‹ NouvellesChapitre 12 sur 20 · LES AVENTURES D^DN FIFRE · texte numérisé non relu

LES AVENTURES D^DN FIFRE

là, chez les Égyptiens, une manière de mesui*er le rang du défunt. Les pyi-amides des Pharaons, souverains de la contrée, avaient quatre cents pieds de hauteur; les pyramides de leurs sujets devaient être d*une élévation moindre et proportionnée à leur importance. Après les rois venaient les prêtres, puis les guerriers, puis les artistes^ ensuite les autres classes, dans Toi-dre de leuf fortune et de leur condition. Ceux qui ne pouvaient pas aspirer aux honneurs de la pyramide se contentaient d'une place dans les caveaux souterrains où les cadavres embaumés étaient rangés contre la muraille. A de certaines époques de Tannée on descendait dans ces catacomhes, et la génération vivante y exécutait une procession aux flambeaux au milieu de ces générations mortes.

On s'est souvent demandé si cet embaumement, universel chez les Égyptiens, ne prenait sa source que dans une pratique religieuse, ou s'il fallait en rapporter Torigine à quelque mesure d'hygiène. Le fait est qu'aujourd'hui, dans cette vallée autrefois célèbie par sa salubrité, règne un fléau qui semble y avoir établi son siège. La pesle, avec les caractères qu'on lui connait, est née en Egypte, et c'est toujours du littoral égyptien qu'elle rayonne sur le reste de l'Orient. Dans aucun autre pays du monde on ne retrouve un mal semblable avec les accidents qui le distinguent. .Or qui nous dit que l'embaumement des corps n'avait pas été déterminé autrefois par les inconvénients de l'inhumation dans un sol d'alluvion, et ne si; pourrait4l pas que la peste fût issue de la désuétude de cette méthode ? Les Égyptiens étaient un peuple grave et observateur; ils ne faisaient rien sans réflexion, sans dessein, sans motif. Dans ce cas, les moyens préventifs de la peste se trouveraient principalement dans un autre système d'inhumation que celui qui est aujourd'hui en vigueur en Orient. Si le procédé d'embaumement sur une grande échelle est impossible dans l'état de civilisation de ces contrées, on pouiTait avoir recours à des moyens plus simples et moins coûteux. L'inci-

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nération païenne avait cela d'avantageux qu'elle faisait disp raître toutes les exhalaisons délétères ; son seul inconvénic était d'enlever le corps du délit, en cas de crime.

Qu'on nous pardonne ce hors-d'œuvre ! Il est à croire qu'a cune de ces réflexions ne fut suggérée, par l'aspect de la nécr pôle, aux claiûnettes, aux chapeaux chinois et aux cymbales < la soixante-neuvième. Ils visitèrent le champ du repos en véril blés profanes, gravirent les pyramides, cherchèrent à pénétr dans les souterrains accessibles, d'où ils enlevèrent quelqu débris de momies, des bandelettes, des plumes d'oiseaux ces petites poteries rouges que l'on trouve en abondance da toutes les tombes anciennes. Rien de particuher n'avait : gnalé cette petite maraude, quand, au coin d'un tertre que si montaient quelques acacias, un cri se fit entendre. C'était fifre Roquet, qui venait de s'engloutir dans un puits dont large câprier masquait l'ouvertui^e. Le malheureux avait n le pied sur la plante rampante, croyant qu'elle couvrait terrain solide, et il s'était abîmé dans un gouffre de quarai pieds de profondeur. A la première alerte tous ses comf gnons accoururent. Avec le tranchant du sabre on eut bi vite débarrassé l'ouverture du feuillage parasite qui l'obstrus et l'on reconnut un orifice de six pieds de circonférence, d tiné évidemment à servir de soupirail à ces catacomb Une obscurité profonde empêchait de rien distinguer au fo du puits; mais il était facile d'entendre des gémissemei plaintifs qui prouvaient que le pauvre fifre s'était blessé d£ sa chute.

On l'interpella à diverses reprises, sans obtenir de réponi Enfin, il parvint à s'expliquer. Grâce à divers obstacles ( avaient amorti le coup, Roquet en était quitte pour quelqi contusions. Remis de cette terrible secousse, il put se le^ et s'assurer de l'état des lieux. En tâtant les parois de sa p son, il s'assura qu'elle était murée de toutes parts et qu'e n'ofifrait aucune issue. Le seul moyen de sortir de ce caci

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était donc de regagner l'ouverture par laquelle il avait été précipité. Mais comment tenter cette ascension périlleuse ? On essaya divers expédients. En premier lieu le fifre chercha k reconnaître s'il ne serait pas possible de remonter vers le soupirail à Taide des aspérités et des saillies que pouvaient ofirir les murs du souterrain. Tous ses efforts furent vains : dans la partie inférieure les parois étaient lisses et ressemblaient à celles de la cileme où Joseph fut jeté par ses frères; à peine put-41 s'élever à une hauteur de deux ou trois pieds ; au delà les points d^appui lui manquaient. On comprit dès lors que son salut ne devait venir que d'en haut. Les imagi* nations se donnèrent carrière. On n*avait pas de cordes, mais en ajoutant les uns aux autres les mouchoirs des musiciens on parvint à en confectionner une qui fut descendue dans le souterrain. Elle n'arrivait pas au fond; cependant^ à force d'élans. Roquet parvint à en saisir Fextrémité, et il s^y suspendit avec l^éncrgie d'un homme à bout de ressources. Ses compagnons, le sentant cramponné, commencèrent à tirer à eux la corde artificielle, avec toutes sortes de précautions; mais à peine le pauvre fifre se trouvait-il à quinze pieds du sol j que le lien se rompit et le fit rouler de nouveau au fond de son caveau, plus meurtri et plus disloqué qu'auparavanti Impossible de renouveler la même expérience aux dépens des membres et de la vie du prisonnier. Les barques étaient à un6 demi-lieue de là; quatre musiciens se détachèrent pour aller chercher l'un de ces cordages en sparterie qui font partie de réquipement de toute marine arabe ; les autres restèrent sur les lieux en rassurant le pauvre fifre contre Tabandon et 1 exhortant à la patience.

Roquet commençait à voir clair dans son cachot. On sait quelle lucidité acquiert la vue à mesure qu'elle s'habitue aux ténèbres. Ainsi , peu à peu , il apercevait une foule d'objets qui, jusque-là , lui avaient échappé. Le souterrain était plus ^aste qu'il ne Tavait cru d'abord ; sa forme était celle d'une

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citerne dont le cerveau se serait arrondi en voûte. EUe semblait pas avoir servi à des inhumations, car aucun déli humain ne jonchait le sol. Tous les revêtements étaient acl vés avec un soin infini , et rien n'avait été épargné pour faire une habitation convenable ; seulement les hôtes y nu quaient. On n'y remarquait pas même les traces du passi de flambeaux, qui sont le caractère distinctif de tous les hy gées et de toutes les cryptes de TÉgypte. La visite aux moi dans des jours solennels, était de cérémonial strict dans Y cicnne religion des hiérophantes ; et telle est la puissance conservation de ces souterrains, que la fumée, laissée les torches, il y a plus de trois mille ans, y subsiste encore Cependant^ à force de fureter dans les recoins de sa pris Roquet finit par découvrir une issue entièrement masq par un retour de la muraille. C'était un couloir étroit d lequel^ tout grêle qu'il était, il ne put s'engager sans efS Une crainte instinctive le retenait d'ailleurs : il craignait rencontrer de nouvelles chausse- trapos et de descendre a d'étage en étage, jusqu'aux entraiUes de la terre. Toutefoi curiosité l'emporta. En s'eflaçant un peu , il parvint à fr chir le corridor, qui s'élargissait graduellement, et arriva a dans une longue galerie qu'éclairaient des soupiraux pU de distance en distance et disposés de la même manière celui par lequel il avait fait la culbute. Cette galerie était p plée : deux longues files de momies adossées aux murs s blaient diriger sur les visiteurs importuns des yeux fixei sévères. Roquet n'était pas poltron ; il allait bravement feu; le sifflement des balles, le bruit du canon ne l'inti daicnt pas. Pourtant il eut peur. La mort ne lui était jai: apparue sous cet aspect, avec ce cortège de représenta Seul vivant au milieu de ces cadavres, il se peupla l'espri fantômes, crut voir leurs yeux s'animer, Icirrs tètes se m voir. Le silence même de ces catacombes répouvantait regrettait les risques des champs de bataille.

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On sait combien la peur est ingénieuse. Roquet eut recours à tous les expédients qu'elle suggère. Il toussa, se moucha, se parla tout haut. 11 appela par leurs noms ses camarades du corps de musique. Sa voix ne parvint pas jusqu'à eux, et ils ne purent lui répondre. 11 voulait alors revenir sur ses pas, mais une force presque invincible semblait le tenir enchaîné ; on eût dit qu'il ne voulait pas donner à ces momies le spectacle de sa fuite et qu'il craignait d'être poursuivi par leurs licanements. Alors une idée lui vint : il avait son fifre en poche , il se résolut à exécuter une sérénade d'un style français en l'honneur de ces vénérables sujets des Pharaons. Ce petit concert avait le double avantage de le distraire de ses frayeurs et de mettre ses camarades sur la trace de son Odyssée souterraine. Il préluda donc par la Marche des Tartares; et un certain perlé, résultat de l'émotion intérieure, donna à son exécution des qualités toutes nouvelles. On Tavait entendu d'en haut, on le suivait : le fifre indiquait sa position. Roquet, plus rassuré, se surpassa, il fit des merveilles; il épuisa les richesses de son répertoire, depuis le Roi Dagobert jusqu'au Choron t'appelle, célèbre chœur de VAlceste,de Gluck. Vers les dernières modulations de cet air sinistre il lui sembla que les momies de la galerie s'agitaient; et, s'eiTrayant du succès de son évocation, il commença à jeter autour de lui des regards moins assurés. Peu à peu il s'était produit, en effet, comme une révolution parmi ces cadavres placés dans l'ombre la plus reculée ; et, au moment où le pauvre fifre répondait à l'appel de ses amis du dehors qui arrivaient avec de nouveaux moyens de sauvetage, des yeux vivants se fixèrent sur lui, deux bras nerveux le saisirent et l'entraînèrent dans un souterrain conligu où ne pénétrait pas la moindre clarté.

Dès lors, ce fut vainement que du dehors on appela Roquet, Roquet ne répondit plus. Deux amis dévoués , une clarinette et un triangle, se firent descendre par une corde dans le souterrain, le parcoururent dans tous les sens, visitèrent les

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