‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 94 sur 110 · C. Càvour · texte numérisé non relu

C. Càvour

CCCCXLIX.

23 juin 1858.

Mon cher anti,

Je viens, comme l'année dernière, vous prier de vouloir bien ouvrir, sous ma responsabilité et garantie personnelle, un crédit à la Société de Collegno, ou, ce qui revient au même, à son directeur, Mr G. Accossato, chef de la maison G. Accossato e figli. La Banque ayant excessivement réduit ses escomptes, place les moulins dans la nécessité d'aller chercher des ressources ailleurs, an moment où la récolte rend les achats de blé plus importants. Toutefois, les blés étant meilleur marché cette année, au lieu d'un crédit de 200,000 francs, les moulins n'ont besoin que d'un crédit de 100,000 francs.

Je vous prie, en conséquence, de vouloir bien escompter, ou accepter, des traites de Mrs G. Accossato et fils, jusqu'à la concurrence de la dite somme de 100,000 francs.

(I) S'agit-il du colloque de Plombières, auquel Cavour avait déjà été invité vers la fin de mai, par le docteur Conneau, venu exprès à Turin, et dans la confidence duquel, Lamarmora seul avait encore été admis?

L'emprunt a été voté hier par le Sénat. Aujourd'hui, ou demain, je pense que le ministre des finances décidera le mode d'émission. Je vous en préviendrai. Kothschild a envoyé ici son représentant, Mr Landauer. Mais je doute que ses propositions soient acceptées, car il me paraît tenir la dragée très haute.

Les génois, à l'arrivée du Cagliari (1), n'ont pas fait de sottises. Je vous en fais mon compliment. Cette sagesse m'a dédommagé un peu de l'irritation que la représentation donnée au théâtre Carlo Felice (2), au bénéfice des condamnés pour les faits du 29 juin, m'avait fait éprouver.

Croyez, mon cher ami, à mes sentiments dévoués.

Votre affectionné C. Cavour.

24 juin 1858.

Mon cher ami,

Je vous remercie du bon accueil que vous avez fait à ma recommandation.

J'ai oublié de faire écrire à l'Intendant de Gênes, pour

(1) Le vapeur rendu par le gouvernement napolitain.

(2) Une représentation extraordinaire avait eu lieu à Gènes, au grand théâtre Carlo Felice, en faveur des familles des condamnés pour l'échauffourée du 29 juin 1857. Le commandant militaire de Gênes, avait refusé le concours des musiques militaires pour cette représentation, qu'il considérait comme une insulte à l'armée, le sergent Pastrone ayant été tué dans cette émeute. — Le gouvernement sarde avait vu de très mauvais œil cette représentation, qu'il considérait, lui aussi, comme une démonstration du parti de l'Opposition (Lettre du comte de Cavour au chev. Angelo Conte, intendant gênerai de Gênes, 19 juin 1858).

le passeport du général Elio (1). Je vais réparer mon oubli. En général, les commissions verbales sont chanceuses, lorsqu'on a tant de choses par la tête.

Rien n'est encore décidé pour l'emprunt. Le ministre des finances ayant reçu l'avis que des anglais devaient arriver aujourd'hui, pour faire des offres. J'ai peu de foi dans les insulaires. Je crains que ce ne soient des amis d'Avigdor.

Croyez k mes sentiments affectueux.

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