C. de Cavour
(1) L'avocat César Cabella, député du Collège de Voltri, puis du 4e de Gênes, professeur à Y Université de Gênes, nommé sénateur en 1870. Érainent jurisconsulte à Gênes, où il jouit d'une grande influence et occupa plusieurs postes érainents, mort le 2 avril 1838. — C i bel la avec Giorgio d'Oria, V. Ricci, Giacomo Balbi, G. B. Cambiaso, Lorenzo Pareto, Michel Federici, G. Canale et l'abbé de S. Matteo, fit partie de la députation envoyée par Gênes, le 5 janvier 1848, pour demandera C. Albert la liberté de la presse et l'institution de la Garde nationale.
12 mars 1849.
Mon cher ami,
Bicci est un ignorant, qui n'entend goutte en finances. Après avoir passé huit jours à discuter notre plan, après avoir eu l'air de le comprendre, il a fait rédiger, pendant la nuit, un projet qu'il ne nous a pas communiqué, et s'en est allé, tout triomphant, le présenter au Parlement. Ce projet est tout bonnement absurde, j'ai été le trouver de suite pour le lui dire. Le bonhomme m'a avoué qu'il n'avait pas eu le courage de proposer de suite l'emprunt forcé, qu'il avait peur de la Savoie, des avocats, de qui sais-je encore ? qu'il voulait essayer de l'emprunt volontaire. Je lui ai dit que l'un ne pouvait réussir qu'à l'aide de l'autre, mais c'était trop tard pour revenir sur ce point. Alors, je l'ai engagé à remédier aux défauts les plus saillants de la loi, en la modifiant sur les points suivants :
1° en fixant le nombre des obligations à émettre;
2° en prenant l'engagement de ne plus émettre d'obligations, lorsque le présent emprunt serait entièrement souscrit ;
3° à fixer le cours de 700 pour les souscripteurs des 30,000 premières obligations;
4° en déclarant que les bons de l'emprunt volontaire seraient admis, non pas pour le 25 % du second terme, mais pour le quart de la somme totale à payer.
Il m'a promis d'amender sa loi de la sorte. Elle pourra avoir une réussite partielle. Si les événements politiques améliorent notre position, je pense que vous devez souscrire pour 60,000 francs, c'est une somme ronde qui fera bon effet, et qui ne dépasse pas de beaucoup celle qui représente le quadruple de votre souscription à l'emprunt volontaire.
Si vous avez des réclamations à faire valoir sur le trésor, des mandats en souffrance, vous pourriez, avant de souscrire, exiger l'expédition de ces mandats et accepter jusqu'à un certain point, des obligations en payement.
La guerre est décidée. Quelles que puissent être les conséquences politiques, elle ne peut qu'améliorer notre position financière. Si nous devons succomber, c'est au premier choc.
Dans ce cas, nous serons forcés de faire la paix, et quelque somme qu'elle nous coûte, elle sera moins ruineuse que l'état actuel. Si nous avons un premier succès, l'issue de la campagne n'est pas douteuse, et vous verrez toute l'Europe s'agiter, de St-Pétersbourg à Madrid, pour nous assurer une paix honorable qui, alors, pourra s'établir sur des bases solides.
J'ai reçu les papiers de votre affaire de Garde nationale (1), je les ai envoyés de suite chez mon avocat, et j'ai pris un rendez-vous avec lui ce matin, pour aviser sur ce qu'il faut faire. Mais je vous avoue que je considère comme impossible d'obtenir un jugement, dans la journée, et quand cela serait, jamais il ne pourrait vous être expédié en temps utile pour empêcher l'exécution de la sentence, qui doit avoir lieu demain.
Je finirai ma lettre chez l'avocat.
L'avocat va s'occuper de suite de votre affaire, et il espère pouvoir vous expédier par la poste l'acte qui constate l'introduction de l'appel; s'il n'était pas prêt pour midi, il vous l'enverrait par la diligence.
Mille amitiés.