C. DE CaVOUR
PS. Envoyez-moi votre Turin par William ; je souscrirai pour votre compte, ou vous ferai passer les fonds. Seule-
ment, je ne veux plus rien traiter directement avec Rothschild, s'il se conduit mal avec notre place.
La Banque escompte 300,000 francs par jour.
CCLYIII.
Turin, 6 octobre 1849.
Mon cher ami,
J'ai reçu hier la lettre de votre maison avec des remises sur Turin, pour 139 m. et quelques francs. Je m'en vais les envoyer à la Banque ce matin, mais je doute qu'elle puisse les escompter, car les bordereaux pleuvent de tous les côtés. Hier Mrs Barbaroux y en ont présenté un de 400,000 francs, Mestrezat un de 100,000.
Ce que j'avais prévu est arrivé, on ne trouve plus à faire du papier. On offrait hier, le Paris à 101, je ne sais pas ce qu'il vaudra ce matin. Je crois que la Banque pourra jescompter beaucoup la semaine prochaine, mais serons-nous jencore à temps? Aussi, je vous conseille de souscrire le plus que vous pourrez à Gênes.
Hier, les fonds sont venus en grande baisse. Si ce mouvement continuait, je ne sais s'il conviendrait de s'engager trop dans l'emprunt.
Je vous dirai mon opinion après le courrier et après avoir causé à fond avec Mr Granet.
Les bons du trésor étaient demandés hier à 98. Je ne jcrois pas qu'ils haussent beaucoup, nous serons à temps .de les acheter la semaine prochaine.
Je dois me justifier à vos yeux, du reproche d'avoir été mis dedans par Rothschild. C'est Nigra qui a traité sans moi, et qui ne m'a appelé qu'au moment de la signature du traité. J'ose me flatter que si j'avais été à sa place,
j'aurais obtenu de meilleures conditions. J'avais combiné un plan pour qu'on pût se passer de Eothschild, je m'en suis servi pour le contraindre à rabattre quelques-unes de ses prétentions, mais je n'ai pas pu faire varier les bases du contrat, qui avaient été définitivement arrêtées.
Le grand tort de Nigra vient de ce qu'A n'a pas assez de confiance dans les maisons du pays.
Je ne compte pas prendre du nouvel emprunt ; pour ma peine, nous diviserons une des commissions que vous aurez exécutées.
Ce matin Mr Landaur est venu m'offrir, de la part de Eothschild, de prendre ce que je voudrais chez lui, au prix coûtant. Comme vous l'imaginez, j'ai refusé; cette offre m'a mis à même de juger de la manière dont on traite les affaires dans la plupart des cabinets de l'Europe.
J'ai reçu votre lettre d'hier, j'expliquerai à William, ce que je considère comme l'avenir probable de nos finances.
Adieu, à la hâte.
Camille de Cavour.
Votre femme m'a paru assez bien.
Elle ne pense pas le moins du monde à aller à Gênes.
8 octobre 1849.
Mon cher ami,
Samedi, à 4 heures, l'emprunt était couvert. Hier les finances ont été assiégées de monde, qui voulaient, à toute force, qu'on reçût leur argent. Si la souscription avait continué, Turin seul prenait les 9 millions et probablement beaucoup plus.
On jette les hauts cris contre Nigra. Le pauvre diable était de la meilleure foi du monde lorsqu'il croyait contenter le pays avec 8 millions. La preuve est que sa maison, qui avait des ordres très considérables, et qui, samedi, a retiré de la Banque 200,000 francs, n'a pas envoyé souscrire avant-hier, de sorte qu'elle est dans le nombre des désappointés.
J'ai la conviction que, si Ton avait ouvert l'emprunt le premier du mois, et admis en payement, comme je le proposais, le papier sur Londres et sur Paris, on aurait pu se passer de Rothschild.
Un de mes amis a reçu ce matin un ordre de Londres, qui était accompagné de l'autorisation de tirer 25,000 L. st.
Je ferai escompter successivement à, la Banque, tout le Turin que vous m'avez envoyé, et je vous ferai passer les fonds. Ce matin j'ai pris 12,000 francs de Paris à 101 {U, il vous servira à payer vos morues.
Je vous engage, si vous avez des fonds, à acheter des bons du trésor, pour les garder en caisse ; vous me les enverrez en m'autorisant à tirer sur vous, et je les enverrai à la Banque comme 3e signature.
Je ne vois pas en rose l'avenir, toutefois il ne me paraîtrait pas raisonnable de lâcher toutes vos rentes, sauf que vous puissiez le faire avec bénéfice.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
Mon cher ami,
Tarin, le 12 octobre 1819.
L'affaire en bons du trésor n'offre pas les inconvénients que vous me signalez ; en les achetant et les déposant à
la Banque, nous souscrivons des billets payables du 15 au 20 janvier.
Les bons sont payables le 31 janvier, en conséquence, le 20 janvier,- ou nous avons des fonds pour les retirer, ou nous tirons l'un ou l'autre à quinze jours de date, traite qui exclut toute idée de circulation.
Nous allons bientôt aller à la rencontre de la grande Salma (1). Le temps est à la pluie, et nous serons crottés. C'est la dernière niche du grand apôtre de l'indépendance italienne (2).
Mille amitiés.