CCCXXXIV
Turin, 15 juillet 1851.
Nous venons de passer de bien mauvais quarts d'heures, j'espère néanmoins, que le moment difficile est passé. Le coup était bien monté (1), si les baissiers avaient pu em^ pêcher le versement, nous étions flambés. Kothschild fait la sainte Nitouche, et parle de venir au secours de notre rente, en faisant acheter. Il finira par contribuer à la hausse.
Au reste, je sais que la bonne réussite de l'affaire est due à la manière dont Mr Hambro s'est conduit, je vous prie de le remercier de ma part, et de lui adresser mes compliments bien sincères (2).
Puisque vous êtes à Londres, vous devriez vous occuper Je l'affaire de la Darse. Malgré le froid accueil que le projet de la Spezia (3) a reçu, je suis décidé à le repré-
(1) « Rothschild a tout vendu, il ne lui reste plus aucune de nos rentes entre les mains ». {Lettre à Mr de Revel, 6 juillet 1851). « L'emprunt a fini à temps, car il me parait que nos ennemis étaient sur le point d'émouvrir l'opinion publique contre nous. Le baron James avait annoncé que nous échouerions ; il s'était même permis un jeu de mots sur notre compte, en disant que : Y emprunt était ouvert, mais non couvert ». (Id., 9 juillet 1851).
(2) Soit à cause de l'élévation du cours, soit à cause de l'opposition organisée par Rothschild, la souscription ne fut pas couverte et n'atteignit que 2,200,000 liv. st. Ce résultat, fâcheux au point de vue moral, tourna à l'avantage du trésor, en laissant à sa disposition, des fentes, dont il n'avait pas besoin pour le moment, et qu'il put aliéner, pen à peu, plus tard, à des cours beaucoup plus élevés que le prix d'émission.
(3) Le transport de l'arsenal et de la marine militaire, de Gènes à la Spezia.
penter à la session prochaine, et j'espère le faire approuver. Mais, pour cela, il faudrait que j'eusse la certitude de pouvoir vendre la Darse. Tachez d'en parler à quelques grands industriels. Je sais que Mrs Ânderson, les entrepreneurs du Palais de Cristal, avaient manifesté le désir de faire quelque chose en Piémont.
Le dock de Gènes serait une entreprise digne d'eux. Le digne Thompson pourrait vous aider, car il a, m'assure-ton, un grand crédit à la Bourse de Londres.
Occupez vous de cette affaire, allez visiter les docks de Liverpool et ceux de Birkenhead, et, en revenant à Gênes, avec l'appui de quelques solides John Bull, mettez-vous à la tête d'une société, vous y gagnerez beaucoup d'argent et vous immortaliserez votre nom.
La session est finie. Tout est passé, sauf la Banque, qui est venue trop tard. Ce sera pour cet hiver.
Adieu, mille amitiés.