C. de Cavour
20 avril 1849.
Mon cher ami,
J'ai vu hier l'intendant Bona. Il m'a annoncé vous avoir écrit pour vous expliquer ce qui restait à faire pour terminer le contrat des rails, que nous avons garanti. D'après ce qu'il m'a dit, il me semble que la seule chose essentielle, c'est la livraison de 1000 tonnes de rails par Ghiest, qui a voulu, encore une fois, éluder les conditions du cahier des charges. Il y a aussi quelques réclamations pour des coussinets cassés, mais cela est peu de chose. En définitive, M. Bona croit que, dans une quinzaine de jours, le compte définitif de Thompson pourra être établi. Le brave intendant n'a nulle envie de nous chicaner, seulement il est bien aise de profiter du délai que le contrat lui accorde , pour retarder les payements.
Lamarmora m'a écrit avoir eu le plaisir de vous voir. Vos vœux sont satisfaits. La Garde nationale est dissoute (1). Tenez pour certain que Lamarmora ne commettra ni imprudences , ni faiblesses. Il a, au plus haut degré, le bon sens militaire, qui vaut mieux que l'esprit dans des circonstances difficiles.
Je ne sais rien de nouveau de Milan.
L'opinion générale des hommes modérés est qu'il vaut
mieux courir les chances d'une guerre, que de se soumettre
à des conditions déshonorantes (2).
(1) Le 16 avril, sur la proposition du ministre de l'intérieur, PineliiT le Roi avait décrété la dissolution de la Garde nationale de Gênes, jusqu'à la fin de l'état de siège, sous lequel se trouvait alors la ville.
(2) C'était, au fond, l'idée de tous les libéraux d'alors et en particulier de ceux de Gênes.
ccxn.
26 avril 1849.
Mon cher Emile,
Nous ne cessons pas d'être dans les tribulations. Ma nièce, Joséphine (1), a été frappée par une fièvre cérébrale, <iui Ta mise dans un état très dangereux. H a fallu lui faire neuf saignées, en quatre jours. Grâce au ciel, elle est mieux, depuis avant Mer. L'inflammation est vaincue, mais elle est restée dans un grand état de prostration et de faiblesse.
Si vous écrivez aux Thompson, vous pouvez leur dire que l'intendant Bona et les commissaires se louent extrêmement d'eux. Leurs rails n'ont jamais donné lieu à la moindre discussion. Il n'en est pas tout à fait de même de ceux de Guest. C'est celui-ci qui est en retard de 1000 tonnes, qu'on a dû faire débarquer.
Bignon me demande sans cesse, de terminer l'affaire Golzio; pour cela, il faudrait que je susse, à quelques centaines de francs près, ce qui peut lui revenir de commission encore. Veuillez me dire quelque chose à cet égard.
L'entrée des Allemands à Alexandrie (2), a fait de la peine, mais n'a pas causé le moindre désordre. Pour le moment le pays est fatigué et découragé.
Le ministère est au-dessous de sa tâche. Je me tiens aussi éloigné de lui que possible.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) Épouse du marquis Alfieri.
(2) Parmi les conditions de l'armistice, la place d'Alexandrie devait être occupée par nna garnison dont la moitié serait autrichienne, jusqu'à la signature définitive du traité de paix.
CCXÏÏI.
(sans date).
Mon cher ami,
Je vous remercie du vif intérêt que vous prenez à nos ^chagrins de famille; grâce au ciel, le mieux se soutient, Bt ma nièce me paraît décidément hors de danger.
Je vous prie de m'assigner la part de Golzio dans le compte des rails, afin que je puisse payer Kignon, qui devient importun.
Lorsque Golzio ne devra plus que deux ou trois mille francs, je verrai de les lui arracher d'une manière ou d'une
autre.
Les 1200 tonnes, que Guest doit fournir en juin, avaient jeté déjà embarquées, mais les commissaires s'étant aperçus qu'elles n'étaient pas conformes aux conditions passées, les ont fait débarquer.
S.... n'a rien à voir avec la Banque de Turin. C'est tout simplement un aventurier, qui est arrivé ici avec un projet de Banque nationale, combiné dans le but unique de se faire nommer directeur. Il a trouvé quelques badauds, qui ont consenti à souscrire à son projet , sans toutefois prendre aucun engagement sérieux.
Le projet communiqué à la Chambre de commerce de Turin, a été l'objet d'un rapport très sévère de M. Cotta, qui , sans être notre ami , est un honnête homme , qui a flétri, comme il le méritait, l'impudent personnage.
Je doute qu'on puisse mettre en activité notre Banque, tant que celle de Gênes n'aura pas repris ses payements .en espèces. Si le pays avait l'habitude du papier, il serait possible de le faire, en effectuant tous les payements en Billets de la Banque de Gênes, mais ce serait là un mauvais
début. Si, toutefois, le gouvernement parvient à conclure un emprunt à l'étranger, les billets tomberont au pair et alors nous pourrons marcher. Dans toutes les hypothèses, il faudra encore plusieurs mois, avant que nous puissions marcher.
Je crois que vous avez tort de reprocher au ffisorgirnento la fermeté de son langage. Nous ne pouvons adhérer aux demandes exorbitantes de l'Autriche; la France nous encourage dans cette voie de résistance ; il est donc tout naturel que nous ne parlions pas comme de gens qui ont perdu tout espoir de pouvoir soutenir une lutte. Pour peu que la France nous vînt en aide , les soldats se battront beaucoup mieux pour l'honneur du Piémont, qu'il ne l'ont fait pour le salut des Lombards.
Lisez les Débats du 26, arrivés ce matin, et vous conviendrez , j'espère , que nous agissons dans les véritables intérêts du pays.
Mille amitiés.
Camille de Cavour.
PS. ... . J'ai eu hier une longue conférence avec Azeglio; j'espère avoir réussi à le décider à accepter le ministère des affaires étrangères.
Que dites-vous du taux auquel l'emprunt de la ville de Paris a été soumissionné?
Mon cher ami,
Turin, 2 mai 1849.
J'ai eu une longue conférence avec Nigra. Il m'a dit que Rothschild lui avait fait faire des propositions, mais qu'il avait demandé quelle serait l'indemnité de guerre à payer à l'Autriche. Or le ministère ne peut répondre sur ce point,
tant que la paix ne sera pas signée, c'est-à-dire dans quelque temps; en attendant, il voudrait faire un emprunt de 20 à 30 millions, pour faire face aux besoins du moment.
Si M. Odier était disposé à traiter cette affaire, il trouverait, je crois, Nigra assez coulant. Je crois qu'il devrait entrer en négociation et ne s'engager définitivement qu'après qu'on connaîtra le résultat des élections en France. Si le parti modéré triomphe , les fonds remonteront dans toute l'Europe.
Si M. Odier avait l'intention sincère de traiter cette affaire, je pourrais entrer en correspondance directe avec lui, et lui fournir tous les renseignements qui pourraient l'aider à fixer ses idées d'une manière positive.
À la hâte, mille amitiés.
Camille de Càvotjr.
CCXY.
22 mai 1849.
J'ai enfin quitté ma retraite, pour rentrer dans le tourbillon de la politique. Dieu ! quelle différence entre le calme de la campagne et l'agitation du bureau d'un journal quotidien !
J'ai vu Pinelli et d'Azeglio. Le premier me paraît tout à fait au-dessous de sa mission. Le second, au contraire, est l'homme qu'il nous faut.
Du reste, notre avenir dépend de celui de l'Europe; toutes les questions politiques disparaissent devant la grande question sociale. Les élections françaises sont un grand avertissement ; les succès nombreux que les socialistes ont obtenus, sont de nature à effrayer, même les plus courageux. Toutefois , j'espère encore que le parti de l'ordre
aura la force de surmonter Forage , mais il est indispensable qu'on travaille à éclairer les classes inférieures et à améliorer leur sort, sans quoi une épouvantable catastrophe est inévitable dans un avenir prochain.
L'exécution de Ramorino (1) a eu lieu ce matin. Il est mort avec un courage remarquable. Il est arrivé sur le champ de Mars, accompagné de deux prêtres, et il a traversé d'un pas ferme, "toute la ligne de bataille. Arrivé au lieu où l'exécution devait se faire , il s'est arrêté, a embrassé les prêtres qui l'avaient assisté, s'est avancé à dix pas du peloton qui devait le fusiller, et il a commandé luimême le feu.
J'ai écrit à Gtolzio hier, s'il ne me répond pas dans la
journée, j'irai le trouver.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Vendredi, 24 mai, 11 heures, 1849.
Mon cher Ernile,
Golzio vient de m'apporter la réponse; elle est un peu laconique, mais elle me paraît suffisante pour que notre affaire soit considérée comme tout à fait régulière. Demain, je vous en expédierai une copie, que je certifierai.
(1) Le général Ramorino fat condamné à mort, non ponr crime de trahison, mais pour avoir désobéi au général Chrzanowski, qui lai avait ordonné de détraire le pont de Mezzanacorte, si les autrichiens débouchaient du côté de Pavie, afin de les empêcher de s'emparer de cette Tille et ponr défendre la position de la Cava, sur la rive gauche du Pô. An lieu de cela, Ramorino passa sur la rive droite du Pô, sans opposer de résistance à l'armée ennemie. Il fat donc condamné à être fusillé, non ponr avoir trahi, mais pour avoir désobéi et compromis le sort de l'armée , délit prévu par le code militaire et puni de mort. (Lama km or a, Episodio, etc., p. 63 et 64).
Il m'annonce, en même temps, qu'il va m'envoyer 1000 livres de rente du 19 , qu'il me laisse en garantie , pour des traites de la valeur de 15,000 francs, à quinze jours, qu'il va tirer sur vous.
Je crois que vous pouvez, sans inconvénients, faire cette affaire de Banque. Si, par hasard, vous désiriez qu'elle fût pour le compte à demi, je n'aurais nulle répugnance à m'y associer, car le 19 vaudra toujours au-delà de 75.
D'ailleurs, je crois que Golzio est fort au-dessus de ses affaires.
J'ai pris force renseignements, et il ne m'est pas résulté qu'il eût subi des pertes. Au contraire, il a fait, dans ces derniers temps, plusieurs affaires excellentes. Je crois que la source de ses embarras vient de sommes considérables qu'il a dû payer pour la maison de son frère (Golzio, Casalegno et Gobbi), qui avait entrepris au-delà de ses forces.
Mais cette maison a dû, elle-même, beaucoup gagner cette année.
Golzio, au reste, a le talent de captiver tous les grands faiseurs, car il vient d'être chargé par une société, à la tête de laquelle est M. Brambilla de Milan et Baratta de notre ville, de soumissionner la plupart des travaux du chemin de fer de Gênes, y compris la galerie des Gioghi.
Le gouvernement donne aux entrepreneurs des bons à 5 p. °/0, au taux de 75. Ces bons doivent être convertis en cédules au bout d'un certain nombre d'années, j'en ignore le nombre exact, au cours de 90, ou remboursés à ce cours, au choix du gouvernement.
Cette mesure financière est onéreuse, mais c'est le seul moyen d'activer le chemin de fer, qui dépérit, si l'on suspend les travaux.
Le Roi est mieux ce matin, quoique son état soit encore fort grave.
Envoyez-moi votre affaire des tabacs. Si vous désirez,
j'en parlerai au procureur général , afin de donner suite*
aux poursuites judiciaires.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavotjr.
Mon cher ami,
Turin, 27 mai 1849.
La santé du Roi s'est un peu améliorée ; le danger s'est éloigné, mais, malheuresement, il commet des imprudences continuelles; il est difficile de porter sur son état un jugement définitif.
L'état de la France est, en effet, bien grave.
Voici ce que Bixio m'écrit en date du 23: « La nouvelle assemblée sera composée de 250 socialistes ou montagnards, et de 150 légitimistes. La masse ira du côté du plus fort, comme cela est arrivé à la Convention. Nous autres, pauvres girondins, nous ne saurons que mourir avec grâce. Placés entre des imbéciles et des fous, des montagnards ou des J. f. comme nos hypocrites réactionnaires, nous serons annihilés et, en fin de compte, écrasés. Je ne me fais plus aucune illusion, bien que je sois prêt à soutenir la lutte jusqu'au bout ».
Bixio est un homme froid , qui juge sainement ; vousvoyez d'après ce qu'il me mande, que l'avenir n'est pas rose.
Aussi, je crois qu'il faut agir avec la plus grande prudence, jusqu'à ce que l'orage ait éclaté ou soit détourné*-
Vous avez bien fait de ne pas vous engager davantage avec Golzio et Scaravaglio. S'ils font l'affaire du chemin de fer avec Balabio, Bessana , Pescatore et autres , ils se; remettront probablement à flot.
Le gouvernement a raison de hâter l'achèvement du chemin de fer ; il perd, de trop de manières, à attendre. A eu
juger par les recettes du petit tronc déjà ouvert, ce chemin donnera de très beaux résultats. J'avais raison en 1843, de dire à Odier que le tronc de Turin à Alexandrie serait excellent.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Càvour.
ccxvin.
Mon cher ami,
Mme Davenport (1) est arrivée à Turin, mardi. Hier j'étais de garde, néanmoins je me suis échappé de mon poste, pour aller lui faire une visite ; malheureusement elle était sortie et il m'a été impossible de retourner chez elle. J'espère être plus heureux ce matin.
Ma garde m'a empêché également, d'aller chercher Mr Edgard (2) à son hôtel. Exprimez-lui, je vous prie, mes regrets d'avoir si peu profité de son séjour à Turin.
Les nouvelles de France sont meilleures; il paraît que tout le monde, moi le premier, nous nous étions laissés par trop épouvanter par l'annonce du résultat des élections.
La France a voulu se passer la fantaisie d'une minorité socialiste. Je crois qu'en voyant à l'œuvre ces représentants d'un nouveau genre, elle en sera complètement dégoûtée.
D'ailleurs, les nouvelles d'Allemagne sont beaucoup plus rassurantes.
Eeste la question de Rome, dont je ne saurais prévoir la solution. Les légitimistes de l'Assemblée insistent pour la restauration du Pape, le président incline vers ce parti,
(1) Voir note à lettre CCXIX.
(2) M. Edgard De la Rue, neveu de M. Emile.
mais on ne sait comment s'y prendre pour amener ce résultat.
Une Maison respectable de Turin, qui a reçu des finances une assez grande quantité de rentes du 19, m'a chargé de vous demander si vous consentiriez à avancer des fonds contre dépôt de ces rentes, à raison du cours de 60.
Cette opération ne présente aucun danger, mais j'ignore si elle peut entrer dans vos convenances.
La Banque de Turin se trouve avoir à payer tout le papier de ses billets, plus la gravure commandée à Genève. Ces dépenses, jointes au payement du loyer et du directeur, exigent un fort débours de la part des pauvres fondateurs. On nous réclame L. 2500 chacun. Je vais faire verser 5000 pour votre compte.
Si l'Europe se calme un tant soit peu, je crois que nous pourrons commencer vers la fin de l'année.
La santé du Eoi s'améliore lentement.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
2 juin 1849.
Mon cher Emile,
J'ai reçu les pièces de votre procès avec la douane. Je les ai communiquées à l'avocat Cassinis, qui, après les avoir examinées, m'a déclaré n'être pas sans espoir de faire rapporter la sentence du conseil d'intendance. H trouve, et moi aussi, que votre avocat a trop insisté sur le moyen de la prescription, et qu'il aurait fallu faire valoir davantage les arguments qui pouvaient infirmer les assertions de la douane.
D faut que vous expédiez sans retard une procuration ad ÏUem au procureur Cesare Clara.
90 — Bhet. Lettres de C. Cavour.
J'ai vu Mme Davenport et son amie MmeHoard (1); demain elles dînent à la maison. Lundi elles partent pour Genève.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
6 juin 1849.
Mon cher ami,
Je vous écris deux mots, avant de monter en voiture pour aller passer deux jours à Grrinzano. Je serai de retour samedi soir.
Vous pouvez, sans aucun danger, escompter les paghero de Long et de ses filants. Tous, indistinctement, ont plus ou moins gagné. Ils sont, par conséquent, dans une bonne position. Je crois, d'ailleurs, que cette année ne présente pas des chances très défavorables. La récolte ne sera pas
(1) Je vous recommande deux charmantes veuves anglaises, qui vous ont connu a Londres, Me Davenport (dont vous visitâtes la campagne prés de Chester), et Madame Hoard. Elles arriveront demain soir chez Féder. Nons fumes compagnons d'infortune pendant le bombardement, et avons été à même d'apprécier leur supériorité d'esprit (Lettre de monsieur Emile De la Rue à monsieur le comte de Cavour, 28 mai 1849). — Madame Caroline Anne Davenport (fille de Richard Hnrt) femine aussi distinguée par sa beauté que par son esprit, épousa, fort jeune, M. Edouard D. Davenport, qui était beaucoup plus âgé qu'elle. Devenue veuve, elle épousa en secondes noces, en 1852, Edouard J. Littleton lord Hatherthon. — Le général A. Lamarmora l'avait connue a Gênes, en avril 1849, chez M. De la Rue, et chargeait en 1852 le comte de Cavour, lors de son voyage à Londres, de « bien des choses aimables pour Me Davenport, mariée à je ne me rappelle plus qui. Ce sont des souvenirs du bombardement » (Chiala, I, pag. 518). — Le comte de Cavour, dans une lettre de Londres, 5 août 1852 (Chiala, I, p. 528), à Lamarmora, lui dit: a Je pars pour Fusterley, le country-seat de ton amie lady Hatherthon, notre ancienne Me Davenport »•
très abondante chez nous, il fait trop chaud pour cela. En France, elle sera médiocre, et la concurrence de la Chine sera moins redontable.
La consommation augmente et augmentera encore en Amérique, ce qui suffit pour assurer un débouché à toutes nos soies, dans nos bas prix actuels.
Si cette opération vous convient, je vous demanderai d'escompter un ou deux pagherb de mes amis, Mrs Bolmida, qui ont sur les bras beaucoup de rentes du 19, reçues en payement de fusils.
L'avocat Cassinis vous a écrit directement, au sujet de votre procès, vous pouvez compter sur son zèle et son talent.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
11 juin 1849.
J'ai reçu, à Grinzano, vos lettres pleines de détails intéressants sur les affaires de Eome (1). J'en ai reçu hier, en arrivant, une troisième, dont je vous remercie infiniment.
Ces malheureuses affaires produisent un effet déplorable sur l'opinion publique. Les journaux retentissent des louanges de Garibaldi et des Triumvirs, et le parti républicain
(1) Le Pape s'était enfui, appelant à son secours la France, et l' Assemblée romaine avait élu pour Triumvirs et investi de pouvoirs absolus, Mazzini, Saffi et Armellini. Le 24 avril, l'armée française avait débarqué à Civitavecchia et le 26 l'Assemblée confiait aux Triumvirs le soin de sauver la République et de repousser la force par la force. Garibaldi, à la tête de la Ie brigade romaine, défit l'armée napolitaine i Palestrina, et le 3 juin ses soldats soutinrent héroïquement contre 8000 français, le célèbre assaut de l'église S. Pancrace, du casino Corsw et du « Yascello ».
lève la tête avec une audace extrême. Je crains bien que ces nouvelles ne produisent en France un contre-coup fâcheux.
H y a eu à Turin une légère tentative d'émeute, organisée par les lombards, mais elle n'a pas eu de suites sérieuses. Le terrain ici n'est nullement propice aux désordres de la rue.
À mon arrivée j'ai trouvé un billet de Nigra, qui m'engageait à passer au ministère avec Mr Bolmida. Nous nous sommes rendus à son invitation, et avons eu ensemble une longue conférence.
Nigra nous a dit qu'il avait la certitude de pouvoir négocier un emprunt suffisant pour subvenir à tous nos besoins , le jour où la paix serait signée, et que, dans son opinion, ce jour n'était pas éloigné ; mais qu'en attendant, il avait besoin de ressources immédiates.
Eothschild se refuse à lui fournir, temporairement, l'argent que réclament les services courants ; il se réserve pour le grand emprunt.
Les travaux du chemin de fer étant assurés moyennant le contrat dont je vous ai parlé , qui vient d'être ratifié définitivement, Nigra croit qu'avec 10 millions il peut traverser l'espace de temps qui nous sépare du jour où la paix sera signée.
Après avoir examiné les différents moyens que l'on pourrait employer pour se procurer les 10 millions en question, nous avons conclu:
1° Que le gouvernement émettrait des bons du trésor à six, neuf et douze mois de date;
2° Que ces bons porteraient un intérêt d'un centime et demi par jour;
3° Qu'ils seraient reçus dans les caisses du trésor un mois à dater de leur émission, à leur valeur capitale, et, à leur échéance , à leur valeur réelle , c'est-à-dire intérêt et capital compris;
4° Qu'ils n'auraient pas cours forcé; 5° Que l'émission et le payement de ces bons seraient confiés à l'administration de la Banque da Turin, laquelle recevrait une commission pour sa peine;
6° Que le gouvernement remettrait à l'administration de la Banque, un nantissement des rentes 5 %? au cours de 60, correspondant à la valeur des bons émis;
7° que l'administration de la Banque serait autorisée, dans l'intérêt des porteurs des bons, de vendre ces rentes, si, à l'échéance, le gouvernement ne lui remettait pas les fonds nécessaires pour le remboursement des bons.
Vous trouverez, peut-être, que notre moyen offre bien des inconvénients. C'est possible, mais nous n'avons pas su en imaginer de meilleur.
Si, comme Nigra le suppose, la paix sera signée avant peu, il ne convient pas de traiter un emprunt dans ce moment. Si Nigra s 3 trompe et que la paix ne soit pas probable, alors notre système est mauvais, mais tant pis pour lui. Nous ne pouvons raisonner que sur les données politiques qu'il nous fournit.
Nigra aura le moyen d'écouler ses bons, en les donnant aux entrepreneurs, qui sont pressés de rentrer dans leurs fonds. Bon gré, mal gré, il leur ferait prendre des rentes ; à fortiori, ils prendront des bons à six et neuf mois.
Je vous prie de garder sur tout ceci le silence le plus absolu. Le projet est très avantageux à la Banque, qu'il met en relief, tout en lui procurant le moyen d'utiliser, sans risques, son matériel et ses employés.
Ainsi que je le marquais plus haut , le contrat relatif au chemin de fer a été conclu avec une société composée de Brambilla, Scaravaglio, Eosazza, Golzio et d'autres individus encore. La compagnie s'engage à fournir au gouvernement 4 millions en argent, et à exécuter des travaux pour 10 millions, aux prix fixés par les anciens projets.
Le gouvernement la paye, moyennant des rentes au cours
de 74 1$, ou bien en argent, si, avant la fin des travaux, il avait des fonds disponibles.
La compagnie s'engage à mettre le chemin en état d'être exploité jusqu'à Novi, la montée de St-Paul exceptée, avant la fin de septembre, et de plus, à exécuter en deux ans la galerie des Gioghi. La compagnie fait une excellente affaire, car elle est certaine de réaliser des bénéfices considérables sur les travaux qu'elle est chargée d'exécuter. Elle a sous traité, je crois , ceux de la galerie , avec de riches entrepreneurs de Verceil , Mrs Larghi , moyennant 10 p. % de bénéfice. Quoique les clauses de ce contrat paraissent, de prime abord, onéreuses au gouvernement, on ne peut le blâmer d'y avoir souscrit, car, avant tout, il faut achever le chemin de fer, qui est pour le pays d'une importance vitale. Si on va à Novi en septembre, on ne découchera plus pour aller à Gênes, ce qui est déjà un avantage immense.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
12 juin 1849.
Mon cher ami,
J'envoie, à la course, mon secrétaire chez le procureur Trotti, afin qu'il vous expédie le ricorso que vous devez présenter à Gênes.
Cassinis croyait que vous étiez en mesure de le faire. Je suis fâché du malentendu.
Schiaparelli va vous expédier une caisse de 100 paquets de bougies.
Notre fabrication a été ralentie, par suite de la détermination que nous avons prise d'agrandir une de nos chambres» de plomb. Les demandes de nos produits se sont tellement
multipliées , qu'il nous a paru indispensable d'augmenter nos moyens de fabrication de l'acide sulphurique, base de toutes les autres branches de notre industrie. Cette seconde chambre sera admirable, mais, en attendant, nous avons peu «l'acide et nous fabriquons moins, de sorte que nous sommes toujours dépourvus de produits.
Dans d'autres circonstances, on pourrait considérer nos affaires comme excessivement prospères ; maintenant on ne peut rien dire, quoique notre clientèle soit des plus solides.
L'émeute de samedi n'a été que ridicule. Je considère l'affaire de Kome comme terminée (1).
Adieu, à la hâte.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
ccxxm.
Turin, 13 juin 1849.
Je me suis mal expliqué au sujet de l'intervention de la Banque dans l'opération financière que nous avons combinée avec Nigra. La Banque joue un rôle purement matériel; elle ne contracte aucun engagement, ni avec le gouvernement, ni avec les porteurs de bons royaux. Elle agit, purement et simplement, comme des trustées, chargés d'assurer l'exécution matérielle du contrat. Si le gouvernement ne paye pas , et que les rentes ne se vendent pas à 60, tant pis pour les porteurs de bons. Nous avons même, pour majeure précaution, déclaré que les régents n'agiraient pas au nom de la Banque, mais seulement comme une commission composée de manière à inspirer une entière confiance au public.
(1) Ledru-Rollin avait échoué à Paris, dans sa tentative de renverser le gouvernement républicain-conservateur de Cavaignac.
Il ne s'ensuit nullement, de ce que les régents surveillent une opération gouvernementale, que la Banque doive se constituer.
Au contraire, je pense comme vous, qu'elle ne doit commencer ses opérations qu'à guerra finita. Aussi, soyez certain, qu'à moins que la paix ne soit signée dans ce mois, la Banque ne fera pas d'appels de fonds, avant la fin de l'année ; et encore, si, à cette époque, les circonstances politiques et financières ne s'améliorent pas, nous resterons dans l'état actuel. Seulement, nous surveillerons l'émission des bons du trésor et nous les rembourserons lorsqu'on nous donnera de l'argent pour le faire. Nous utiliserons nos employés et notre local , et nous retirerons 20 à 25 mille francs, ce qui diminuera d'autant, nos frais de premier établissement.
Je ne suis pas en meilleures conditions financières que vous. Personne ne me paye. Un individu, qui m'avait promis de me payer 75 mille francs échus le 1er mars, m'a donné 3000 et il en est tout fier. On ne me paye pas le guano de l'année passée, et j'en ai pour 35 mille francs sur les bras de celui de cette année. Je dois payer les légataires de Mme de Tonnerre, sans qu'il me soit possible de retirer mes fonds des mains de ses débiteurs. Enfin, j'ai dû aider Rossi et Schiaparelli. Il y a des moments où toutes ces complications me causent de sérieux soucis.
Je ne pense pas que vous ayez besoin de fonds , si la Banque ne se constitue pas. A ce moment, je vous solderai mon compte courant et je vous enverrai des traites de mes acquéreurs de guano, que vous ferez escompter à Gênes.
D'ailleurs, si la Banque se constitue, ce sera une preuve que la condition financière du pays se sera améliorée, et, dans ce cas, nous rentrerons, vous et moi, dans des fonds considérables.
J'ai été hier à l'intendance pour parler au chevalier Bona, mais il était en course sur le chemin de fer. J'y retour-
lierai ce matin, mais je ne pourrai pas vous mander le ré-' sultat de notre conversation, attendu qu'à 10 heures et 1x2 je dois aller au conseil divisionnaire, qui durera fort tard. Mille amitiés.
Camille de Càvour.
Mon cher arni,
16 juin 1849.
Je puis vous annoncer, d'une manière certaine, que l'on commencera la semaine prochaine à distribuer les obliga^ dons du dernier emprunt ; 7000 sont déjà prêtes, et le re-< stant ne se fera pas attendre.
La distribution des titres de l'emprunt forcé se fait avec une désolante lenteur. Je n'ai pas pu en obtenir un seul des nôtres, et j'attends également ceux que j'ai acquis pour votre compte. Le comte Eegis (1), directeur général de la dette publique, m'a assuré que nous les aurions, sans faute, dans le courant du mois d'août.
Le bon Nigra est venu me trouver, pour me parler dé ses bons du trésor.
D m'a dit avoir proposé à la Banque de Gênes de se charger de surveiller la moitié de l'opération, qu'il voudrait porter à 20 millions. De plus, il m'a beaucoup engagé à consentir à ce que la Banque annonçât au public qu'elle commencerait ses opérations à une époque déterminée, le premier octobre, par exemple. Bien entendu que, si, d'ici là, la paix n'était pas signée, nous prolongerions ce terme indéfiniment.
(1) Le comte Jean Régis de Savigliano, député de Dogliani à la T* législature et à la 4e; nommé sénateur en 1850, puis conseiller d'État,mort en 1870.
J'ai communiqué le désir du ministre à Mestrezat et Bolmida, qui, tous deux, sont d'avis d'y adhérer, en se réservant la faculté expresse de suspendre cette détermination, dans le mois de septembre, si les circonstances politiques d'alors ne se sont pas améliorées.
Le but de Nigra est de donner une consistance à la Banque, et, par là, accroître la valeur morale de ses bons. Je vous promets que si la paix n'est pas faite, si les fonds ne sont pas à 80, on n'opérera aucun versement. Il s'agit tout bonnement, de jeter de la poudre aux yeux du rispettabile pubblico.
Vous me demandez mon avis sur le sort probable de la guerre de Hongrie (1). Les événements ont trompé mes prévisions, plusieurs fois, à cet égard. Jamais je n'aurais cru les Madgyars capables d'aussi grands efforts. Je suis porté, maintenant, à penser qu'ils ne pourront pas résister p,ux Eusses, et qu'ils seront écrasés, mais je vous avoue que je n'oserais pas hasarder une opération financière sur cette hypothèse.
V. frères, sont peu de chose, les S. me sont inconnus. Le papier dont vous me parlez, m'inspirerait une médiocre confiance, sauf pour ce que vaut la signature de cet excellent Long, qui. ne peut pas se dépouiller de sa trop grande facilité.
Dabormida, revenu de Milan, croit que les Autrichiens sont tout disposés à signer la paix, à des conditions acceptables.
Je vous écris à la hâte, le conseil divisionnaire me prenant beaucoup de temps.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) L'insurrection hongroise, dirigée par Kossuth et GOrgey, contre l'Autriche et la Russie, avait remporté de remarquables succès à Hatvan, jSzoluok, Komorn, Buda et Hegyez, mais avait été battue à Waizen et Pebrecine.
25 juin 1849.
Mon cher ami,
J'ai été, cette semaine, tellement occupé par le conseil divisionnaire, que je n'ai pas eu le temps de vous écrire.
Si la paix se signe, comme je n'en doute pas, il est très probable que la Banque commencera réellement ses opérations le 1er octobre, et que, par conséquent, il faut se préparer à verser la première moitié des actions.
Nigra est un bambin, qui n'a pas encore su mettre en exécution son plan des bons du trésor et, en attendant, il ne paye personne.
On a commencé la distribution des nouvelles obligations ; le comte Eegis m'a assuré qu'il y en aurait 10,000 la semaine prochaine.
Je vous dirai, en confidence, qu'on m'a offert la mission de Londres. Je ne l'ai pas encore acceptée, parcequ'il me paraît que je pourrai être plus utile dans le Parlement, qu'en Angleterre. Qu'en pensez-vous?
La prise de Rome (1) abattra vos rouges, lesquels, d'ailleurs, ne me paraissent pas redoutables, tant que Lamarmora, sera là, avec ses bersaglieri et ses bons Savoyards de Jaillet.
Les rouges, ici, hurlent et se démènent en public, mais au fond , ils sont assez abattus. Le ministère a fait acte de vigueur, en arrêtant et reconduisant aux frontières, un
(1) L'armistice signé par M. De Lesseps, envoyé de France, avec le gouvernement de Rome, fnt dénoncé le 2 juin, et le 3 juin l'assaut fut donné par l'armée française, commandée par le général Oudinot. — Ce ne fnt cependant, que le 3 juillet qu'elle occupa définitivement Rome ^Général G. Pepe, Révolutions et Guerres à? Italie, p. 382 et suiv.).
lombard, nommé Perego (1), qui écrivait des articles incendiaires dans le Messaggiere.
Les collèges électoraux seront convoqués pour le 15 juillet. Ils n'auront pas frais.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
26 juin 1849.
Je reçois votre lettre de hier, avec l'incluse de Kidway; je ne pense pas être tenu à payer des livres qui n'ont pas été livrés à leur adresse. Je vous prie toutefois, de me dire ce que je dois faire.
Je vais m'occuper de rechercher toute notre correspondance relative à la Banque. Il me paraît que, de mon côté, j'ai aussi acheté quelques actions pour le compte à demi.
Le conseil provincial finit aujourd'hui, de sorte que j'aurai du loisir pour finir cette affaire.
Ce matin, on est venu me demander de la part d'un individu, qui fait les affaires d'un grand nombre de capitalistes génois , si je serais disposé à céder 100 actions de la Banque de Turin. J'en ai offert 50, à 5 p. % de prime; je pense que vous ne me désapprouveriez pas si je les cédais à 2 p. %> et peut-être même, au pair. Je désirerais, toutefois, avoir une réponse précise de votre part.
Adieu, à la hâte, mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) Pietro Perego, agitateur lombard, avait fondé à Turin nne feuille démocratique « L'Operaio », qui vécut peu de temps. Renvoyé par le gouvernement sarde, à la frontière, il se rendit à Vérone au quartier général autrichien, et devint, dit-on, un espion du général Giulay.
Turin, 27 juin 1849.
Mon cher ami,
J'ai repassé soigneusement toute notre correspondance, depuis l'approbation de la Banque de Turin, et je n'ai trouvé, relativement à l'achat et à la vente d'actions pour le compte social, que ce qui suit:
Ayant quelques fonds disponibles, vous m'obligeriez en m'envoyant le cours des changes.
Les affaires de Rome sont bien ennuyeuses. Adieu.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
ccxxvni.
29 juin 1849.
Bombrini est ici depuis deux jours; il a eu plusieurs conférences avec Nigra et avec moi, au sujet de la fasion de nos deux Banques. Il y est tout disposé et paraît ne pas douter de la réussite de notre projet. Je suis resté à Turin, pour tâcher de combiner un plan avec les deux directions.
Si la fusion a lieu, je considère que les actions des Banques fusionnées vaudront au moins 10 p. %> e* Pro" battement 15.
Nous sommes d'accord, avec d'Azeglio, de suspendre toute détermination relativement à l'ambassade de Londres, jus-
qu'après les élections. La perspective de recevoir une visite de Mme De la Rue me disposerait singulièrement à accepter le poste qui m'est offert, si je ne croyais pas de mon devoir d'assister au moins, aux premières luttes parlementaires. Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
PS. N'ayant pas le temps de m'occuper des changes et du papier, puis-je remettre, pour votre compte, de l'argent aux Long?
16 juillet 1849.
Mon cher ami,
Vous verrez par le Bisorgimento, que les élections de Turin ont tourné à l'avantage des modérés. J'ai été élu au premier tour de scrutin, à une assez belle majorité. Jusqu'à présent, les nouvelles des provinces sont moins bonnes. Verceil, Casai, Coni ont nommé des rouges. Il est impossible de prévoir le résultat final. Je crains qu'il ne soit que médiocre. •
Vous êtes dans l'erreur, si vous croyez que le Bisorgimento vous envoie votre copie gratis. L'honnête homme est trop pauvre pour cela.
La Banque de Gênes a adhéré à la fusion. C'est une affaire faite.
J'ai vu Davidy, un instant ; j'ai bien regretté de ne pas pouvoir passer plus longtemps avec lui. Il m'a fait espérer que vous viendriez passer quelque temps en Piémont. Je le désire vivement.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
26 juillet 1849.
Mon cher ami,
Tous les matins, je veux vous écrire, et tous les matins* quelque contrariété imprévue m'empêche de le faire.
Je ne vous parle pas du résultat des élections; l'opposition a une forte majorité. Keste à savoir comment elle eu usera. Plusieurs personnes prétendent qu'elle sera excessivement modérée. Les articles du Corriere Mercantile me le feraient croire. Si cela est, tant mieux. Dans le cas contraire, un coup d'État deviendrait inévitable. Mais alors,comment résoudre la question financière?
La paix est signée ; on l'a expédiée à Vienne, pour obtenir la ratification de l'Empereur. L'indemnité est fixée à 75 millions, payables: 15 millions fin octobre et 60 millions de 2 en 2 mois, à 5 millions par fois, à commencer du 31 décembre; cela n'est pas excessif. Si les Chambres sont raisonnables, tout peut s'arranger encore. Seulement, il est indispensable de changer Nigra ; son incapacité grandit tous les jours.
La réunion des actionnaires de la Banque aura lieu de lundi en huit. Le local est très avancé. L'opinion se déclare en faveur de notre entreprise ; sans les préoccupations de la politique , nos actions vaudraient 20 p. °/0. Voyez pourtant, si, dans la prévision des difficultés qui pourraient surgir par suite d'un coup d'État, il ne serait pas prudent d'en vendre une centaine à 10 p. %•
Avec celles que nous avons achetées à prime, nous en avons plus de 300. Au reste, faites ce que vous voulez*
Je vous attends toujours, d'après le dire de Davidy ; si vous arrivez avant lundi, je vous ferai assister à la séance royale.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
29 juillet 1849.
Mon cher ami,
Nigra s'est enfin décidé h émettre des bons du trésor et à émettre un emprunt à 74, payable en trois termes, moitié en argent, moitié en bons.
C'est un ancien projet, que nous avions combiné avec Bolmida, et qu'il aurait fallu exécuter il y a deux mois.
Mr De Bruck a fait offrir, sous main , de prendre des rentes en payement des rentes. C'est une question très délicate.
Je parlerai à Nigra de vos 300,000 francs; seulement j'aurais besoin de savoir si c'est du papier ou de l'argent.
Si l'Autriche recevait des rentes, il est probable qu'elle les déposerait à la Banque de Vienne, et ne les vendrait pas, de quelque temps.
Adieu, je suis très pressé.
Camille de Cavour.
ccxxxn.
Turin, l*r août 1849.
Mon cher ami,
Le ratification de Vienne n'est pas encore arrivée, ou l'attend demain. La Chambre approuvera la paix et ne deviendra violente que plus tard. Telle est, du moins, l'opinion de ceux qui croient en savoir très long.
Je comprends la mauvaise humeur de la Savoie (1), mais il faut vous dire que le second régiment de la bri-
(1) A cause du petit nombre de décorations et de médailles accordées aux officiers et aux soldats de la brigade de Savoie.
gade, celui que ne commande pas Jaillet, s'est très mal battu à Novare; il a tout bonnement f. ... le camp.
D faut bien dire la vérité à tout le monde. Au reste, la revue s'est parfaitement bien passée. Les troupes ont accueilli le Roi avec enthousiasme, et elles ont manifesté, d'une manière non douteuse, leur disposition de le soutenir envers et contre tous. Cela devrait faire rentrer dans les voies de la modération, nos députés démagogues. Lundi prochain, aura lieu l'assemblée des actionnaires de la Banque de Turin. J'espère qu'elle produira un bon effet, et que nous pourrons vendre une bonne portion de nos actions, avec un bénéfice raisonnable. En attendant, ne laissez pas échapper une occasion favorable, si elle se présente, en ne vous croyant pas obligé d'attendre ma réponse.
Adieu, cher ami, mille amitiés.