‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 43 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

Mon cher ami,

5 octobre 1849.

Je suis furieux. J'ai tout lieu de croire que Nigra se soit laissé mettre dedans par ce vieux madré de Rothschild.

H avait été convenu entre nous, que Rothschild laisserait aux places de Turin et de Gênes, une somme eu rapport avec les moyens dont elles peuvent actuellement disposer. J'avais parlé de 12 millions, en disant à Nigra de céder 2 millions et de tenir bon à, 10. De cette façon, tout le monde aurait été satisfait ; nous aurions eu nos 600,000 francs, Parodi et Leonino (1), chacun un million.

Il était de plus convenu entre Rothschild et Bolmida, que l'opération de Turin et celle de Paris auraient été combinées de manière à ce que les rentes coûtassent également à Rothschild et aux banquiers du pays.

Dimanche soir j'étais convaincu que Nigra resterait fidèle au projet que nous avions concerté, mais, hier matin, il a eu une longue conférence avec Rothschild, et il paraît avoir consenti à réduire de beaucoup la part destinée aux banquiers du pays.

Le soir j'ai été chez Rothschild lui demander, de votre part, 600,000 francs, ou plutôt lui annoncer que vous sous-

(1) Banquiers à Gênes.

cririez pour cette somme. Le vieux juif m'a répondu en souriant, que vous ferez très bien et qu'il vous convenait plus de prendre des rentes payables à Turin et à Gênes, que des rentes payables à Paris. J'ai cm que tout allait à merveille, lorsque, plus tard, Bombrini m'a appris la reculade de Nigra. Cela étant, je ne puis plus rien demande? à Rothschild, car cela me rendrait complice d'une opération que je crois contraire aux intérêts du pays.

Je n'accepterai pas des rentes de lui, s'il n'en donne pas à toutes les Maisons de la place.

Toutefois, je pense que vous n'y perdrez pas grand'chose, si vous vous mettez en mesure de souscrire à Gênes, dès le premier jour que l'emprunt sera publié. Tenez vos fonds prêts et faites-les porter au trésor le matin même où les souscriptions seront ouvertes.

Les banquiers de Turin, comptant sur l'appui de Rothschild, n'ont pas beaucoup d'argent en caisse. Us sont en partie épuisés par les achats qu'ils ont faits ces jours-ci. Ds ont beaucoup de papier en caisse, mais ils ne peuvent le faire que très difficilement, de sorte que je doute qu'ils puissent profiter des premiers moments.

D'après les dispositions de Rothschild, voulant porter la majeure partie de l'opération à Paris , je suis convaincu que le papier sur France baissera considérablement. Aussi, je vous engage à vous défaire de celui que vous avez, 1er plus tôt que vous pourrez.

Vu le pli qu'a pris cette affaire, je ne veux plus m'en mêler. Aussi, je renonce à toute idée de compte à demi.

Hier on m'a offert 110 3i4 de vingt actions. Ignorant si vous ne les aviez pas vendues, je les ai gardées.

Adieu, mille amitiés.

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