C. DE CàVOUR
27 août 1849
Mon cher ami,
Je serai charmé de voir Mme de la Eue, pendant son séjour à Turin, et de causer un peu avec votre beau-frère.
Je mettrai à sa disposition, un billet pour la Chambre, en lui souhaitant une séance orageuse pour ses menus plaisirs.
Nous irons ensemble faire une course à l'usine, qu'il trouvera en fort bon état. Il pourra avoir l'inventaire, qui est sur le point d'être achevé. Nous avons reçu le projet de Mrs les Génois. Le retard qu'ils nous ont fait subir, provient de quelques articles relatifs à Bombrini.
En définitive, je ne vois pas de difficultés sérieuses. Toutefois je ne regretterai pas les ventes faites à 110 et au-dessus.
Le comte de Pralormo (1) est nommé ambassadeur à Paris, et Brignole-Sale (2), à Vienne.
(1) Le comte François Beraudo di Pralormo.
(2) Le marquis D. Antoine Brignole Sale.
En m'écrivant, ajoutez le glorieux titre de député. Cela m'économise 8 sous de ports de lettre.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Càvour.
ccxm.
29 août 1849.
Mon cher Emile.
Je viens de conduire Mme De la Eue chez Mme de Sonnaz (1). Elle n'a pas souffert du voyage, malgré l'accident arrivé à la voiture du courrier, que je vais vous conter.
Votre beau-frère William, qui n'a point souffert non plus, est resté en route, à la garde des bagages.
Voici l'événement : le postillon d'Anone a bêtement lancé la voiture du courrier sur un garde-fou. La roue de. devant s'est brisée, mais la voiture n'a pas versé. Il était 3 heures après minuit lorsque l'accident a eu lieu, de sorte que Mme De la Rue a du se promener trois heures sur la route, en attendant qu'on fût allé chercher à Asti un moyen de transport. Heureusement, le temps était beau. Enfin, on amena une atroce petite voiture, qui put à grand peine contenir votre femme et sa femme de chambre, sans le moindre petit bagage. William est resté avec ses malles et ses paquets.
Le courrier n'est plus arrivé à temps à Valdichiesa pour partir par le premier convoi, il a fallu que Mme De la Rue attendit encore une heure et plus, le convoi de 10 l/A heures. Enfin, elle est arrivée à la station, en bon état et bonne humeur. Inquiet du retard du courrier, j'avais été l'attendre
(1) Madame Anna de Sonnaz, née de Vais, amie intime de madame De la Rue, épouse du général Alphonse Gerbaix de Sonnaz.
au débarcadère, d'où je l'ai conduite chez Mme de Sounazy
qui, de son côté, avait été l'attendre au bureau du courrier.
Mmo De la Eue me charge de vous dire que, n'ayant pas
eu la moindre peur, ni éprouvé le moindre embarras, elle
se sent en état de faire le tour du monde, la première fois
que l'envie vous en prendra. Elle vous écrira demain, au
long. Aujourd'hui elle a besoin de se reposer.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
CCXLHI.
Août 1819.
Le guano de Balduino est très bon; peut-être, celui de l'année dernière était-il plus parfait. Ainsi, s'il n'y a pas moyen de faire mieux, arrêtez-en 100,000 kilogrammes à 28, 6 p. % ; s'il voulait accorder 10 p. % d'escompte, on pourrait en prendre 200,000.
Votre beau-frère est bien, je viens de passer quelques instants avec lui.
Demain, une affaire urgente me force à me rendre à Lerir
je serai de retour mardi.
Adieu, à la hâte.
Votre dévoué
Camille de Cavour.
Août 1849.
Mon cher ami,
Je ne change rien à ce que je vous ai écrit, relativement au guano. Balduino verra qu'il n'est pas facile <te vendre 450 tonnes de ce précieux engrais.
Ponzio Vaglia, le liquidateur, passe pour un très honnête et très habile homme. H fait les affaires de plusieurs familles fort riches, entre autres de la famille de Revel. Je crois que, s'il contracte un engagement, il le remplira ponctuellement. Toutefois, un crédit de 50,000 reposerait surtout sur sa moralité. Si vous aviez des raisons pour croire que l'opération en question, est relative à un des clients de Ponzio, vous pourriez alors y aller avec les yeux fermés.
Le vote d' hier de la Chambre a un peu ébranlé le ministre (1), mais j'espère qu'il se raffermira.
Adieu, mille amitiés.