‹ Nouvelles lettres inâeditesChapitre 23 sur 57 · A UN GENTILHOMME DE LA COUR DU DUC DE SAVOIE · texte numérisé non relu

A UN GENTILHOMME DE LA COUR DU DUC DE SAVOIE

Sainl François lui envoie une lettre pour S. A.

Anneci, 15 décembre 1GU>.

Monsieur,

Jcscris à S. A. la lettre ci-jointe, et pour luy donner une plus seure adresse, je vous supplie très humblement de la luy remettre ; bien que je n'aye pas l'honneur d'estre conneu de vous, à qui néanmoins je suis, de tout mon cœur,

Monsieur, Plus humble, très affectionné serviteur, François, Evesque de Genève.

178e LETTRE.

L'original est conserve aux archives de la cour de Turin. A S. A. CHARLES EMMANUEL 1er, DUC DE SAVOIE.

Sur les entretiens que Saint François a eus avec l'archevêque de Lyon , arrivé à Annecy.

Anneci, 15 décembre 1615.

Monseigneur ,

Il y a un moys que M. le marquis de Lans m'escrivit de la part de V. A. que je luy fisse sçavoir les sujetz, pour lesquelz M. l'Archevesque de Lion estoit venu en cette ville, et les particularités de ce que nous avons traitté ensemble. A quoy je respondis que le sujet de cette venue n'estoit qu'une simple visite , la quelle ce prélat avoit projettée dès son advénement en la charge qu'il tient, comm' il m'escrivit dès l'hors, et que nous n'avions traitté de chose quelconque sinon de ce qui appartient à la dévotion et conduite spirituelle des âmes; or, Monseigneur, c'est la pure etvraye vérité, ainsy j'en proteste devant Dieu et ses anges, et néanmoins, M. le marquis de Lans m'a escrit pour la seconde fois , que j'aye à luy descouvrir de quoy nous avons traitté, ce prélat et moy; et parce que c'est delà part de V. A. que cela m'est enjoint, c'est à elle aussi , à laquelle maintenant je m'adresse, conjurant en toute humilité sa douceur et bonté, de croire que j'ay respondu en cett' occasion avec toute franchise et simpli-

rite, que si, ou ce soigneur, ou autre quelconque, m'eût parlé de choses qui eût tant soit peu regardé le service ou les affaires de V. A. ou mesme de chose d'estat, je n'eusse point attendu de semonce, pour la faire m noir, car de moy-niesme par le mouvement démon inviolable fidélité envers la couronne de V. A., de la quelle je suis sujet, j'eusse promptement rendu le devoir auquel la nature et le serment que j'ay preste m'obligent. Mays Monseigneur, Dieu m'a fait cette grâce, que jamais personne ne m'a estimé homme d'affaires, ou du moins ne m'a accosté pour cela. Et ce bon archevesque est tellement occupé en la piété que quiconque le connoistra bien, jugera facilement que ses pensées ne sont nullement tournées du costé du monde.

Pleut à Dieu, Monseigneur, que l'Eglise eût plusieurs de telz pasteur, car le nom de Nostre Seigneur en seroit bien mieux loué et sanctifié. J'ay si souvent expérimenté de la débonnaireté et équité de V. A. en toutes les occurrences , es quelles la calomnie a osé entreprendre sur mon innocence et candeur, que je demeure fort paysible en celle-ci , puisque mesme le temps garend et protecteur de la vérité a des-jà fait voir par longues années , que je suis inviolable et immobile en la résolution que Dieu a establie en moy de ne vivre qu'à ma profession , et en icelle avoir tousjours le cœur dédié à l'obéissance de V. A. , à la quelle souhaitant sans fin mille et mille bénédictions, je demeure,

Vostre très humble et très obéissant serviteur et orateur,

François, Evèquc de Genève.

L'original appartient à M. François Benoit d'Auvergne, prêtre séculier de la congrégation de l'Oratoire à Turin.

AS. A. CHARLES EMMANUEL lfcr, DUC DE SAVOIE.

Sur le fruit spirituel que les pères Barnabites ont recueilli à Annecy, et sur l'union à leur couvent des prieurés de Silingre et de Saint Clair.

Anneci, 29 février 1C1G.

Monseigneur,

Il y a deux ans que, par commandement de V. A., les Pères Barnabites ont esté receus en cette ville pour la direction du collège, et ne se peut dire combien de fruit spirituel ils y ont fait, et en toute cette province, qui a donné un grand sujet à tous les gens de bien, de souhaiter plus ardemment toute sorte de prospérité à V. A. , de la quelle l'authorité nous avez prouveu de ce bonheur : mais, Monseigneur, puisque la providence de V. A. a planté ce bon arbre fruitier en cette province, c'est à elle-même de l'arrouser, afin que, par la grâce de Dieu, elle puisse croistre. Le collège est extrêmement pauvre pour la grandeur des charges qui y sont, et si on ne le secourt, par addition de quelques revenus , ces bons Pères y vivront avec tant d'incommodités, que non seulement ils n'y pourront pas faire le progrès que leur piété et les nécessités de ce pais requièrent, Or Jes moyens de leur accomodement sejont

fort ayscs pour peu qu'il plaise à V. A. d'affectioncr Celle sainte oeuvre : car nous avons ici, deux prieures ruraux, dont le plus grand n'excède pas la valeur de cent ducats annuels, par ï union desquels ce collège seroil fort soulagé, et ce qui est plus considérable, comme ces prieurés seroyent utiles à rentretenement Je ces Pères, ces Pères seroyent réciproquement extrêmement utiles à l'entretenement des prieurés, qui comme la plus part des bénéfices réguliers de ce pais, s'en vont en ruine. Quant aux choses temporelles devant les hommes, et quant aux services spirituels devant Dieu , qui sans doute en est grandement offencé. Et non est qui recogitet corde. L'un de ces prieurés s'appelle Silingre, et l'autre Saint-Clair, tous deux à une lieue d'iey, fort propres à l'intention que je représente à V. A., laquelle je supplie très humblement et sous l'adveu de sa bonté, je la conjure par l'amour qu'elle porte au service de Dieu et de l'Église, et par la paternelle affection qu'elle a envers ce païs : de vouloir estroitement embrasser et presser le bien de ce pauvre collège, qui est au cœur de la Savoye et vis à vis comme antagoniste de celui de Genève, et qui est la première retraitte que cette vénérable congrégation des Pères Barnabites a en de ça les monts sous les favorables auspices de V. A., laquelle en aura beaucoup de gloire en ce monde, entre les serviteurs de Dieu et en l'autre encor davantage entre les anges, et les saints de Paradis. Cependant sur cet heureux présage, je fay très humblement la révérence à V. A. comme étant, Monseigneur, Son très humble et très obéissant orateur et serviteur,

François, Evcsqxie de Genève,

i8o« LETTRE.

L'autographe est conservé dans la bibliotheqnc Ambrosiana de Milan.

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