CLXXXIII
8 décembre 1848.
Mon cher ami,
À moins que le bon Valério ne mette la main sur tout mon avoir, vous pouvez être certain de ne pas avoir à avancer la somme de 438 (?). D'abord, parcequ'av^nt l'ouverture de la Banque je vous aurai remboursé la plupart de la somme que je dois au G.te à demi. Les machines du moulin à riz sont achevées, nous les avons essayées, elles répondent pleinement à nos espérances; le riz qui en sort est beaucoup plus beau que celui produit par nos pistes, et se vend 25 % plus cher. Il ne reste plus à mettre en place que le régulateur de la roue hydraulique, ce qui est peu de chose. Dès que les machines travailleront, je pourrai disposer de mon riz et me procurer les fonds dont j'ai besoin pour vous payer.
Ainsi comptez sur mes 100,000 fr. à 20,000 fr. près, qui représentent la quantité de guano qui excède mes prévisions.
A propos de rails, je tous dirai qu'on
va ouvrir le chemin jusqu'à Cambiano, c'est-à-dire à 7 milles de Turin, et à la fin du mois, jusqu'à Villanova d'Asti, 11 milles.
Le mouvement des voyageurs à Moncalier dépasse de beaucoup les prévisions des ingénieurs.
Venant à la politique, je vous dirai que je doute fort que Gioia parvienne à composer un ministère, car (xioia n'est pas homme à transiger avec les idées exagérées. Il faudra subir Gîoberti, ce que je considère comme un bien,
car il sera impossible de gouverner tant que cet homme ne sera pas démonétisé.
L'esprit de l'armée étant excellent, comme l'est également l'esprit des masses en Piémont, je ne redoute pas excessivement les folies qu'il pourra faire pendant son passage au pouvoir.
À propos de guano, Davidy m'a dit qu'il voulait retenir 1000 kilog. pour H. Ne les lui expédiez pas encore, car les transports sont à un prix fou, le double à peu près des autres années.
Adieu, très cher ami, croyez à mes sentiments dévoués.