, à l'occasion de la consécration de Monseigneur l'évêque et prince de Sion , et ayant fait la prédication solennelle par ordre de ces révérendissimes qui y célébrèrent l'office, j'ai pris pour texte la succession apostolique dans le Saint-Siège, et j'ai exhorté le peuple, dont une partie est hérétique, mais qui, dans le concours, vint par curiosité, à l'amour de la sainteté, de l'unité et succession de la Sainte-Eglise. Quelques-uns se sentirent émus , un entre autres vint auprès de moi , et au retour, comme député du pays, il accompagna Monseigneur l'archevêque de Vienne, consécrateur, et moi qui retournions de ce côté, jusqu'à l'extrémité de l'état du Valais. Dans le chemin il parla presque toujours avec moi, et, entre autre chose, il me dit : « Monsieur, vous avez fait une chose qui, depuis beaucoup d'années, ne s'étoit pas faite clans la ville de Sion, parce que jamais on n'a permis aux prédicateurs catholiques de traiter aucune controverse dans les chaires. Mais la fête et votre qualité ont fait prendre en bonne part votre sermon, et je crois qu'il sera utile à beaucoup de catholiques qui sont restés plus confirmés dans leurs sentimens. Mais vous avez exhorté les autres à se réunir au sein de l'Eglise. Gela est bon pour les particuliers, mais à l'égard des villes et des républiques entières dans lesquelles il n'est pas permis à des prédicateurs catholiques de prêcher, de demeurer, ni de parler ; quel moyen y a-t-il de les ramener à la foi? Désormais parmi nous autres Suisses, dans toute l'Allemagne et dans beaucoup d'endroits en France, il y a des villes entières hérétiques. L'hérésie
Dl' s. ru.wcois DC SALES. 135
devenue raison d'étal , on no voil pas la plus légère espérance de leur conversion. Les choses vont si avant que les hérétiques n'ont plus aucun embarras, et c'est sans remède. »
Ces paroles entrèrent dans mon cœur, et il ne m'a jamais été possible de ies arracher de ma pensée, et cnliu il me vint cette idée :
Il est vrai que si on laisse ainsi ces Suisses de Zurich, Basle, Berne, et autres cantons, et l'on peut dire, de l'Angleterre et d'autres pays, ils ne se convertiront jamais. Au contraire, leur religion entrant dans l'Etat, ils établiront Tune dans l'autre, et comme abassuetisnonjlt passio. Ainsi, avec l'âge, cette hérésie ne fera pas de progrès; mais, ce qui auroit importé, elle ne défaillira pas, et elle restera, dans ces nobles parties de l'Europe, comme une paralysie incurable.
Actuellement, quel remède? J'ai considéré beaucoup de moyens, et je n'ai vu que celui-ci : Il faudroit que notre Très-Saint Père et Seigneur, ou plutôt le Saint- Siège excitât tous les princes catholiques et toutes les républiques, non pas aux armes extérieures, mais aux armes intérieures, c'est à dire, à proposer la réunion des hérétiques à la sainte Eglise. Il faudroit que cette proposition se fit dans le même temps par tous et avec des argumens, des éloges et l'explication des avantages du bien public du Christianisme. Par le moyen de cette division, il est fort affoibli, et, par le moyen de l'union, il seroit beaucoup fortifié contre le Turc et autres. Ainsi on établiroit une ligue et croisade entre les catholiques, non pas comme j'ai dit, pour courir aux armes, mais pour concourir avec zèle à presser cette union.
Il faut actuellement proposer le moyen de faire Tu-
nion et la manière de l'acheminer. Il m'a paru que le le moyen suivant seroit très utile :
1 ° Que les princes assemblassent un concile national, un en France et un en Allemagne, pour cet effet seulement. Ils feroient ensuite, à tout prix, leurs efforts pour qu'il s'y trouvât des députés des princes et des républiques hérétiques, afin de connoître les propositions que l'on feroit pour l'union, non pour disputer et argumenter, mais seulement pour conférer sur les moyens de réunion.
2° Dans ces conciles, l'autorité apostolique ne seroit pas antécédente, mais seulement conséquente ( con comitante). C'est à dire qu'on n'agiroit pas au nom du Saint- Siège, on ne doit pas l'engager, mais seulement les conciles promettroient la ratification des résolutions qu'on y prendroit.
3° Afin que cette ratification se pût sûrement promettre, il seroit nécessaire que le Saint-Siège fût de temps en temps averti des propositions , et toujours en mesure de répondre promptement, ou bien que l'on eût des mémoriaux de agendis.
4° On pourroit faciliter beaucoup la réunion à la Sainte-Eglise , en laissant les biens ecclésiastiques en totalité ou en partie à ceux qui les possèdent, et en se contentant de faire procurer la nourriture et les vêtemens aux prêtres que l'on introduiroit.
Ou bien en laissant la nomination de la plupart des grands bénéfices ou de tous aux princes et républiques , de la même manière que l'on laisse au roi de France la nomination des plus grands bénéfices , et certes il n'y auroit pas plus de danger qu'il n'y en a aujourd'hui.
5° Aux ministres hérétiques on promettroit le même traitement qu'ils ont pour leurs familles et pour leur
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commodité temporelle , car en vérité la plus grande partie d'entre eux ne reste dans l'hérésie que pour ce peu de pain. A L'égard des ministres apostats, on les dispenserait du vœu de continence, surtout s'ils avoient fomme et enfans , d'ailleurs ils ne seroient plus admis à l'exécution de leurs ordres , tout en portant encore l'habit clérical; il y auroit d'autres propositions semblaMes pour détruire les obstacles.
~J6° Si par contre il paroissoit que les conciles nationaux ne fussent pas à propos , les princes pourroient convoquer seulement quelques prélats et hommes de jugement pour traiter et raisonner de cette sainte affaire. En aucune manière il ne faudroit argumenter, mais seulement proposer les expédiens , de façon que tous pussent bien reconnoître que sauf la foi catholique, la Sainte-Eglise est préparée à répandre les revenus et autres choses qui seront propres à hâter cette réunion. Quand ce remède n'auroit pas d'autre effet que d'émouvoir ces cervelles, ce ne seroit qu'une citation pour empêcher la prescription de la possession qu'ont les hérétiques de n'être pas appelés et intimés à résipicences ; l'avantage qu'on en retireroit ne seroit pas de peu d'importance.
7° Si on ne trouvoit pas convenable de faire cette entreprise dans tous les pays excommuniés et divisés , ou séparés de la Sainte-Eglise , il seroit au moins convenable de la faire pour les Suisses hérétiques; on y parviendroit avec l'autorité de l'Espagne, de l'Empereur, du roi de France, du sérénissime seigneur duc de Savoie, leur voisin, ainsi qu'avec la coopération et les soins du canton catholique , et des Valaisans ; s'il étoit besoin de répandre un peu d'argent, on le trouveroit en prenant un peu de dîme sur les bénéfices opulens.
138 lettres inédites
8° A l'égard de Genève, si l'on vouloit la contraindre à laisser au moins la liberté de conscience , à établir dans un ou deux endroits , l'exercice et les sermons catholiques, il suffiroit d'employer l'autorité et l'intervention de notre sérénissime Duc et des Suisses catholiques. On proposeroit à Genève de lui laisser les revenus ecclésiastiques ou de lui en donner autant; on répandroit parmi eux un peu d'argent, et au pli~ il suffiroit qu'à ces deux puissances se joignît le roi de France qui persévérer oit à suivre l'entreprise.
9° Actuellement ce seroit pent-être une chose difficile que d'unir les cœurs des princes catholiques à quelques tentations que nous les voyions livrés, à quelques divisions qu'ils soient en proie , cependant on pourroit, peut-être , par des prières au Seigneur Dieu, et par la main sacrée du Prince Pontife , sincèrement employées, obtenir ce miracle. Autrefois on a entrepris les croisades ; c'étoit d'autres entreprises guerrières et périlleuses , celle-ci n'est que pacifique et sans danger.
Telles sont mes pensées ; me voyant ici au milieu de tant d'hérétiques, et de tant de républiques hérétiques, je ne puis empêcher mon esprit d'y revenir souvent, et de compatir à tant de désolation , non seulement présente, mais future. Avec le progrès du temps on s'est vu oubliant ces ennemis de l'Eglise qui ont été anciennement ses fils; ils naissent successivement clans ces républiques où on ne parle de la Sainte-Eglise qu'avec exécration ! « Que Dieu nous envoie un secours de son sanctuaire, et que le Seigneur étende au loin les tentes d'Israël. »
DE S. FRANÇOIS DE SALES. t 30