‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 13 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

5 décembre 1848.

Mon cher ami,

A la suite du vote de la Chambre sur la pétition des étudiants de Turin, le ministère a donné sa démission (1), Il a parfaitement agi. Attaqué avec une passion acharnée, mollement défendu, il ne pouvait plus faire le bien. C'est un malheur sous un certain rapport, car il serait difficile de trouver une réunion d'hommes aussi honnêtes et aussi courageux, mais d'une autre part, il faut avouer que sous le rapport du talent, il n'était pas à la hauteur des cir-

(1) Séance du 3 novembre, relateurs Mellana — Les étudiants de l'Université de Tarin demandaient l'abrogation d'anciens règlements, lear interdisant de se réunir plus de 20 en public, de former entre eux des sociétés littéraires ou politiques, etc. — Après une longue discussion et malgré l'opposition du ministre de l'instruction publique, Boncompagni, la Chambre vota pour la prise en considération de la position des étudiants, et invita le ministre à proposer les réformes à introduire dans les règlements universitaires, pour les mettre en harmonie avec le* temps modernes.

constances. Il n'y avait pas un seul homme politique, Pinelli a du cœur, de l'énergie, une activité admirable, mais il est dénué des connaissances nécessaires pour traiter les grandes affaires. Ses collègues n'avaient pas le don de la parole, et étaient, à tout prendre, assez médiocres. Le Roi a chargé l'avocat Gioia (1) de Plaisance de former un nouveau cabinet. S'il y réussit, nous aurons beaucoup gagné, car le ministère sera soutenu par l'ancienne majorité et par la partie modérée de l'opposition, qui se compose de presque tous les députés génois, et la politique ne sera pas altérée.

Si, au .contraire, Gioia ne réussit pas, nous aurons un ministère gauche pure, présidé par Gioberti.

Ce ministère fera de grandes sottises, mais il est probable qu'il s'usera dans peu de temps. Ce sera un grand malheur, mais qui aura pour résultat heureux de faire apprécier à leur juste valeur les hommes qui ont acquis un fâcheux ascendant sur le pays.

Si, comme je l'espère, le parti conservateur demeure compacte et s'organise, il est possible que nous nous tirions encore d'affaire.

Je vous envoie une centaine de copies de la contre-déclaration des députés de la majorité, afin que vous tâchiez de la faire lire à ceux qui ne sont pas tout à fait fous.

Les temps sont bien difficiles, mais il ne faut pas s# décourager.

Adieu, mille amitiés.

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