CCCXXXVI
3 août 1851.
Mon cher ami,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez adressée en arrivant à Gênes, je vous remercie des renseignements que vous me donnez sur les changes.
Demain, l'inspection du trésor vous expédiera le Naples, le Messine, le Païenne st une partie de Livourne, et je vous écrirai d'office.
Vous m'obligerez en continuant à aider Rossi et Schiaparelli, que je continue à garantir.
L'affaire que vous m'avez recommandée, en particulier,
avant de partir, était faite depuis longtemps, ce qui prouve toute la sollicitude du ministère.
La souscription a dépassé le pair, j'écris à Mr Hambro pour lui en faire compliment.
Je viens de rabattre 400,000 sur l'offre que m'a faite Rothschild pour des tabacs.
Camille de Cavour.
CCCXXXVIL
7 août 1851.
Mon cher ami,
Pour vous témoigner ma satisfaction de votre manière d'opérer, je vous envoie ce qui me reste du Livourne, avec près de 200,000 francs de Marseille.
Je crois, en effet, qu'il convient de se hâter de négocier le papier à l'étranger, car, plus nous approcherons du moment auquel la Banque reprendra ses payements en numéraire, plus il y a de chances de voir baisser les changes.
Je suis la victime de Mr Haslewood (1), depuis hier. Je serais charmé de causer avec lui, s'il parlait moins vite, et s'il comprenait quelques mots de français. Je m'use à rechercher dans ma tête toutes mes vieilles phrases anglaises. Je crois avoir fait sa conquête en lui témoignant mon enthousiasme pour le guano. C'est son côté sensible. Je lui ai promis que vous feriez des affaires en guano; quoique cela sente mauvais, cela peut rendre beaucoup.
(1) Mr Edouard Haslewood, banquier à Londres, recommandé à Mrde Cavour par le comte de Revel. « Mr Haslewood est ici, depuis deux jours. Je fais ce qui dépend de moi, pour faire honneur à votre recommandation, et j'espère que, malgré l'horrible anglais que je suis forcé de bredouiller pour me faire comprendre de lui, il ne sera pas mécontent de l'accueil qu'il aura reçu au ministère » (Lettre de Mr dt Cavour à Mr de Revel, 8 août 1851).
Dimanche, il viendra dîner a Santene et lundi il repart pour Gênes, où il n'arrivera probablement que mardi, car il veut faire une partie de la route à pied. Maus raccompagnera.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Càvour.
CCCXXXVÏÏL
26 août 1851.
Mon cher ami,
Je vous remercie de votre lettre du 25. Je m'empresse de vous annoncer que j'arriverai à Gênes, lundi soir, et que j'irai débarquer chez Feder, qui m'a promis de me préparer un petit appartement. Le Roi arrivera le 5 (1). Vous voyez par là, qu'il est de toute nécessité que vous différiez votre départ pour Londres, de quelque temps.
H paraît que le Municipio se décide à penser au Dock, ce qui m'irait à merveille.
Je vous prie de m'envoyer le compte détaillé des différentes opérations que vous faites pour les finances, dès qu'elles sont terminées.
Mille amitiés.
Camille de Càvour.
(1) Victor Emmanuel n'était plus revenu à Gênes, depuis la révolution d'avril 1849. — Le ministère crut bien de lui conseiller d'y faire une visite. — Càvour et d'Azeglio l'y accompagnèrent. L'accueil qu'ils y reçurent, fut plutôt froid et le Roi et ses ministres durent en être péniblement impressionés. « Je crois que, sans se faire illusion, on peut considérer le voyage du Boi comme ayant produit un effet utile ». {Lettre du comte de Càvour à Mr de Revcl, 10 septembre 1851).
GAnes, 3 septembre 1851.
Je vous prie de venir me trouver, car je ne puis bouger, et je voudrais combiner avec vous la lettre pour Hambro. Camille de Gâvodr.
Tarin, S ootobre 1851.
Mon cher ami,
J'ai reçu votre bonne lettre du 29 (1). Je vous en remercie, ainsi que des nouvelles politiques, qui me font l'effet de ce que j'ai reçu de plus raisonnable, depuis longtemps.
Je prends mon parti de la baisse, n'ayant pas besoin de vendre, pour le moment. Allez, au plus tôt, à Londres, ranimer Hambro; à votre retour à Paris, vous m'écrirez pour me dire si vous croyez qu'on puisse combiner quelque opération pour faire remonter les fonds. Il faudrait faire agir par des gens sûrs, qui ne nous vendissent pas a Rothschild.
Je pense que si on faisait acheter, au comptant, une centaine de mille livres de rentes, par plusieurs maisons, à l'insu les unes des autres, cela produirait un excellent effet Il est bon, toutefois, d'attendre la fin d'octobre ; au retour de l'assemblée, les craintes du coup d'état disparaîtront.
Votre féroce beau-frère (2) m'écrit qu'il a besoin de faire escompter les traites que je lui ai remises. Dites-lui de
(1) Ht de la Rae était alors à Paris.
•M) Mr William Granet, beaa-fiére de llr Je la RQe.
n'en rien faire. J'ai payé 10,000 francs pour vos actions de Savigliano, et je tâcherai de vous verser encore, une 40,000 avant la fin de Tannée.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
6 octobre 1851.
Mon cher ami,
Je suis désolé que vous ayez cherché à mettre dedans, ces pauvres finances (1). H faut avoir l'âme bien dure pouf ne pas avoir compassion de l'état misérable dans lequel elles se trouvent. Enfin, comme le résultat définitif sera une recette extraordinaire pour le trésor, je suis tout disposé à vous accorder l'absolution, moyennant une bonne pénitence pécuniaire. Je vous engage à écrire à votre beaufrère, d'aller trouver le directeur des douanes, qui sera fort accommodant sur tout, sauf la question fiscale. Je vous envoie force Livourne pour vous dédommager de l'amende que vous allez payer. J'ai écrit une longue lettre à Hambro pour lui demander son avis sur une opération relative au 5 p. % Rothschild. Allez lui donner courage.
Je vous prie, étant en Angleterre, de me traiter et de terminer l'affaire guano. Si Haslewood ne peut me procurer • irectement, de cet engrais, soit du Pérou, soit de Messieurs A. Gibbs et Comp., faites-m'en acheter, de 100 à 150 tonnes, par votre neveu, de toute première qualité, et voyez qu'on me l'expédie à Gênes, sans délais.
Adieu, mille amitiés.
Camille de Cavour.
(1) J'ignore à quoi cette lettre fait al lusion. Probablement, à quelque' envoi, fait de Londres, à Mr de la Rue, et dont le contenn n'avait pasr été régulièrement déclaré à la donane.
CCCXLH.
17 octobre 185J.
Mon cher ami,
Votre lettre du 14 courant est venue me trouver dans mon lit, où je suis retenu depuis 8 jours, par une maladie inflammatoire. Veuillez l'écrire à Mr H., en attendant que je lui réponde, en détail, sur les 400 mille livres. Je n'ai aucune difficulté à les lui laisser entre les mains jusqu'à ce que j'en aie besoin, ce qui ne peut avoir lieu que fin janvier. Seulement, je suis fort agité à cause de la tournure des événements politiques. Si la baisse se déclare après décembre, que ferons-nous ? Cela me donne la fièvre, rien que d'y penser.
Vous ne me dites pas un mot du guano, cependant il faut en finir; en conséquence, otez tout ordre à Haslewood, et écrivez, tout bêtement, à votre neveu, de m'acheter au mieux, 100 tonnes à peu près, de guano de l'île de Chincha, de première qualité, et de me les expédier à Gênes, à votre adresse.
J'ai envoyé 20000 francs à votre beau-frère, j'espère lui envoyer bientôt, pareille somme.
Adieu, mille amitiés.