‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 62 sur 110 · CCCXXIII · texte numérisé non relu

CCCXXIII

8 avril 1851.

Mon cher Emile,

Nigra s'est retiré, et j'ai dû prendre sa place. Il laisse la position compromise, mais, certes, non désespérée (1). M'en tirerai-je ? Je l'ignore. J'apporte, beaucoup de bonne Tolonté et d'énergie. Cela suffira-t-il ? L'avenir en décidera. Plus mal que cela allait, cela n'ira pas.

Si vous aviez 48 heures à perdre, et que vous puissiez me les sacrifier, j'aurais le plus grand plaisir à causer

(1) Lorsque le comte de Cavour prit la direction des finances, son premier soin fat d'établir l'état dans lequel son prédécesseur, Mr Nigra, avait laissé l'administration financière du pays, et de faire un plan pour parer aux besoins du présent et de l'avenir. Dans ce but, il fit arrêter immédiatement les comptes au 1er avril 1851, et, le 8 mai, il put déjà faire aux Chambres l'exposé complet de la situation financière du pays; d'après lequel il résultait un budget pour 1851, présentant un déficit de 68,000,000 et que pour arriver à la fin de l'année, il fallait : 1° Émettre 18,000 obligations de 1000 fr. pour payer à la Banque les avances qu'elle avait faites à l'État et faire cesser le cours forcé de ses billets; 2" Rembourser à Mrs M. de Rosthschild, leur créance de 25,000,000, et 3° Opérer la vente des 2 millions de rentes, complément des 6 millions créés par la loi du 12 juillet 1850 et demeurés libres dans les mains h ministre des finances. Mr de Cavour, persuadé que pour se tirer d'affaire, il fallait avant tout sortir de la dépendance de M. M. de Rothschild, refusa les avances qu'ils lui offraient et se décida : 1° À faire face aux dépenses courantes extraordinaires, au moyen de l'émission de bons du Trésor (autorisée en 1850 et dont Mr Nigra n'avait pas fait usage) et d'avances temporaires de la Banque Nationale. 2° À émettre, an moyen d'une souscription publique, les 18,000 obligations, dont le produit était destiné à solder le compte de la Banque et à faire cesser le coura forcé de ses billets. 3° À contracter en . Angleterre, un emprunt de 3,600,000 livres sterlings, soit francs 75,000,000 , garanti sur

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avec vous et à vous consulter sur plusieurs points intéressants (1).

Mais je ne veux pas être indiscret, en insistant pour que vous fassiez une course à Turin.

Mille amitiés.

Camille de Cavodr.

avril 1851.

Je vous prie de passer au Conseil des ministres, (aux affaires étrangères), et de m'y faire appeller. J'ai ouvert h lettre de Mr Charles Hambro, et j'ai besoin de causer, sans délai, avec vous.

A la hâte.

Camille de Cavour.

les chemins de fer de l'État (Emprunt Anglo-Sarde). — Ces mesures eurent un succès complet et, en particulier, celle de l'émission des bons du Trésor, dont le ministre négocia dans le courant de juin, pour environ 7 millions, qui lui permirent de payer l'avant-dernier terme de l'indemnité de guerre due à l'Autriche, échu en mai, et qu'on n'avait pas pu payer plus tôt, faute de fonds. La souscription ouverte pour l'émission de ces 18,000 obligations, s'éleva bien vite, à 33,000,000, c'està-dire à peu près au double des rentes à distribuer, résultat d'autant plus remarquable que le taux d'émission avait été fixé a 90 francs et que la rente 5 % n'était alors cotée, à Paris et Turin, qu'à 80 et 82. (1) En particulier sur l'emprunt de 75,000,000 de francs représentant un capital nominal de 3,600,000 livres sterlings, avec hypothèque sur les chemins de fer de Turin-Gênes et du Lac Majeur, à négocier en Angleterre, opération à laquelle Mr de la Bile prit une part fort active, étant en relations assez intimes avec Mr E. Hambro.

18 mai 1851.

Mon cher ami,

J'ai retenu l'obligation Danoise (1) Dans la semaine, je présenterai le projet de loi pour l'emprunt.

Adieu, je suis accablé.

Tout à vous Camille db Cavour.

20 mai 1851.

Mon cher ami.

Je vous envoie deux lettres d'H...

Je doute que je puisse obtenir, de sitôt, le vote nécessaire pour la négociation de l'emprunt (2).

Vous avez le temps, par conséquent, de vous décider pour le voyage de Londres.

(1) « La bonne réussite des emprunts du Danemark et de la Norvège a augmenté l'influence que la maison Hambro exerce sur le marché de Londres et sur eeux du nord de l'Europe ». (Lettre du comte de Cavour a Mr de Revel, juin 1851). Mrss J. Hambro et G. étaient les banquiers de la Cour de Danemark.

(2) La discussion commença & la Chambre, le 14 juin.

J'enverrai à Mr H... le rapport Menabrea (1).

Les affaires de Nice sont plus ridicules que graves (2).

Adieu, mille amitiés.

Camille dk Catool

CCCXXYH.

90 mai 1851.

Mon cher Emile,

Je vous envoie la lettre, ci jointe, de Mr H...

Je dois vous prévenir que votre ami, Mr Lombard (8). m'ayant écrit pour me proposer un projet d'emprunt d'apr* les principes américains de convertibilité , je l'ai prié <k venir à Turin, et que nous avons ensemble arrêté des base* que je me suis empressé de transmettre sur le champ à Mr H... pour qu'il voulût bien me dire ce qu'il en pense.

Si vous pouviez faire une course à Turin, je vous le»

(1) Sur le chemin de fer do Mont-Ce ni 8. Le général Louis Frédéri Menabrea, de Chambéry, actuellement ambassadeur d'Italie à Paris, fit un des élèves les plus distingués du célèbre professeur Plana et reaplit pendant longtemps les fonctions de professeur de mécanique et de ooait motions à l'Académie Militaire de Turin. Député du collège de 3. Jeta de Maurienne, il collabora à La Concordia, et se distingua a la Chambre, par sa connaissance des affaires militaires et des travaux publics. En ISôh il dirigea l'assaut de Pesohiera et combattit vaillamment a Palesto et Solferino. En 1860 il dirigea le génie à Ancône. Ministre de li marine en 1862, des travaux publics en 1864, présida le cabinet en 1867, ambassadeur à Londres en 1867. Il eut une large part dans la déaàoa du Parlement pour les travaux du Mont-Cenis.

(2) A l'occasion de la nouvelle loi douanière, la question de rabolition du port-franc de Nice avait été discutée an Parlement) et me vive agitation s'était manifestée dans cette ville, pour protester contre cette abolition.

(3) Mr Lombard, de la maison Lombard-Odier de GenèTe.

expliquerai en détail, c'est nouveau, mais cela peut être séduisant. Tel est, du moins, l'avis de Mr Lombard, qui me fait l'effet d'un homme fort capable.

Vous avez vu avec quelle facilité la loi des obligations a passé. Celle de la Banque (1) rencontrera de plus grandes difficultés ; toutefois, je crois qu'elle sera adoptée, la commission nommée par la Chambre ne contient qu'un seul membre, Farina (2), qui lui soit tout à fait hostile.

La grande difficulté du moment, c'est le traité avec la France (3), je ne sais pas encore si nous parviendrons à la vaincre.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

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