C. de Cavour
14 décembre 1848.
Mon cher ami,
Je vous remercie des nouvelles intéressantes que vous m'avez envoyées sur les tristes événements de Gênes (1). Ces événements ont hâté la solution de la crise ministérielle. D'Azeglio ayant refusé la présidence, il est devenu indispensable d'appeler Gioberti, et de lui abandonner le pouvoir. C'est une triste nécessité, mais qu'il faut savoir subir avec courage et constance. Peut-être en résultera-t-il un bien durable. On nomme comme collègues de Gioberti, Rattazzi, Ricci, Désambrois, Buffa, Pareto, Sineo. Pour la guerre, on parle de Chiodo, Rossi et même de Sonnaz,
(1) La révolution comprimée, mais non réprimée, menaçait d'éclater avec violence d'un moment à l'autre. Une émeute avait failli éclater sous la caserne de YAnnona. Lorenzo Pareto accouru pour la dissiper, a la tête de la Garde nationale, avait été insulté et on avait brisé son épée.
votre ancien gouverneur. Il est probable qu'aujourd'hui à la Chambre, nous saurons quelque chose (1).
Le nouveau ministère sera fort embarrassé, surtout pour trouver de l'argent. Je crois qu'il aura recours à un nonvel emprunt forcé. Si Ricci est ministre des finances, il s'opposera à l'émission de billets du gouvernement ayant cours forcé; du moins en quantité telle qu'ils puissent influencer la valeur de la Banque de Gênes. Si Grioberti écarte Ricci, comme trop modéré, alors je ne vous réponds d'aucune extravagance politique ou financière. Le nouvel emprunt se ferait probablement à un cours moins élevé que l'ancien; 75 ou même 70.
Cette mesure serait infiniment préférable à l'émission de billets.
Toutefois, je crois qu'il faudrait demander encore à la Banque de Gênes 5 à 8 millions de billets de petites coupures.
Dites-moi votre avis à cet égard. Lorsque Pinelli espérait encore pouvoir former un ministère conservateur, il parlait d'un certain Viani de Gênes. Dites-moi ce que c'est.
Adieu, mille amitiés.