‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 40 sur 110 · C. db Cavodr · texte numérisé non relu

C. db Cavodr

9 septembre 1849.

Mon cher ami,

Je ne me suis pas suffisamment expliqué, relativement au guano. Pour me charger de l'énorme quantité de 450 tonnes, je ne consens qu'aux conditions suivantes:

28 francs les 100 kilogr., plus 50 centimes pour les sacs,

10 p. % d'escompte.

4 mois pour les lever, et 2 mois en sus, en payant le loyer.

Payable comptant, une fois le compte fait, et dans le cas où le pesage fût reconnu coûteux et difficile, je payerais 50,000 francs en octobre, 50,000 francs en novembre et le solde en février.

Je ne puis rabattre un centime à ces conditions, car 450 tonnes sont un fardeau très lourd , étant d'ailleurs déjà pourvu pour mon compte.

J'aime mieux acheter 100,000 kilogr. à 28 et 6 p. %

L'arrestation de Garibaldi (1) a mis en émoi nos rouges^ Probablement ils en tireront parti, demain, pour faire du scandale à la Chambre. Comme vous ne m'en dites rien* j'en conclus que Ton ne s'en est pas trop ému à Gênes.

Camille de Cavour.

(1) Poursuivi par les Français, les Autrichiens et les soldats du Pape; Garibaldi fuyait vers Venise, qui combattait encore, et s'embarquait, arec quelques fidèles, sur les bords de l'Adriatique. Surpris par la flotte* autrichienne, il dut retourner à terre, où sa femme, Annita, qui avait touIu le suivre , ne tardait pas à succomber à la fatigue et mourait dans une misérable cabane près de Bavenne. Après avoir erré pendant 35 jours dans tes Appennins, déguisé en paysan, Garibaldi parvint enfin à gagner Chiavari, où il se croyait en sûreté et où la population l'accueillait avec enthousiasme; mais il y était, au contraire, arrêté et conduit sons bonne escorte à Gênes. Le 10 septembre, le député de Chia- Tari,Sanguinetti, protestait devant le Parlement contre cette arrestation, au nom de ses électeurs. Le ministre PineUi répondait que l'article 35 du Code civil privait de leurs droits les sujets sardes, qui, sans autorisation du Roi , prenaient du service à l'étranger et que Garibaldi , étant dans ce cas, puisqu'il avait été général au service de la République romaine, avait perdu sa qualité de sujet sarde et ne pouvait invoquer la protection du Statuto, et que, d'ailleurs, son arrestation était me mesure de prudence, imposée par les circonstances où se trouvait le pays. Une violente discussion s'en suivit et enfin, sur la proposition du député Tecchio, la Chambre vota l'ordre du jour suivant: u La- " Chambre, déclarant que l'arrestation du général Garibaldi et l'expul- * skm du Piémont dont on le menace, sont des actes lésifs des droits » consacrés par le Statuto et par les sentiments de la nationalité et - de la gloire italienne, passe à l'ordre du jour ». — Votèrent contre cet ordre du jour, les députés Menabrea , Cavour , Franchi , Despine j Trotti, Balbo, Vincenzo Ricci, Des Martine!, Mongellaz et S. Martino.-

Mon cher Emile,

12 septembre 1843.

Bombrini est ici, avec Pallavicini et Pantini, pour conclure le traité de fusion ; ils m'ont paru animés des intentions les plus conciliantes. Leur arrivée produira un bon effet et fera monter les actions. Vous ferez bien de continuer les ventes jusqu'aux limites par nous fixées.

Adieu, à la hâte.

Camille de Càvour.

Mon cher ami,

1S septembre 1349.

Hier nous avons été en conférence pendant huit heures, avec les délégués de la Banque de Gênes.

Nous ne nous sommes séparés qu'à une heure du matin. Je crois que nous sommes d'accord avec eux; mais Bombrini craint ne pas pouvoir faire entendre raison, sur us point ou deux, à ces messieurs de Gênes. Il est probable que les négociations tireront peut-être en longueur, ce qui aurait une influence fâcheuse sur nos actions. Ainsi, continuez à vendre, sans hésitation.

Si vous m'envoyez des fonds pour la semaine prochaine, je ferai votre versement. Les Bicci doivent, il nie semble, payer de suite.

Paieto est allé chez le Roi, protester de son dévouement à la monarchie et atténuer le mauvais effet produit par Tordre du jour de Garibaldi. Je crois que nous allons aller encore quelque temps comme cela.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

14 septembre 1849.

Après une nouvelle conférence, qui a duré plusieurs heures, nous sommes tombés d'accord avec Bombrini, qui se flatte de faire entendre raison à ses collègues de Gênes. De sorte que j'espère que tout ira bien.

Les esprits se calment un peu.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

16 septembre 1849.

Mon cher ami,

Hier. on a commencé à verser. Demain je payerai mon action, soit 70,000 francs. Je désirerais pouvoir verser pour tous ceux qui m'ont vendu des actions, dans la semaine prochaine ; ainsi, tâchez de m'envoyer de l'argent, car une fois que j'aurai payé 70,000 francs, je serai à sec.

— Bbrt. Lettres de C. Cavour.

Hier on a fait 111 1{4, tenez bon à 111; demain je tâcherai d'en vendre 20 à ce taux. Nous ferons en sorte de vendre nos 80 actions dans la semaine. Voulez-vous que je verse vos 4 actions?

Aujourd'hui je donne un grand dîner à la Banque, Nigra n'ayant pas songé à faire la moindre politesse aux députés génois.

Adieu, à la hâte.

Camille de Cavour.

PS. Je viens d'apprendre qu'après le traité que j'ai passé avec Balduino, il a offert du guano à des spéculateurs du Vercellais ; cela me parait directement contraire à nos conventions. Je vous prie instamment de lui faire des remontrances et de lui dire de ma part, qu'il vende tant qu'il veut à Gênes, mais qu'il ne se mêle pas de Verceil. S'il est embarrassé du guano qu'il a encore sur les bras , je l'en débarrasserai plus tard.

20 septembre 1549.

Mon cher ami,

Dites à Balduino que ce qui est fait est fait, mais qu à l'avenir, je le prie de ne pas se mêler du Yercellais.

D'Àzeglio est revenu des eaux ; je pense que nous sortirons de l'état anormal où nous nous trouvons , soit au moyen d'une transaction, soit par un coup d'État.

Bombrini doit être arrivé aujourd'hui à Gênes ; j'espère que le conseil de régence se rendra à ses observations. Je vous prie de faire remettre la lettre ci-incluse à mon-

sieur Amari (1), qui loge aux Peschiere, et de retirer l'argent qu'il vous remettra.

D. Levi est, comme vous le dites, assez léger. La famille Levi était très riche , mais là fortune a été tellement divisée et subdivisée, qu'il est difficile de savoir ce que pèse chaque individu.

Astesana est des meilleurs dans le genre épicier. Il jouit sur la place d'un très bon crédit.

Adieu, à la hâte.

Tout à vous

24 septembre 1849.

Mon cher ami,

Azeglio a reparu hier à la Chambre. Les eaux lui ont fait beaucoup de bien. Aujourd'hui nous aurons la lecture du rapport de Ravina (2) sur la paix ; ce sera godiche.

(1) Emerico Amari, né en 1810 à Païenne, mort en 1870, jurisconsulte distingué, exilé en Piémont en 1849, collabora avec le professeur Ferrara à la Croee di Savoia et publia, en 1857, sa Critica di una icicnza délie legislazioni comparatc. Membre de la députation palermitaine en 1848, et ministre en 1860, lors de la dictature de Garibaldi, député ensuite de Païenne au Parlement italien, puis enfin professeur de philosophie de l'histoire à l'Institut supérieur de Florence.

(2) Amédée Ravina, auteur des Canti italici, compromis dans la révolution de 1821, dut s'exiler et ne rentra en Piémont qu'en 1848; fat nommé député par le VF collège de Turin et conseiller d'État en 1849. u Homme très instruit, mais (dit Victor Bersezio) d'un caractère

- bizarre, aimant la contradition et les paradoxes ». — La conclusion du rapport était que: u vu la dure et inexorable nécessité qui pèse

- sur nous et nous presse, la commission propose à la Chambre de dé-

Lundi, très probablement, Nigra ouvrira son nouvel emprunt. Je n'en connais pas encore les. conditions.

Je tâcherai que les rédacteurs du Bisorgimento fassent leur profit des observations que vous m'avez adressées sur les comptes rendus des Chambres.

N'ayant pas de sténographes à nos ordres, et devant dépendre, jusqu'à un certain point, de la complaisance du journal officiel, il est difficile de donner, le lendemain, un compte rendu complet.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Gavoub.

PS. Si vous écrivez à votre frère, demandez-lui s'il veut du guano.

CCLHI.

26 septembre 1849.

Mon cher Emile,

Rothschild est ici depuis deux jours. Il me paraît fort disposé à traiter avec le gouvernement pour l'indemnité due à l'Autriche; je crains toutefois, que Nigra ne sache pas prendre un parti. Je le talonne pour qu'il profite du moment favorable.

- Cela n'empêchera pas l'émission de l'emprunt dans le pays , Eothschild ayant fini par y consentir. Votre beau-

u clarer que, précisément à cause 4e cette nécessité, elle ae refuse pas u son consentement à ce. que le présent traité soit mis, eu exécution». t— Dans la séance suivante (24 septembre), le .député B&lbo proposa dépassera l'approbation du traité de paix, sans di$cm8»n+ pour nMrot-rer que la Chambre s'y soumettait, mais' ne l'approuvait pas; mais 0a proposition ne fut pas acceptée.;

frère Odier est d'accord avec lui ; R. m'a montré une lettre contenant l'engagement d'Hottingre, GL Odier, Blanc et Mathieu et Pîllet Will.

La Chambre des députés fait des folies (1); je doute qu'on puisse venir à bout de s'entendre avec la majorité, d'autant plus que le ministère, de son côté, fait bêtises sur bêtises. Pinelli est d'une maladresse qui dépasse les bornes du croyable.

Adieu, à la hâte, mille amitiés.

Camille de Cavour.

29 septembre 1849.

Mon cher ami,

Je crois que Nigra s'arrangera avec Rothschild dans la journée de demain, si la Chambre vote aujourd'hui les 15 millions qu'on lui demande (2).

(1) Il s'agissait de la discussion du traité de paix et de l'émission d'an emprunt de 75 millions , demandés par le gouvernement , pour subvenir an payement de l'indemnité de guerre, aux termes dn traité 4a 6 août 1849. — La séance du 25 septembre, où ces questions furent agitées , avait été très orageuse et des paroles assez vives y furent échangées entre Cavour et Valerio. L'ordre du jour Mellana, qui séparait la question financière d'avec celle du traité de paix proprement dit, y fat voté, appuyé par le ministre Pinelli, qui, cependant, dans la séance précédente, avait déclaré que, selon lui, ce mode de procéder, n'était ni logique, ni rationel.

(2) Lorsque le banquier Jean Nigra eut le courage et l'abnégation d'accepter le ministère des finances, il appela Rothschild à Turin, pour traiter un emprunt avec lui. Celui-ci s'y montrait peu disposé; mais après avoir vu quelle parfaite régularité et quelle économie réglaient les opérations du trésor sarde, il consentit à la demande. Nigra, avec

Rothschild m'a dit qu'il serait charmé de laisser aux banquiers du pays telle somme qui leur serait agréable. Si vous désirez traiter directement avec lui, vous pouvez lui écrire, sans cela , je pourrai faire souscrire ici , sans que vous paraissez.

Si vous comptez , soit pour votre Maison , soit pour le compte de vos amis, faire une grande opération, vous feriez bien de venir vous entendre avec moi. Diable ! il me paraît que vous pouvez bien prendre quelques jours de vacances, maintenant que Davidin et votre beau-frère sont à Gênes.

J'ai vu Mr Goldsmith de Francfort , qui m'a dit vous avoir laissé un ordre d'un million. Cela vaut la peine d'une course de trois jours.

Je ne conçois pas trop comment la crise politique terminera. Je crois que Pinelli s'en ira (1). Croyez que ce n'est pas un mal, car Pinelli manque absolument du tact et de l'adresse nécessaires pour faire marcher la machine parlementaire. Il a du courage, mais il l'emploie hors de propos, pour faire de la fermeté à faux et puis pour céder mal à propos.

Si vous voulez que nous fassions quelque chose à compte à demi en rentes, je suis à vos ordres.

Adieu, mille amitiés.

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