‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 17 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

Turin, 18 décembre 1848.

Mon cher ami,

Je change de rôle à votre égard et je crois maintenant devoir vous rassurer, car si les événements qui se succèj dent en Italie paraissent nous pousser au désordre, il est impossible de méconnaître qu'il s'opère dans le reste de l'Europe un retour marqué vers les idées d'ordre et de sagesse. Ce qui se passe en France en est une preuve ir* récusable. Ce qui me frappe dans ce pays, ce n'est pas l'immense majorité qu'a réunie L. N., mais l'insignifiante

Urnes qu'il espérait immoler, disant qu'il aurait fait monter le prix du chanvre, à celui de la soie. Tous ceux qui ont connu Morchio, rendent justice à la droiture de son caractère, et pendant sa dictature d'une semaine, il ne fit ni enfermer, ni mourir personne. Son frère, le commandeur et professeur Daniel Morchio, est actuellement un des hommes les plus distingués de Gênes, et c'est en grande partie à son initiative et à son activité, qu'est dû le monument à Victor Emanuel, élevé par souscriptions volontaires, en 1886, sur la Place Corvetto h Gênes.

minorité des suffrages qui se sont portés sur les représentants de la république rouge, Ledru-Rollin et Raspail.

Il est pour moi évident que l'ordre social est sauvé en France, et par conséquent, en Europe, car les révolutions qui n'ont pas leur point d'appui à Paris, sont des révolutions avortées.

L'arrivée de Gioberti aux affaires peut avoir des conséqu3nces funestes pour le pays, mais du moment que les passions révolutionnaires ne seront plus excitées par l'exemple de la France, aucun bouleversement social n'est à craindre, d'ailleurs Gioberti, enivré de vanité, peut devenir aussi bien un instrument de révolution. Pour cela, il suffira peut-être, que le parti conservateur reste sur la réserve. S'il a la sagesse de le faire, il laissera Gioberti aux prises avec les exaltés, qui se disposent déjà à l'attaquer avec acharnement, ce qui le ramènera à des idées de modération.

Si le Roi se donne la peine de le cajoler, il en fera ce qu'il voudra.

Si Gênes est en proie à l'esprit de désordre, à Turin, au contraire, les éléments d'ordre ont une force irrésistible. La journée de hier nous en a fourni une preuve. Une grande revue de la Garde nationale a eu lieu ; après avoir assisté h la distribution d'une médaille, elle a défilé sous les fenêtres du Roi. Les agitateurs s'étaient donné un mouvement infini pour faire crier: Vive Gioberti, vive la Constituante! Eh bien; un seul cri a retenti dans tous les rangs, celui de: Vive le Roi!

Lamarmora m'a dit qu'il répondait de l'armée, et soyez sûr qu'on peut compter sur sa parole. Tous les officiers de l'artillerie en disent autant , aussi je vous assure que le Roi n'aurait qu'à lever le doigt pour réprimer toute tentative de désordre.

Au reste, Gioberti le sent, car, dans le programme qu'il a lu samedi à la Chambre, il a exprimé des opinions iden-

tiques à celles que professait Pinelli. La seule différence entre les deux ministères, consiste dans l'emploi fait par Gioberti, de phrases sonores et vides de sens. Tranquillisez-vous donc, mon cher, et si vous voyez l'ordre raffermi en France, soyez sans inquiétudes sérieuses pour nous.

Les capitalistes de Turin, toutefois, partagent votre opinion. Le nouvel emprunt a baissé singulièrement. Samedi, on offrait à 14 OjO de perte, peut-être ira-t-on plus bas encore. Quant à moi, je crois qu'à 15 0$, soit à 68, il n'y aurait pas grand risque à acheter.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

CLXXXVIL

21 décembre 1848.

Mon cher ami,

L'absurde proclamation de Buffa (1) a révolté l'armée. Les officiers de la garnison de Turin ont rédigé une pro-

(1) Domenico Buffa , né à Ovada en 1818 , mort en 1858 , Député d'Ovada siégeant au centre gauche. Nommé ministre d'agriculture et commerce dans le ministère democratico de 1848, il avait été envoyé à Géoesle 16 décembre, en qualité de commissaire royal, muni de pleins poavoirs. A peine installé, il publiait une proclamation contenant les phrases suivantes: « I nuovi ministri, appena giunti al potere, udirono « che Genova tumultuava perché volevasi seguire una politica contraria

* alla dignità, agli interessi, all'indipendenza délia Nazione. Ma ora,

* nomini nuovi, cose nuove ! Il présente ministero vuole l'as-oluta in- •• dipendenza d'Italia, la Costituente Italiana, la Monarchia democra- «* tica. Io, investito dal Re di tutti i poteri civlli e militari spettanti

- al potere esecutivo, sono venuto a dare una mentita solenne a coloro

- che dicono la vostra citta arnica délie turbolenze. Pertanto ho ordi-

- nato che le trappe partano dalla città. Qnanto ai forti, sarà inter- « rogata la guardia nazionale se voglia o possa presidiarli e le saranno «• consegnati tutti o in parte, a sua scelta. A mantener l'ordine in una

* città veramente libéra, basta la guardia nazionale n.

17 — Brut. Lettres de C. Cavour.

testation qui a été signée par plusieurs régiments, et à laquelle adhéreront probablement tous les corps de l'armée. La brigade de Savoie est plus que toutes les autres brigades dans un état remarquable d'exaspération. On pense que les régiments lombards mêmes enverront leur adhésion. Que fera le ministère en présence d'un acte de réprobation aussi unanime ? On a peine à comprendre comment il pourra refuser la destitution de M. Buffa. Qu'arrivera-t-il alors? vraiment on se perd en conjectures.

Ricci m'a répété que jamais il ne consentirait à l'émission du papier-monnaie. Tiendra-t-il parole? Je le crois, paréeque le commerce de Gênes ne lui pardonnerait jamais une mesure qui ruinerait la Banque.

Jaillet (1), a répondu hier à M. de Sonnaz (2), que l'armée ne consentirait jamais à se laisser insulter par un ministre Buffa, Buffone!

Les nouvelles de France me tranquillisent au point que je suis sans inquiétudes sur le résultat final de la crise actuelle.

Camille de Cavottr.

clxxxviœ.

Tarin, 8 janvier 1849.

Mon cher ami,

J'ai à tous entretenir de plusieurs affaires importantes ; pour procéder avec ordre, je vais les traiter successivement.

(1) Colonel dans la brigade de Savoie, ami intime de M. É. de la Rite, général au service de la France, après l'annexion de la Savoie.

(2) Le général Hector Gerbaix de Sonnaz, alors ministre de la guerre.

Banque. — Bombrini a été appelé par Ricci, qui voulait le consulter sur les projets financiers du ministère. Ricci l'a assuré qu'il s'opposerait à l'émission de papier-monnaie, qu'il préférait employer tout autre moyen , avant d'avoir recours à celui-là. Bombrini nous a communiqué la réponse faite par le conseil de régence de la Jîanque de Gênes à dos propositions. Le conseil accepte les bases que nous avions proposées, seulement il insiste pour que le capital de la Banque de Turin soit fixé momentanément à 2,000,000 et que le versement des deux autres millions, pour compléter son capital, soit renvoyé à une époque indéterminée.

Cette proposition sera sans doute acceptée, elle diminuera de beaucoup les difficultés des versements à opérer et tendra à soutenir le cours de nos actions.

Je crois qu'il en résulte que tous les contrats « à livrer » doivent être réduits de moitié pour le moins, ce qui améliore notre position.

Rossi et Schiapareïli. — Ainsi que je vous l'ai mandé, il serait impossible de retirer les fonds que nous avons, vous et moi, dans cette entreprise, en compte-courant, sans en amener la liquidation, ou du moins une réduction considérable d'affaires, ce qui serait excessivement fâcheux, vu que les progrès de l'entreprise dépassent nos prévisions.

La fabrication du phosphore a pris une grande extension. H a fallu faire construire un nouveau fourneau, qui nous permettra d'augmenter d'un tiers nos produits. La fabrication des bougies stéariques est commencée et promet également de larges bénéfices. Enfin, le commerce de la droguerie, que nous a légué M. Rossi, s'étend tous les jours. Aussi j'ai la ferme conviction que les fonds sociaux rendront au-delà de 10 0$.

Mais cela n'empêche pas que les fonds placés en compte courant ne soient exposés à de fortes dépréciations, si l'on ♦;met du papier-monnaie.

Vous comprendrez que mon but

principal est de mettre les fonds que vous avez engagés dans cette affaire, à l'abri de tout danger. Je crois l'entreprise excellente, mais je ne tiens pas à vous faire partager cette opinion, seulement je pense que vous aurez en moi un débiteur plus sûr, et qui pourra . plus vite se libérer, que la maison E. et S.

Je termine cette lettre éternelle en vous manifestant mes craintes sur le résultat probable des élections. Le pays est menacé d'une crise. Vous pouvez être sûr que je ne déserterai pas mon poste et lutterai jusqu'au dernier moment.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

CLXXXEK.

Turin, 17 janvier 1849.

Vous serez étonné de mon silence, mais hélas ! il est motivé par une cause bien douloureuse: la maladie de ma tante de Tonnerre (1). Son état est tel que nous ne conservons plus aucun espoir de la sauver.

(1) Madame de Tonnerre était la fille ainée de M. de Selîon et, par conséquent, la tante maternelle du comte de Cavour. Elle avait épousé, en premières noces, le marquis de Turbie, avec lequel elle fut assez malheureuse et dont elle avait dû «e séparer. Elle épousa en secondes noces le duc de Clermont-Tonnerre, et elle trouva dans ce mariage le bonheur qu'une femme peut attendre d'un galant homme, qui l'aime et la respecte (De la Rive, Le Comte de Cavour, p. 4). La révolution de juillet l'amena a se fixer a Turin, qu'elle ne quitta plus depuis 1835 jusqu'à sa mort, qui eut lieu 12 ans après celle de son mari. — Femme d'esprit et de cœur, sa position a Turin était fort considérable et Charles Al1 ert la tenait en haute estime. Son affection pour le comte Camille de Cavour, était un des sentiments les plus vifs qu'elle eut jamais éprouvés (De la Rive, 1. c, p. 33).

Nous sommes d'accord sur tous les points relatifs à nos affaires.

Adieu, excusez ma précipitation et croyez-moi

votre bien dévoué C. DE Cavour.

Turin, 22 janvier 1849.

Mon cher ami,

Les tristes prévisions que je vous exprimais dans ma dernière lettre, ne se sont que trop vérifiées; ma pauvre tante a succombé à la grave maladie qui l'avait atteinte, sans trop de souffrances. Cette perte est bien cruelle pour nous, car nous aimions ma tante comme une seconde mère.

Je compte aller passer quelques jours à Leri, pour me reposer des chagrins domestiques et des soucis de la politique.

Mon élection est fort compromise. Les juifs ont déserté ma cause, et le curé d'une des paroisses de la ville a lancé Mer une diatribe contre moi.

Si j'échoue, je me consolerai en pensant que, dans les orages révolutionnaires, les bons citoyens sont condamnés à l'impuissance.

Ma tante nous a laissés, mon frère et moi, ses héritiers universels, en nous chargeant du payement d'une grande quantité de legs. Quoique ce testament nous soit au fond extrêmement avantageux, il nous oblige, pour le moment, à nous procurer de l'argent.

Adieu, cher 1a,mi, croyez a ma bien sincère amitié.

Camille de Cavour.

Leri, 30 janvier 1849.

Mon cher ami,

Pour éviter de monter la garde aujourd'hui, j'ai prolongé mon séjour ici de 48 heures. Aussi votre lettre du 29 estelle venue me chercher au milieu de mes occupations agricoles.

M. S...., chimiste fort habile, ne

pense qu'à étendre le cercle de ses affaires, d'une manière quelquefois exagérée. Je lui avais dit avant de partir de Turin, que je donnais mon consentement à ce qu'il achetât pour 10 ou 12 mille francs de graisses, destinées à la fabrication des bougies stéariques, payables à 3 mois, parce que j'étais à peu près certain que dans ce laps de temps, on retirerait abondamment de quoi faire honneur à cet engagement. M. S... aura voulu faire une grande affaire en suif, et je suis charmé que vous l'en ayez empêché. La société peut marcher très bien avec les capitaux qu'elle a; nous avons peut-être agi un peu légèrement en consentant à l'établissement de la fabrication des bougies stéariques. Je m'y suis longtemps opposé, j'ai fini par céder parce qu'il m'a été démontré que c'était une conséquence forcée de la fabrication de l'acide stéarique. Cette nouvelle branche d'industrie a absorbé tous les nouveaux capitaux que nous avons versés. Si elle réussit, comme j'ai lieu de le croire, nous retendrons au moyen des bénéfices. Si l'expérience ne répondait pas à nos calculs, alors il faudrait se borner à la fabrication des produits chimiques, et surtout du phosphore, dont les résultats sont infaillibles.

Nous pourrions aussi, au besoin, renoncer au commerce des drogueries que nous a laissé M. R...., et qui absorbe

de 80 à 90 mille francs ; mais il est non seulement avantageux par lui-même, en outre, il aide singulièrement au débit des produits chimiques.

Cette année, le sulfate de chinine seul, nous a valu un bénéfice net de 3 à 4000 francs.

Ce que vous me dites du retard des navires venant d'Angleterre, m'explique comment une malheureuse meule à riz, que nous attendons depuis deux mois, n'arrive pas.

Je ne tous parle pas politique; depuis huit jours que je suis ici, je l'ai tout à fait oubliée.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cayouk.

9 février 1849.

La Marmora rentre au ministère, d'après le conseil de ses amis et de Pinelli en particulier (1). Perrone sera fait sénateur. Grioberti se sépare tout à fait de Brofferio et des exaltés. Hier il a donné une soirée magnifique. Il y a eu une grande démonstration contre le circolo.

Camille de Cavour.

cxcm.

12 février 1849.

Mon cher ami,

Ma tante De Sellon est partie aujourd'hui pour Gênes, avec ses deux filles cadettes. Elles y arriveront demain et iront descendre à l'hôtel de Londres. N'étant accompagnées

(1) La Marmora remplaça De Sonuaz au ministère de la guerre le 2 f *Trier, mais céda ce portefeuille, dés le 9 février, au général Chiodo.

par aucun homme, je les recommande yivem?nt à vos soins obligeants. Elles comptent passer quelques jours dans votre yille, si l'émeute ne les en chasse pas.

Ici, nous sommes parfaitement tranquilles. Gioberti s'est déclaré, d'une manière franche et énergique, contre la constituante et la révolution toscane (1), et il a rompu d'une manière éclatante, avec Brofferio et le parti extrême. Il paraît décidé à ne pas reculer, et il peut le faire d'autant mieux que la population de Turin s'est déclarée d'une manière unanime en sa faveur. Le peuple est essentiellement monarchique. Il est charmé par le mot de royauté démocratique, et il serait difficile de lui faire accepter les idées mazziniennes. Quant à Gênes, Gioberti est décidé de la maintenir par la force. Buffa est parti, emportant dans sa poche le décret de l'état de siège. J'espère qu'il saura en faire meilleur usage que Durando.

La Chambre est tout étonnée des tendances conservatrices du ministère. Elle se croyait destinée à jouer de grandes représentations révolutionnaires, et, au lieu de cela, le ministère lui impose des idées d'ordre et de modération.

Je crois la guerre presque inévitable, le mois prochain. Je n'en suis pas fâché, car elle seule peut nous éviter la crise révolutionnaire qui nous menace. Les deux La Marmora (2), hommes qui m'inspirent la confiance la plus illi-

(1) Gaerrazzi, Montanelli, etc., y avaient constitué un gouvernement provisoire et le Grand-Duc s'était enfui à Porto S. Stefano.

(2) Alphonse et Alexandre La Marrnora. — Le premier (1804-1878) était capitaine d'artillerie en 1848, se distingua & la bataille de Pastrengo et délivra Charles Albert le 5 août, lorsque sa vie était menacée à Milan, dans le palais Greppi, où la foule exaspérée l'avait assiégé. Nommé général en octobre 1848, ministre de la guerre (cabinet Perrone, 27 octobre à 16 décembre 1848), chef d'état-major de Chrzanowski, ministre de la guerre pour la deuxième fois, du 2 au 9 février, 1849 (cabinet Gioberti1. Envoyé en Toscane, à la tête d'une division, pour y réaliser la restauration projetée par Gioberti, il fut soudain

mitée, sont pleins d'espérance. Si on les laisse faire, je crois probable que nous délivrions la Lombardie. En tout cas, si nous succombons, ce sera d'une manière glorieuse, et non en tombant dans la boue, comme à Rome et à Florence. Adieu, cher ami, croyez à mon sincère dévouement.

Camille de Cavour.

1« mars 1849.

Mon cher ami,

Il y a plusieurs jours que je veux vous écrire, et que je ne le fais pas, le courage me manquant pour vous en-1 tretenir de nos tristes affaires politiques.

La chute de Gioberti a été un drame honteux. Le Roi

rappelé de Sarzane et arriva trop tard pour prendre part à la bataille de Novare. Envoyé à Gênes, qui s'était révoltée (avril 1849), il s'eri empara, y rétablit l'ordre, et fut ensuite ministre de la guerre jusqu'en 1860, excepté pendant le temps qu'il passa en Crimée à la tête de la Division piémontaise, où la victoire qu'il remporta à Traktir rétablit là réputation de l'armée sarde, compromise à Novare. Président du cabinet, de juillet 1859 à janvier 1860, pendant la retraite momentanée de Cavour, il alla combattre le brigandage à Naples en 1861. Président du cabinet de 1864 à 1866, il conclut en 1866 l'alliance italo-prussienne* mce à laquelle Venise fut rendue à l'Italie. Il commanda ensuite le département militaire de Milan et fut enfin lieutenant du Roi à Rome en 1870-71. Pendant sa longue et honorable carrière, La Marmora fut en butte à bien des accusations, auxquelles il répondit par la publia cation de son Episodio del Risorgimento italiano (Révolution de Gênes f î 1849) et ses Un po' pià di lace et I segreti dello Stato (sur l'alliance italo-prussienne). Il était un- des intimes amis du comte de Cavour. — Alexandre La Marmora, frère d'Alphonse, partagea avec lui l'honneur d'avoir réformé l'armée sarde et prit part avec lui, aux guerres de l'Indépendance. Il fut le créateur du célèbre corps des Bersaglieri^ «le venu classique en Italie et au dehors, par son courage, sa discipline tt son organisation. Il mourut en Crimée, d'une attaque de choléra, le * juin 1855.

Ta indignement joué; après lui avoir prodigué les témoignages de confiance et de satisfaction, il Ta sacrifié sans regret à Valerio et à Sineo (1), et à la folle idée de s'élever sur les ruines des trônes de l'Italie centrale.

Le projet que Gioberti avait conçu (2), pouvait amener une solution favorable de la question italienne.

Notre intervention en Toscane aurait déterminé la France et l'Angleterre à agir en notre faveur, ce qu'elles ne feront pas maintenant.

Le ministère, sans Gioberti, est un troupeau sans berger. Il n'ose pas céder au parti qui le pousse à la démagogie, car il craint un mouvement à Turin et une démonstration militaire. La nomination du marquis Colli (3), homme éminemment conservateur et énergique, a eu pour but de cal-

(1) Deux des principaux rédacteurs de la Concordia. — Riccardo Sineo, jurisconsulte distingué, né à Turin en 1805, mort eu 1876, concourut puissamment à pousser Charles Albert à accorder le Sfatuto. et fit partie, avec Cavour, de la Commission chargée d'élaborer la loi électorale. Député au Parlement pendant les 11 premières législatures, Sineo fut ministre de l'intérieur en 1848 (cabinet Gioberti), puis de grâce et justice en 1849. Adversaire du comte de Cavour, il eut presque un duel avec lui, lors de la discussion du traité de commerce avec la France, en 1851. Il combattit l'expédition de Crimée, la cession de Nice jet de la Savoie. Son éloquence était assez lourde et ennuyeuse. U fat nommé sénateur en 1873.

(2) De restaurer le Grand-Duc sur son trône à Florence, par l'armée Barde et de former une confédération constitutionnelle es Italie, sons l'hégémonie du Piémont. Ce projet appuyé par Cavour, avait pour but aussi de prévenir une intervention autrichienne en Toscane, et le général Alphonse Lamarmora était déjà en route pour l'exécuter, lorsqu'une dépêche de Gioberti, qu'il reçut à Sarzane, lui annonça que le gouvernement du Roi avait subitement changé d'idée et que, comme il ne pouvait voir dans ce changement que le résultat d'une intrigue pour le supplanter, il donnait sa démission de ministre et de président du cabinet. (Lamarmora, Un episodio, tcc, pag. 16, 17 et 18).

(3) Le marquis Victor Colli di Feiizzano, major général, nommé ministre des affaires étrangères le 8 mars 1849.

mer les esprits , qui commençaient à s'aigrir. Maintenant qu arrivera-t-il ? C'est ce que tout le monde se demande, et ce à quoi personne ne répond.

Fera-t-on la guerre? C'était possible avec Gioberti, qui avait regagné la confiance de l'armée, mais avec ceux-ci! Si on ne fait pas la guerre, comment obtenir une paix qui ne soit pas honteuse? Voilà les terribles problèmes dont la solution n'avance guère.

Le ministère est aux abois, quant aux fonds. Ricci parle toujours de l'emprunt; mais l'emprunt ne se fera pas, tant que ses collègues et lui seront aux affaires. Il paraît bien qu'un projet d'emprunt a été conditionnellement accepté par une société de capitalistes, mais ceux-ci ne s'étant pas définitivement engagés , poussent le temps avec l'épaule, pour attendre les événements et profiter de la moindre apparence pacifique.

Leur position est excellente, ils ne veulent conclure que si la crise politique se calme, et alors, certainement, les prix auxquels l'emprunt sera émis, leur assureront un immense bénéfice. Pour peu que l'on comptât sur la paix, nos rentes atteindraient le niveau des rentes françaises.

Bicci a fait faire à la Banque de Turin les propositions les plus avantageuses. Nous nous réunissons aujourd'hui pour les discuter.

J'ai communiqué à M. Schiaparelli vos observations sur ses bougies stéariques. H m'a promis d'apporter tous ses soins à l'amélioration de la mèche. Dans ce but, il désirerait avoir sous les yeux un paquet de bougies anglaises, qu'on ne trouve pas à Turin. Si vous pouviez lui en en- Toyer un, vous l'obligeriez beaucoup. On fabrique également, des paquets de 5 et des paquets de 4 bougies, du poids 4e 1[2 kilogr. Les paquets se vendent 1 fr. 50 cent., avec 6 0[0 d'escompte. Jusqu'à présent la vente a été très active, et quoiqu'on en fabrique de 800 à 1000 paquets par semaine, tout se vend pour ainsi dire d'avance.

La consommation de cet article a augmenté et augmente chaque jour. Cela se conçoit , car les bougies stéariques ont un tel avantage sur les chandelles de suif, qu'on ne peut plus s'en passer, lorsqu'on les a essayées.

La grande fabrique des frère Lanza produit de 800 à 1000 paquets par jour, et elle est sans dépôt.

X s'est arrangé, il a consenti à une forte réduction sur son compte; ce qui me confirme dans l'idée que c'est un homme avec lequel il ne faut pas traiter.

Adieu, mille amitiés.

Gaulle de Cavour.

Samedi matin, 3 mars 1849.

Mon cher ami,

Je ne vous ai pas répondu hier, me trouvant de garde au palais Carignan, où j'étais, à la lettre, mis à la porte.

Je viens maintenant vous communiquer tout ce que je sais de notre position financière.

Ayant été trouver Ricci avec Mestrezat et Bolmida, pour lui demander d'appuyer nos démarches auprès de la Banque de Gènes pour amener une fusion, le ministre nous a répondu qu'il ne croyait pas la fusion possible, tant que nous ne serions pas constitués ; que, connaissant à fond messieurs les Génois, il était certain qu'ils chercheraient à profiter de leur position pour nous imposer des conditions onéreuses, que nous ne pourrions pas accepter. Il a ajouté que le seul moyen d'atteindre notre but était de nous constituer d'une manière indépendante, et que, dans ce cas, il nous aurait accordé tous les avantages dont jouissait la Banque de Gênes, pourvu que nous consentions à prêter un égal concours au gouvernement.

Nous avons de suite réuni le conseil, pour lui faire part de cette communication du ministre. Dans cette réunion, le commissaire royal nous a annoncé que le ministre était disposé à faire plus encore pour nous et qu'il désirait avoir une nouvelle conférence avec les délégués de la Banque. Étant retournés chez Kicci, il nous a répété ses offres, en ajoutant que si nous consentions à prêter 20 millions au gouvernement, il aurait consenti à affecter à leur remboursement les produits des droits réunis (1), qui existent dans les provinces du Piémont et qui s'élèvent à plus de 4 millions. Ces droits, étant affiemés à de riches entrepreneurs et garantis par de bonnes hypothèques, constituaient, au dire du ministre, un gage bien préférable à celui que l'on avait accordé à la Banque de Gênes.

Cette proposition était très séduisante-. Elle était infiniment avantageuse aux fondateurs de la Banque qui, se trouvant tout à coup placés dans une position meilleure que celle où se trouve la Banque de Gênes, étaient surs d'amener une fusion au pair, ce qui aurait assuré un débit avantageux de leurs actions. Aussi le conseil a-t-il été à peu près d'accord de l'accepter, et il a chargé les 3 commissaires de formuler un projet sur les bases de la proposition ministérielle.

Ayant mûrement réfléchi à ce projet, il m'a paru que, bil était avantageux aux fondateurs de la Banque, il était très nuisible au pays et surtout au commerce ; qu'il en serait résulté une émission de 60 millions de billets , ce qui, étant hors de proportion avec les besoins de la circulation, aurait causé une dépréciation considérable sur les billets. En conséquence, j'ai pensé que nous ne devions consentir à cette mesure fâcheuse qu'à la dernière extrémité, qu'il fallait avant, épuiser toutes les ressources ordi-

(1) Appelés aussi foglietta, c'est-à-dire octroi sur les boissons et leur reute en détail, actuellement dazio-consumo.

naires du crédit et ne nous prêter à une nouvelle émission de billets, que lorsque nous verrions que le gouvernement serait réduit dans l'alternative d'avoir recours au papier de la Banque de Turin , ou d'émettre lui-même des bons du trésor, ou de papier-monnaie sous un nom quelconque. D'après cette conviction, j'ai formulé un projet d'emprunt national, sur les bases suivantes:

1° Le gouvernement serait autorisé à faire une nouvelle émission de rentes 5 p. 0[0, au cours de 70;

2° Seraient admises à souscrire toutes les personnes qui se chargeraient d'une vente qui ne serait pas moindre de 5000 de valeur nominale;

3° Les payements s'effectueraient en 4 termes;

4° Seraient admis en payement des rentes souscrites jusqu'à la concurrence de 25 p. OlO, les bons de l'emprunt volontaire; le 25 p. 0$ étant affecté:

10 p. OlO au premier terme; 10 p. OjO au deuxième; 5 p. 0\0 au troisième;

5° H serait accordé une prime fixe et invariable aux personnes qui effectueraient les payements en espèces;

6° Le gouvernement chargerait la Banque de la négociation d'un million cinq cent mille francs de rente, moyennant une commission;

7° Le payement du semestre de l'emprunt forcé aurait lieu sans retard.

Enfin, si ce projet n'avait pas réussi, si les souscriptions volontaires n'avaient pas atteint un chiffre suffisant pour faire face aux besoins du moment, le gouvernement aurait transformé l'emprunt volontaire en emprunt forcé, et, dans ce cas, la Banque se serait engagée à consacrer la moitié ou les deux tiers de ses fonds, à l'escompte des titres remis aux contribuables.

J'ai écrit à Eicci pour lui indiquer mes idées. Mestrezat et Bolmida les ont acceptées avec empressement, aujourd'hui

je les soumettrai au conseil de la Banque, qui les approuvera, je pense.

Veuillez me dire, sans détour, votre opinion à cet égard. J'ai eu beau me creuser la tête, je n'ai rien su trouver de mieux pour sauver le pays d'une crise économique incalculable. Un emprunt dans le pays n'est pas impossible, car les capitaux ne manquent pas. A Turin, tous les marchands de soie, tous les fabricants, tous les négociants d'objets de consommation, ont énormément gagné cette année. Les propriétaires seuls, ceux surtout des provinces viticoles, sont aux abois.

Malheureusement nos hommes d'État, Bicci compris, sont d'une ignorance complète en fait de finances; toutefois je ne désespère pas de leur faire entendre raison.

Si mon plan réussissait , toutes les maisons de banque devraient s'y prêter, dans une certaine mesure, quand ce ne serait que pour éviter des mesures qui leur seraient éminemment préjudiciables.

Veuillez me répondre sur-le-champ, car le temps presse, et il faut se décider à quelque chose , si on ne veut pasvoir arriver une catastrophe financière.

Mille amitiés.

CàMILLE DE CiVOUR.

6 mars 1849.

Mon cher ami,

Je vous remercie de votre excellente lettre du 4 ; je vous assure que je partage en grande partie vos idées. Mais pour' les mettre en exécution, il faudrait:

1° Être ministre des finances; 2° Avoir la majorité dans la Chambre.

Or, ces deux conditions indispensables n'existant pas, il faut conseiller le moins mauvais des partis possibles.

Hier jious sommes demeurés en conférence avec Ricci, jusqu'à minuit, et nous avons fini par le persuader de renoncer à son idée d'un prêt à la Banque ou de rémission de papier-monnaie.

Nous avons conclu que nous formulerions un projet d'emprunt et que nous tâcherions d'organiser la Banque de Turin, de manière à aider cette opération financière sans porter un trouble grave dans le pays.

Je suis bien découragé ; il est dur de travailler pour un Ministère qu'on méprise, mais que faire ? Lui refuser notre concours, c'est trahir le pays.

Nigra se conduit très bien, sous ses dehors un peu trop importants, il a un grand fond de bon sens. Je crois que si on arrivait à organiser un ministère conservateur, il faudrait le nommer aux finances.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavotjr.

PS. Je vous tiendrai au courant de tout ce que nous ferons, en vous conjurant de continuer à me donner, sans détours, vos avis.

S mars 1849.

Mon cher ami,

Après de longues discussions, nous avons arrêté d'accord, Nigra, Bolmida, Mestrezat et moi, un projet d'emprunt, que nous avons remis hier au ministre. En voici les bases principales :

1° Le ministère est autorisé à créer 5,000,000 de rentes ;

2° Ces rentes seront de deux sortes : 2,500,000 de rentes 5 p. OjO, en tout semblables aux rentes créées par la loi du 7 septembre, et 50,000 obligations de l'État, de 1000 francs chacune, à 4 p. .0$, avec un pour cent à répartir en primes, comme pour les obligations de 1834;

3° Les deux sortes de rentes seront émises à un cours qui se corresponde exactement ; ainsi , si le 5 p. OlO est émis à 70, les obligations le seront à 700;

4° Toutes les personnes comprises dans les catégories fixées par la loi du 7 septembre, seront tenues à concourir au présent emprunt;

Devront aussi y concourir les personnes qui , par l'exercice d'une profession ou art libéral, ont un revenu supérieur à 2000 francs;

5° Le payement de l'emprunt aura lieu en 5 termes échelonnés à un mois de distance;

6° Ceux, toutefois, qui voudraient recevoir des obligations, devraient payer en 2 termes, c'est-à-dire en 2 mois ;

76 Les bons de l'emprunt volontaire seraient reçus en payement du second terme des obligations, jusqu'à la concurrence du 25 p. 0$ de leur valeur;

8° Passé l'époque du payement du premier terme, le gouvernement ne pourrait plus émettre d'obligations;

Si les 50,000, autorisées par la loi , n'étaient pas souscrites, celles qui resteraient ne pourraient être émises qu'en vertu d'un acte législatif; .

9° Le produit de la vente des tabacs est affecté en garantie du payement des obligations.

En outre, le conseil de la Banque s'est réuni et a délibéré, à l'unanimité, ce qui suit:

La Banque est prête à se constituer pourvu: 1° Que, pour le moment, le versement soit limité à 2 millions;

2° Que ses billets aient cours forcé;

3° Que ses émissions ne dépassent pas 6 millions;

18 — Bbrt. Lettres de C. Cavour.

4° Que les 2x3 de ses fonds soient employés à des avances, sur dépôt de titres du nouvel emprunt;

5° Qu'elle soit autorisée à faire des avances aux personnes obligées à concourir à l'emprunt volontaire, pour le montant de leur taxe, contre le dépôt du titre et leur obligation personnelle.

Nous avons l'intime conviction que cet ensemble de mesures doit procurer au trésor les ressources dont il a besoin. Nous ne doutons pas que les 50,000 obligations ne soient souscrites, et qu'une partie des 2,500,000 de rentes ne se placent.

Ce projet a l'inconvénient d'augmenter de 6 millions la quantité de billets ayant cours forcé , mais notez que la Banque de Turin fera les fonds, en grande partie du moins, avec des billets de la Banque de Gênes et ensuite que le payement de l'emprunt fera sortir momentanément de la circulation une grande quantité de billets.

Les plus prudents de nos collègues ont donné leur pleine approbation à ce projet. Le vieux De Fernex lui-même, en était tout satisfait.

Quant à la Banque de Turin, elle est certaine de faire de bonnes affaires. Prêtant, sur dépôt de titres, aux personnes appelées à concourir à l'emprunt forcé, elle ne court aucun danger, et elle est certaine d'employer ses 6 millions à 5 p. OlO. Aussi, je crois que les actions seront dès l'abord recherchées.

Je vous le répète, l'argent ne manque pas a Turin. Tous nos négociants ont énormément gagné cette année, ceux surtout qui font les soies ou les laines. Stallo, par exemple, a peut-être doublé sa fortune. Il en est de même des fabricants de draps et de coton.

Dites-moi si vous désirez que je cherche à céder de nos actions de la Banque, et dans quelles limites. Je puis me tromper, mais je suis convaincu qu'au bout d'un mois nos actions valent 10 p. 0^0.

Ici, Ton croit à la guerre et moi aussi , et je vous dis que je la désire comme un moyen d'en finir. Si nous avons un succès , je ne doute pas qu'on fasse la paix. Si nous sommes battus, le Roi abdiquera et nous payerons les frais de la guerre, et tout sera fini. Des deux manières, il nous en coûtera moins que de rester dans l'état où nous sommes.

J'ai pardonné à Buffa toutes ses erreurs passées, en vertu de sa dernière proclamation, que je trouve adorable (1).

Mon cher, après avoir travaillé deux jours à faire des plans de finances, il faut que j'aille manœuvrer deux heures sur la place d'armes; c'est stupide, mais qu'y faire?

Adieu, mille amitiés.

Camille de Càvour.

(1) Le 13 février, le ministre Buffa, commissaire royal à Gênes, avait publié le décret suivant : « Considérant que le Cireolo italiano existant « dans cette ville, a toujours manifesté des tendances subversives envers u la monarchie constitutionnelle et des sentiments de mépris et d'aver- « sion pour la personne du Roi, — que ce Cercle se qualifiant de man- « dataire du peuple, a offensé la majesté du peuple et des lois, par la « violence de ses provocations contre les citoyens du parti opposé et « que, par sa systématique opposition à l'action du gouvernement, il a « troublé la paix publique et excité le désordre, etc., etc. — Le Com- « missaire, en vertu des pouvoirs extraordinaires dont il est investi, - décrète: 1° Le Cercle est fermé. 2° Il ne pourra plus se réunir, ni « dans son local actuel, ni ailleurs, dans la ville. 3° L'autorité de Su* « reté publique est chargée de l'exécution de ce Décret. Domenico « Buffa ». — Comme ce Cercle était le rendez-vous et le centre d'action des principaux chefs du parti avancé, à Gênes, sa fermeture fut suivie de quelques désordres dans la ville, et à la séance du Parlement du 15 février suivant, le député Losio interpella le Ministère au sujet de ce décret de Buffa, qu'il considérait comme contraire à l'article 32 du Statut, garantissant aux citoyens le droit d'association. Après une vive discussion, à laquelle prirent part le ministre de l'intérieur, Sineo, et les députés Brofferio, Rossetti et Cabella, la discussion ayant été déclarée close, la Chambre passa à l'ordre du jour.

cxcvm.

9 mars 1849.

Mon cher ami,

Le ministre a réuni, hier au soir, un assez grand nombre de personnes, pour leur communiquer notre projet. Entre autres, il y avait votre compatriote, l'avocat Cabella (1), et Mr Cotta. Notre plan d'emprunt a été approuvé à l'unanimité. Plusieurs objections ont été faites au projet d'établir la Banque pour prêter sur dépôts de titres. J'ai faiblement défendu cette partie de notre travail, car je ne me soucie nullement que la Banque ne s'établisse, si ce n'est sur l'instance du gouvernement.

H faut qu'on nous prie, ou bien que nous ne fassions rien, pour le moment.

Colli a quitté le ministère, parcequ'il n'était pas d'accord avec ses trop belliqueux collègues. L'avocat Deferraris, qui le remplace, est certainement un homme d'un grand talent, mais je doute fort qu'il entende grand'chose à la diplomatie.

La guerre paraît donc décidée, mais quand commencerat-elle? c'est ce qui est encore incertain. Quel qu'en soit le résultat final, je suis convaincu qu'il ne nous sera pas plus funeste que la prolongation de l'état actuel.

Adieu, mille amitiés.

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