‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 95 sur 110 · C. Càvour · texte numérisé non relu

C. Càvour

Mon cher ami,

4 octobre 1858.

Je n'ai pas de commissions précises pour l'Angleterre, mais je causerais volontiers avec vous, afin de vous indiquer quelques points que je désirerais vous voir traiter avec vos amis de la cité.

(1) Le général carliste, Elio, grand ami de la famille de la Eue, servit d'abord dans la garde royale espagnole, jusqu'à la mort du roi Ferdinand VII et le commencement de la première guerre civile entre Don Carlos et Isabelle II, à laquelle il prit part. Après la convention de Verzara et la dissolution de Tannée carliste, Elio dut quitter l'Espagne, et se réfugia en Italie, où il séjourna assez longtemps à Chiavariy parceque ses ressources financières, qui étaient fort limitées, l'obligeaient à vivre le plus économiquement possible, d'autant pins qu'il devait pourvoir à l'éducation de ses enfants. — Elio rentra en Espagne, lors de l'expédition de Don Carlos de la Rapita, avec le comte de Montemolin et son frère, l'infant don Fernando, expédition, qui, appuyée par le générai Ortega. eut une fin désastreuse, à la suite de laquelle Ortega fut fusillé et Montemolin, son frère et Elio graciés et exilés par la reine Isabelle. Dans la deuxième guerre carliste, le général Elio servit le don Carlos actuel, en qualité de chef d'état major général, et il mourut en 1874.

J'irai à Gênes vers le 15, pour y passer 5 à 6 jours, mais vous ne pourrez probablement pas différer jusque-là votre voyage.

Mille amitiés.

6 octobre 1858.

Mon cher ami,

Je compte aller à Gênes la semaine prochaine. Je ne puis, toutefois, prendre, à cet égard, un engagement absolu, car vous savez que ma 'présence à Turin peut devenir indispensable, par une foule de circonstances imprévues. Je ne voudrais pas, par conséquent, vous engager à retarder votre départ jusqu'au 20 courant, si cela vous dérange, par une promesse, dont l'accomplissement ne dépend pas de ma volonté.

Votre affectionné C. Cavour.

CCCCLHI.

17 octobre 1858.

Mon cher ami,

J'approuve entièrement le projet de Palmer (1). Il serait d'une grande utilité au pays, au gouvernement et, je n'hésite pas à dire, à Bombrini lui même, qu'il tirerait d'une

(1) Industriel anglais, qui, avec une société de capitalistes génois proposait au gouvernement de se charger de l'usine métallurgique de S. Pier d'Arena et de son exploitation.

position fausse et difficile. Seulement, il faut que la société donne des garanties pour qu'elle continue à tenir en activité les ateliers actuels, et qu'elle ne laisse planer aucun soupçon qui pût faire croire à l'intention d'étouffer une concurrence. Quant à moi, je suis tranquille à cet égard. On ne dépense pas 2,000,000 pour écraser un aussi maigre rival qu'est A..., mais il faut rassurer les imbéciles, qui constituent la majorité des administrateurs aussi bien que des administrés.

Sainte Rose va mieux, mais il est impossible de prévoir l'époque où il viendra au ministère.

Mille amitiés.

Camille de Cavoïïr.

21 octobre 1858.

Messieurs De la Bue et C.

Je m'empresse de vous faire savoir, en réponse à la lettre que vous m'avez adressée hier 20 courant, que je consens fi renouveler pour trois mois, la garantie des traites de J00,000 francs souscrites en faveur de votre maison par Mrs GL Accossato et fils.

Recevez mes compliments empressés.

Camille de Cavour.

Gènes, 18 novembre 1858.

Votre femme m'avait déjà fait connaître le désir de Messieurs de Podenas, de faire enterrer leur mère (1) à San Martin d'Albaro, auprès de son mari, dont vous m'entretenez dans votre lettre du 14. Je lui ai répondu que si le tombeau de Mr de Podenas était dans le cimetière communal, la chose ne présentait aucune difficulté ; mais que si le tombeau était dans l'église, il n'était plus au pouvoir du gouvernement d'accorder l'autorisation demandée, à moins qu'avec le Paradiso, la famille Podenas n'eût acquis un

(1) La marquise de Podenas, Dame d'honneur de la Duchesse de Berri. Après la révolution de juillet en 1830, elle partagea l'exU de cette princesse et la suivit en Italie. Son fils cadet, le comte Louis de Podenas, comme plusieurs autres jeunes gens de la noblesse française restés fidèles à la branche ainée des Bourbons, avait pris du service dans l'armée sarde. La magnifique campagne « le Paradiso » sur la colline de S. Francisco d'Albaro, près de Gênes, fut achetée en 1837, de la famille Saluzzo, par le marquis de Podenas, ex-officier supérieur aux gardes du Corps du roi Caries X. — Il quitta le service en 1830, mourut à San Francesco d'Albaro, en 1848, et fut enseveli dans l'église de cette paroisse. La marquise de Podenas mourut en 1858, et ses fils auraient désiré qu'elle reposât auprès de son mari, mais l'autorisation n'ayant pas été accordée, elle fut ensevelie dans sa terre de * La Ferrière » en Touraine. La marquise de Podenas était née de Madaillac et s'était liée, pendant son séjour à Gènes, avec la famille de la Rue. La famille de Podenas appartient à la noblesse de Gascogne. Le comte Louis de Podenas, devenu propriétaire du Paradiso, à la mort de sa mère, fut tué à la bataille de Champigny le 30 novembre 1870.

Je dois ces détails à l'obligeance de mon ami, le docteur Ferdinand Délia Cella, médecin de la famille de Podenas, à Gênes.

droit de patronage sur l'église. Je ne puis rien ajouter à cette réponse ; mais je me réserve, à mon arrivée a Turin, de vérifier la concession faite, dans le temps, à Mr de Podenas.

Je suis à Gênes, depuis six jours, occupé à visiter les établissements publics. Il me paraît que l'esprit public est, dans ce moment, assez calme. H n'y a pas, toutefois, à se fier à ce calme apparent, car il est à peu près certain que Mazzini trouve, depuis quelque temps, de grandes ressources en Angleterre. En haine de la France, bon nombre de John Bull lui fournissent des fonds. Ce n'est pas beau, mais c'est utile.

Adieu, mon cher ami, croyez à mes sentiments dévoués.

Camille de Cavour.

15 décembre 1858.

Messieurs De la Bue et C. à Gênes,

Messieurs G. Accossato et C. avaient compté sur le payement de francs 100,000, qui leur étaient dûs par Messieurs G..., pour solder la traite d'égale somme souscrite en votre faveur. Mr G... n'a pu effectuer ce payement, par suite d'un retard éprouvé par trois bâtiments chargés de cuirs, qui lui ont été expédiés par sa maison de Buenos- Ayres. Ce contre-temps me force à venir, encore une foisr vous prier de renouveler le crédit que vous avez fait à Mr Accossato, sous ma responsabilité, pour autres trois mois.

Seulement, comme la dette de Mrs G... vis-à-vis de Messieurs Accossato est échue, ce seraient Mrs G... qui vous passeraient une traite, à laquelle Mrs G. Accossato mettraient leur aval. De plus, Mrs G... vous remettraient pour garantie du dit effet, les connaissements des cuirs qu'ils

attendent, jusqu'à la concurrence de francs 150,000 à peu près, avec les contrats d'assurance relatifs aux dites marchandises. 11 est bien entendu que si les marchandises arrivent et sont vendues avant l'échéance de la traite, le produit de la vente sera versé tout de même dans vos caisses.

En tous cas, vous serez autorisés à liquider la partie de cuirs qui vous sera consignée, jusqu'à la concurrence de votre créance, avant l'échéance de la 'dite traite.

J'espère que vous voudrez bien rendre ce service à des personnes auxquelles je m'intéresse beaucoup. Kecevez, en conséquence, mes remerciements et croyez à mes sentiments dévoués.

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