‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 68 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

8 décembre 1852 (1).

Mon cher ami,

Je vous remercie de la communication de la lettre de Hambro. Je lui avais écrit au long, la veille du jour oti

(1) Le roi Victor Emmanuel, persuadé, comme Louis Philippe, qu'il ne faut pas avoir de querelles avec le clergé, n'avait consenti à introduire dans le discours de la couronne, du 4 mars 1852, la promesse d'une loi sur le mariage civil, que si cette loi n'offensait pas les principes catholiques. Le 19 septembre , le Pape, dans une lettre sévère, l'accusait de vouloir ainsi, introduire le concubinage dans ses États, et l'ancien précepteur du Roi, Monseigneur Charvaz, archevêque de Gênes, ayant écrit à Victor Emmanuel dans le même sens, celui-ci déclara, en plein conseil des ministres , le 21 octobre, que jamais il ne signerait cette loi. — Le lendemain, D'Azeglioet ses collègues donnaient leur démission, et, le 24, le Roi chargeait Cavour de former un nouveau cabinet, à condition qu'il réglerait, $ accord avec la Cour de Rome, les questions ecclésiastiques et en particulier, celle du mariage civil. — Cavour, naturellement, déclara au Roi qu'il ne pouvait accepter cette condition et lui conseilla de s'adresser au comte Balbo. Celui-ci accepta la mission de former un nouveau cabinet, mais il ne put y réussir, car tous refusèrent d'y entrer dans ces conditions, comprenant le triste rôle qu'ils joueraient au Parlement, en s'y présentant avec un programme semblable. — Le Roi, convaincu, enfin, de l'impossibilité de «éder aux prétentions de la Cour de Rome, dut de nouveau, assez malgré lui, appeler Cavour à former le nouveau cabinet, insistant cependant, pour que Cibrario (ministre des finances dans le précédent cabinet) en fit partie, acte qui cachait une certaine défiance envers Cavour, mais auquel celui-ci consentit, pour tirer le Roi de la mauvaise situation où il s'était placé. — Le nouveau cabinet (1er cabinet Cavour, 4 novembre 1852 à 1er mai 1855) fut composé de : Cavour, présidence et finances; San Martino, intérieur; Cibrario, instruction publique; Dabormida, extérieur; Boncompagni, grâce et justice; Lamarmora, guerre et marine; Paleocapa, travaux publics. — On a, à juste titre, appelé ce cabinet il gran Ministero, parceque c'est sous sa direction que s'accomplirent l'expédition de Crimée, la guerre de la Lombardie et les principaux événements qui amenèrent l' Unité italienne.

je l'ai reçue. Si, comme on le dit, Disraeli réduit les consolidés , peut-être le nouvel emprunt pourra se faire en Angleterre, à des conditions avantageuses (1).

La Banque me donne bien des soucis. Elle s'est mise dans une position difficile; maintenant, pour en sortir, elle est forcée à des mesures fâcheuses, quoique indispensables.

Il est de l'intérêt du commerce de l'aider, aussi je vous recommande de lui venir en aide, si vous le pouvez.

Je suis accablé d'affaires. Cependant, je dois dire que jusqu'à présent, je trouve dans tous les partis une condescendance qui rend ma tâche moins difficile.

J'attends une députation du municipio de Gênes, qui vient traiter la question du dock.

Ce pauvre municipio a fait une triste figure avec sa pétition contre les gabelles (2).

H est impossible de voir une pièce plus ridicule.

Je vous envoie la lettre d'Hambro.

Croyez à mes sentiments dévoués.

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