‹ Nouvelles lettres inéditesChapitre 96 sur 110 · C. de Cavour · texte numérisé non relu

C. de Cavour

PS. Il est bien entendu que je reste responsable du payement de cette nouvelle traite.

ccccLvn.

20 déoembre 1858.

Mon cher ami,

Les bruits qui ont été répandus sur Bombrini et Balduino (1), l'ont été par GL. qui les considère maintenant comme ses ennemis mortels. Le fait est que ces deux messieurs sont fort engagés dans une foule d'affaires et que, si on les forçait à liquider brusquement, ils ne seraient pas mal embarrassés, tout en ayant, je pense, les moyens de faire, en définitive, honneur à leurs affaires.

GL. prétend que Bombrini est surchargé d'actions de la caisse, à des prix élevés, qu'il a endossé des masses énormes

(1) Le 1er, directeur de la Banque Nationale, le 2d, directeur du Crédit Mobilier italien, tous les deux banquiers à Gênes.

de mauvais papiers, parmi lesquels il classe ceux d'Ansaldo (1) et de Rubattino (2). H y a de l'exagération, sur un fond de vérité. On rendrait un grand service à Bombrini, si on pouvait l'aider à liquider l'affaire d'Ansaldor qui est la cause principale de ses embarras.

Je persiste à croire que l'usine de San Pier d'Arena, bien menée, devrait donner de bons résultats, même par rapport aux capitaux qui y ont été employés. Si l'affaire était dirigée par Robertson (3), je crois qu'on réaliserait de beaux bénéfices.

Je vous prie de tenir ce que je vous dis, pour vous seul, car il importe immensément au pays, que, pour le moment du moins, la position de Bombrini ne soit pas ébranlée.

Quant à X..., l'interrogation que je vous ai adressée, a été motivée par un fait de peu d'importance. Vous savez qu'il habite la maison de Mr C. Or le portier a dit à Mr C, qui me l'a répété, avec des commentaires peu bienveillants, que Mr X... se faisait tirer l'oreille pour payer ses fournisseurs, et que les marchands étaient obligés de revenir à plusieurs reprises, pour se faire solder leurs notes.

Ce fait n'a rien d'extraordinaire, s'agissant d'un propriétaire foncier, dont les revenus rentrent souvent avec difficultés, et souffrent de notables retards.

Le marquis de N... a laissé, en mourant, beaucoup de dettes ; le marquis de GL. en a fait autant ; mais je crois

(1) Industriel métallurgique, propriétaire d'une grande usine à San Pier d'Arena, dirigée en 1858, par les frères Paul et Louis Orlando, qui, en 1860, fondèrent leur grande usine et chantier de constructions maritimes à Livourne. Les frères Orlando avaient été menacés d'être expulsés de Gênes, pour avoir prêté la main à des mouvements révolutionnaires Mazziniens. (Lettre de Cavour à Angelo Conte, Intendant de Gênes, 21 janvier 1859).

(2) Société de transports maritimes à Gênes.

(3) Industriel anglais, établi à S. Pier d'Arena.

que le marquis actuel les a en grande partie payées avec le produit de la vente de plusieurs immeubles.

Madame de Podenas n'a pas le droit de se faire enterrer dans l'église d'Albaro. H faut qu'elle renonce à ce dernier voyage d'outre-tombe. Je pense que ses fils se résigneront à la garder dans leurs propriétés. Je trouve les actions de la caisse bien bon-marché. Mais, si on ne parvient pas à constituer une administration, qui inspire au public une entière confiance, elles baisseront encore.

Veuillez me dire si la maison L. R... et C. d'Odessa mériterait une entière confiance, dans le cas où il s'agirait de la charger d'une grande opération pour le compte du gouvernement.

Croyez à mes sentiments affectueux.

Camille de Cavour.

CCCCLVIII.

3 janvier 1859.

Mon cher ami,

Le conseil de la caisse générale a très bien fait d'adresser au ministre des finances la lettre dont vous m'avez envoyé copie.

Je crois, toutefois, qu'il y a eu de grandes exagérations dans les bruits qu'on a fait courir sur le crédit mobilier. Lanza m'a assuré qu'il n'avait pas vendu une seule action à'Àcqui. H y a, à Turin, un parti qui pousse à la liquidation de l'établissement. Les Bolmida sont à sa tête. Il est bon d'être en garde contre lui. Je déplore que la Caisse Générale ait 8000 actions du crédit mobilier. Je pense que vous avez passé dans le compte de cette année, une forte somme aux profits et pertes. Je vous serais obligé de m'envoyer le compte-rendu du semestre.

L'empereur doit avoir fortement rudoyé Hûbner (1), le premier de Tan. Dans quinze jours, au plus tard, nous saurons à quoi nous en tenir sur les intentions de notre mystérieux voisin.

Adieu.

Votre dévoué Camille de Gavour.

18 janvier 1859.

Mon cher Emile,

Mon ami, que vous avez obligé Tannée dernière, m'a remis 13,000 francs, en me chargeant de le libérer de la traite qui écheoit le 20 février. Veuillez calculer ce qui peut vous être dû, pour solde, et le passer à mon compte "courant.

Nous sommes absorbés par la visite du prince Napoléon (2). Elle est destinée à avoir des suites immenses, ou à nous faire faire un fiasco complet. Il est probable que

(1) A la solennelle réception du corps diplomatique, aux Tuileries, le 1er janvier, l'empereur adressa au baron Hûbner, avec un accent très froid, ces paroles (que Cavour appelle l'algarade de l'empereur à Htlbner, Chiala, Lett. DXCI): « Je regrette que nos relations avec Totre gouvernement ne soient pins aussi bonnes que par le passé, mais je vous prie de dire à l'empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changés ».

(2) Le prince Napoléon partit de Paris le 14 janvier. Le 18, comme ministre délégué de l'empereur, il signait un traité d'alliance offensive et défensive entre la France et le Piémont. — « Son mariage avec la princesse sarde , n'a pas d'autre but que d'ériger l'empereur en protecteur définitif de la cause italienne » (Lettre de Szarvady à Kos- 8uthf 13 janvier 1859). — La demande de la main de la princesse Clotilde pour le prince Napoléon, fut officiellement faite, le 23 janvier, par le maréchal Niel, aide de camp de l'empereur.

nous allons demander l'autorisation de contracter un em-

prunt (1), basée sur les événements et la concentration de

1 année autrichienne.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

Mon cher ami,

21 janvier 1859.

Si on ne vous demande aucun sacrifice pécuniaire, vous

pouvez accepter (2), car, bien que l'affaire n'ait aucune

chance de réussir maintenant, elle pourrait se nouer plus

tard, et il est toujours bon d'avoir le pied dans l'étrier.

Si la guerre va bien, la question changerait, à mes yeux,

et je serais beaucoup plus disposé à traiter la cession de

nos chemins.

A la hâte, mille amitiés.

Camille de Cavour.

Turin, 5 février 1859.

Mon cher ami,

J'avais préparé une dépêche télégraphique, en réponse à votre lettre d'avant hier, mais, ayant été rappelé brusquement à la Chambre, je l'ai oubliée sur ma table; je vous en fais mes excuses.

(1) La Chambre commença la discussion de la loi pour on emprunt de 50 millions, le 7 février, et, peu de jours après, elle y fat votée par U6 voix contre 35. — Le 17 février, elle fut aussi approuvée par le Sénat, par 59 votes favorables contre 7 contraires.

(2) La lettre de Mr De la Rtie manque, et il est impossible de dire 4e quoi il s'agit.

86 — Bbbt. Lettres de C. Cavour.

Quant à l'emprunt, je ne pense pas qu'il soit utile que vous alliez à Paris, avant qu'il soit voté par les Chambres, Nous avons le temps d'en causer, si vous venez faire une course à Turin dans le courant de la semaine prochaine.

Nous avons reçu des offres de deux maisons de Paris. Si, comme je le pense , le discours de l'empereur est pacifique, il se négociera sans difficultés (1).

Vous m'obligerez beaucoup, en envoyant à Tosco une traite à son ordre, sur Paris, à un mois de date.

Croyez à ma sincère amitié.

Camille de Cavoub.

CCCCLXIL

18 février 185».

Mon cher ami,

Je n'ai pas de nouvelles de l'emprunt. Si on parvient à placer 25,000,000 à Paris, nous ne sommes pas embarrassés du reste, car nous avons des propositions pour les autres 25 millions.

Je crois que les souscripteurs feront une bonne affaire, s'ils savent réaliser à temps ; car, il y aura un temps d'arrêt, pendant lequel on jouera probablement une farce diplomatique.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Càvour.

(1) L'empereur prononça, en effet, le 7 février, à l'occasion de l'ouverture des Chambres, un discours, où, tout en déclarant que sa politique ne serait jamais ni provocatrice, ni pusillanime, il terminait en disant: « Loin de nous, donc, ces fausses alarmes, ces défiances injustes, ces défaillances intéressées ! La paix, je l'espôre, ne sera pas troublée. Reprenez donc, avec calme, le cours habituel de vos travaux ».

CCCCLXffl.

17 mars 1859.

Mon cher ami,

Je suis persuadé que Monale (1) accueillera, avec plaisir, toute proposition venant de votre maison. Je ne crois pas que nous ayons besoin, pour le moment, de casques et de cuirasses ; mais nous manquons d'une foule de choses que les Français peuvent nous fournir.

Vous avez bien fait de ne pas prendre une forte dose du nouvel emprunt. C'eût été un dévouement inutile , car on nous a apporté plus d'argent que nous n'en demandions. Le pays et l'Italie entière, sont admirablement disposés; pour peu que les événements nous aident, je crois que, cette fois, nous ferons de grandes choses.

J'ai vu, avec beaucoup de plaisir, votre nom figurer dans le comité qui s'est formé à Gênes, pour secourir les familles des contingents.

Adieu.

Votre dévoué Camille de Cavour.

(I) Alexandre Buglione di Monale, directeur général des postes, en 1856, directeur général dn matériel et de l'administration militaire, en 1859.

CCCCLXIV.

Turin, (1) 1859.

Mon cher ami,

J'ai trouvé, à mon arrivée ici, votre lettre du 30 passé et l'incluse de Hambro. Je vous la renvoie, en me réservant d'y répondre, dès que je connaîtrai les intentions du ministre des finances.

D'après ce qui m'a été dit, je considère la question de la restauration des Ducs, comme abandonnée. Reste celle de la constitution définitive de l'Italie centrale.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavour.

Genève (1), 1« août 1859.

Mon cher ami,

Yotre lettre du 26 juillet ne m'est parvenue que hier. La demande que vous me faites, m'embarrasse beaucoup. Si la guerre eût continué, un emprunt de 2 millions sterlings eût été insuffisant; avec la paix, il serait trop con-

(1) A la suite de la « demi-paix » de Villafranca, 11 juiUet, le comte de Cavour, justement irrité de voir ainsi brisées ses plus chères espérances, et indigné de la conduite de l'empereur, après une scène violente avec Victor Emmanuel, donna sa démission ; et, après une retraite de quelques jours dans sa terre de Leri , il fit un voyage en Suisse et en Savoie « pour y oublier, au milieu des merveilles de la nature, les misères des affaires menées par les hommes » (Lettre à Madame De Circourt, 22 juillet 1859).

sidérable. Si Ton désarme réellement, on pourra marcher avec peu de chose. Mais, désarmera-t-on ? Pour mon compte, je le crois fermement.

La paix sortira des conférences de Zurich et du congrès, si congrès a lieu. Dans cette conviction, je ne conseillerais pas a Oytana (1) de se presser pour négocier un nouvel emprunt. H se pourrait, toutefois, que la paix se fit attendre, ou bien qu'elle fût plus coûteuse que je ne le pense et que, par conséquent, le gouvernement fût obligé de demander 2 millions sterlings au crédit. Dans ce cas, je crois qu'on pourrait, peut-être, avoir recours à John Bull, si la cité partageait ce retour de sympathie pour l'Italie, dont on aperçoit des symptômes dans les journaux anglais.

Au reste, je vous écrirai d'une façon plus précise, à mon retour à Turin. Je pars pour Chamounix. Ici je n'ai vu et ne veux voir personne.

Adieu, mille amitiés.

Camille de Cavotjb.

(1) Le commandeur G. B. Oytana, ministre des finances (1er ministère Lamarmora, 19 août 1859 à 16 janvier 1860), commença sa carrière dans la magistrature, puis devint, grâce à son activité et à ses remarquables talents, premier officier au ministère des finances, charge qu'il remplit, avec une rare distinction, pendant plusieurs années. — En 1854, il fut nommé secrétaire général des finances et directeur général dn trésor, puis administrateur de la caisse ecclésiastique et directeur général de la dette publique. En 1858, après la démission de Rattazzi,. Oavour aurait voulu qu'il acceptât le ministère des finances, qui, dans ce moment surtout , exigeait des talents hors-ligne de la part de son titulaire ; mais Oytana s'y refusa et n'accepta que la charge de secrétaire général. Après la retraite de Cavour, Oytana accepta enfin le ministère des finances (1er ministère Lamarmora), et s'en occupa avec une incroyable activité. Ce fut sous son ministère qu'un emprunt de cent millions fut émis, pour faire face aux besoins du trésor. Oytana fot ensuite nommé conseiller d'État.

CCCCLXVI.

Aix, 27 août 1859.

Mon cher ami,

Vous me demandez si on peut se charger, avec sûreté, d'un emprunt Parmesan-Modenais. Je vous réponds: oui, sans hésiter. Après ce qui s'est passé dans ces pays, il est impossible qu'une restauration ait lieu (1). C'est chose trop monstrueuse, pour en croire capable, même la diplomatie. Ce qui est incertain, c'est si les Duchés seront réunis au Piémont; mais cela ne fait rien à l'emprunt, car, si Modène demeure indépendant, un fond modenais doit valoir un fond piémontais, à moins que le crédit des États soit en raison directe de la masse de leurs dettes. Modène ne doit pas un sou. Indépendant, il peut payer 3 millions en 2 ans. Je vous donne un avis sincère, non un conseil; carr malgré toutes les chances favorables, les choses pourraient tourner mal. Seulement, je vous le répète, je considère un emprunt Farini, aussi bon qu'un emprunt Oytana. Je pare demain, et je serai mercredi à Turin.

Mille amitiés.

Camille de Cavour.

(1) Grâces à l'énergie déployée par Farini dans l'Emilie, par Bicasoli en Toscane, par Cipriani dans les Romagnes; grâces au patriotisme des populations et grâces aussi an principe de non-intervention proclamé par l'empereur et appuyé par l'Angleterre, une restauration était en effet impossible.

ccccLxvn.

11 ootobre 1859.

Mon cher ami,

J'ai attendu d'être venu à Turin (1), et d'avoir conféré avec Oytana, pour répondre à Faimable lettre que vous m'avez écrite, à votre retour à Gênes. Cela fait que je puis, en même temps, vous accuser réception de votre lettre du 9, qui est allée me chercher vainement à Leri.

Oytana paraît décidé à faire l'emprunt dans le pays, au moyen d'une souscription publique. L'époque de l'émission n'est pas fixée ; mais, je pense que ce sera pour les premiers jours de novembre. Oytana est porté à n'accorder de faveur à personne, et à admettre tout le monde à souscrire, à des conditions uniformes. Croyez-vous qu'en adoptant un taux d'émission modéré, deux pour cent par exemple, au dessus du cours du jour, il obtienne les 100 millions dont il a besoin?

Je lui ai conseillé de ne demander que le 10 p. % en souscrivant, pour encourager la spéculation.

Je vous écris à la hâte, interrompu vingt fois par des importuns.

Nous nous occuperons du riz plus tard. J'ai vendu celui que vous avez refusé, 5,30.

Mille amitiés.

Camille de Cavour.

{1) De retour de son voyage en Suisse et en Savoie, Cavour, quoique n'étant plus ministre, fut appelé par ses successeurs à donner son avis sur les graves questions du moment (annexions des Duchés et des Roînagnes, régence du prince de Carignan dans l'Italie centrale, etc.), mais il se sentait peu d'accord avec eux, et en était regardé avec défiance ; c'est pourquoi il venait peu à Turin et demeurait, de préférence, dans *es terres de Leri.

ccccLxvra.

Leri, 21 octobre 1859.

Mon cher ami, '

Je suis revenu à Leri (1), où je me trouve beaucoup mieux qu'à Turin. D'après ce que Oytana m'a dit, je crois : Que l'emprunt se fera par souscription publique; La souscription s'ouvrira dans les premiers jours de novembre ;

On payera 10 p. % de suite, le reste en 9 termes; L'on accordera une commission de lj2 p. % aux souscripteurs de 100,000 francs de rente;

La Banque devra reprendre ses payements en espèces. Tenez ces renseignements pour vous et pour vos correspondants de l'étranger.

Merci de YEconomist. Il fait mes délices.

Votre affectionné Camille de Cavour.

(1) On pensait qu'un congrès allait se réunir & Paris, pour y traiter la paix de l'Europe, et en particulier, de l'Italie, et le ministère, quoique & contre-cœur, reconnaissant que Cavour était l'homme qu'il fallait y envoyer, lui fit des ouvertures dans ce but. L'opuscule : * Le Pape et le Congrès », et la violente opposition du Pape et de l'Autriche, décidèrent l'empereur à renoncer à ce projet.

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