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k Libye. Cette nécropole a plusieurs issues vers le désert; et quand les Bédouins prévoient que le simoun va soufQer, ils accourent avec leurs tentes et se décident à vivre pendant quelques jours en troglodytes^ au sein de ces catacombes. Le hasard avait voulu que Tune de ces peuplades habitât ces louterrains quand Roquet s'y laissa choir. Si l'artiste n'eût pas voulu faire preuve de ses talents sur le fifre et charmer les momies d*alentour, il est probable qu'on ne se fût pas aperçu de sa présence; mais les sons de Tinstrument attirèrent les naturels, qui s'emparèrent du malheureux musicien et le dérobèrent facilement aux recherches. Roquet n'était donc pas mort, mais il se trouvait à la merci des Arabes, ce qui n*était guère plus récréatif. Le fanatisme est grand parmi CCS tribus, et, au moment où cette aventure arriva, la terreur de nos armes ne les contenait pas encore. Aussi leur première pensée fut-elle pour les moyens violents. Us voulaient immoler le prisonnier, les uns par préjugé religieux^ les autres par précaution. La jeunesse de Roquet le sauva. Les femmes de la tribu intercédèrent pour lui : il fut épargné. Le cheik l'attacha à son service, et le pauvre fifre eut bientôt à se défendre de ses bontés non moins dangereuses que ses rigueurs. La tribu entre les mains de laquelle il était tombé était celle des Hennadis, l'une des plus puissantes du désert iibyque. Une fraction seulement avait poussé une reconnaissance vers le pays cultivé; le reste campait à deux journées de chemin du Nil, dans la vallée du Fleuve sans eau. Quand la nuit fut venue, le cheik abandonna la nécropole souterraine avec ses gens et ses femmes, et prit la route du grand désert.
Qu'on juge des inquiétudes de notre héros. Livré à des destina inconnues, à la merci des bandits, dont il connaissait les habitudes vagabondes, qu'allait-il devenir? La vie lui restait ; mais c'était une vie d'esclave, errante, en butte à toutes sortes de privations. Tant que dura l'étape nocturne.
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le sentiment de sa situation s'effaça pour ainsi dire ; m quand le jour parut, quel spectacle sWrit à lui!... 11 él au milieu d'une centaine de Bédouins armés de piques, sabres et de fusils; de quelque côté qu'il jetât les yeux, il voyait que des figures peu rassurantes, enveloppées de b nous blancs. On eût dit une troupe de fantômes. A ses côl et montées sur des ânes, cheminaient les femmes, vêtues < toffes brunes. Quelques chameaux portant dos provisii terminaient la caravane, et on Tavait juché sur le cou de F de ces animaux. Pauvre fifre de la soixante-neuvième ! mouvement de la bête lui occasionnait des nausées scmblal au mal de mer, tant il est vrai que le chameau justifie toutes les manières son surnom de vaisseau du désert. Pi quelle perspective I On était en pleine Libye... Les ondulatii du sable variaient seules la monotonie de cet horizon < avait la couleur de Tocre; le soleil montait dans le ciel commençait à chauffer Tarène qui étincelait sous ses rayo La chaleur était telle, qu'il eût suffi d'enfoncer un œuf di le sable pour le voir se cuire à l'instant. Point d'eau, po de gazon, point d'arbres. Seulement quelques palmiers grc de loin en loin et servant comme de jalons dans ces solitud Roquet était anéanti. Cette atmosphère le suffoquait, ce jaunâtre lui envoyait des réverbérations insuppoilables, s chameau même lui était odieux. Trois fois il se laissa toml volontairement, trois fois on le ramassa à demi-mort. Enl à Taide d'une corde, on le fixa sur sa bête comme un vc table patient.
Au premier puits on fit une halte : il y avait là quelc ombre et un peu de fraîcheur. Un grand figuier et trois \ comores avaient pris racine dans ce lieu sauvage, et y disp talent aux hommes le petit nombre de gouttes que conter cette coupe d'eau. On détacha Roquet de dessus sa fatiga monture : on le convia au repas commun, qui se compo! de dattes et de galettes desséchées. Ce que c'est que la nati
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humaine! Des que le Ofre put respirer plus à Taise, Tappélit lui revint, et il fit à Tordinaire des Bédouins plus d'honneur qu'on n'aurait dû s'y attendre. Ce retour fut compris par le cbeik, qui témoigna dès lors plus d'égard à son prisonnier. On lui épargna le supplice que causent les allures du chameau à ceux qui n'y sont pas habitués; on lui donna à monter un fort joli cheval. Son habit de drap, dont les boutons de métal tentaient la cupidité des Arabes, son chapeau lui furent enlevés; mais, en revanche, on l'affubla d'un excellent burnous, qui le défendait contre les ardeurs du soleil, et, au besoin, lui garantissait le visage. Dans l'une des poches du frac d'uniforme se trouvait son fifre, qu'il défendit bravement contre ses détrousseurs. Un Bédouin s'en était emparé et l'examinait avec curiosité. Roquet se jeta sur lui pour le reprendre, et une querelle allait s'ensuivre, quand le cheik intervint. Il se fit remettre l'objet du débat, et parut fort intrigué de sa forme. Le bois de l'instrument ne séduisait personne, mais il n'en était pas de même d'une petite clef en cuivre étincelant comme l'or. Roquet résolut de vider le différend par une épreuve décisive. 11 donna à entendre au chcik qu'il allait montrer à la tribu l'usage de cet ustensile étrange pour elle ; et quand il s'en trouva de nouveau nanti, il Temboucha et préuida par une des mélodies les plus expressives : Tai perdu mon Eurydice, de YOrphée de Gluck. Ces sons imprévus produisirent l'effet d!un coup de théâtre. A l'instant même, l'artiste fut entouré par toute la caravane ; on l'excitait de la voix, on l'encourageait du geste. Tous les yeux étaient devenus bienveillants, toiites les physionomies riantes. Tantôt la surprise se manifestait par un silence profond, tantôt l'admiration éclatait dans une explosion bruyante. Roquet avait gagné sa cause : il comprit que son fifre était désormais une puissance.
Cependant, le signal du départ ayant été donné, on s'^fonça de nouveau dans la Libye. Cet océan d'i sables semblait n'a-
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voir pas de fin. Aucun être vivant n'en animait l'aspect, s ce n*est, de temps à autre^ un troupeau de gazelles qu fuyaient en bondissant, ou quelque autruche ouvrant se! ailes, comme un navire ses voiles, pour se dérober plus vitt aux regards. Aux journées brûlantes succédaient des nuit glaciales; la rosée baignait les tentes, traversait les burooui les plus épais. La moindre imprudence était punie par des dou leurs cuisantes dans les yeux, souvent même par rophthal' mie. C'était là de cruelles épreuves pour un Européen; notn héros les supporta avec courage. Enfin, après quatre jour de marche, on rejoignit le gros de la tribu, qui se compo sait de quatre cents tentes. Elle campait alors dans un peti vallon tapissé de broussailles et ombragé par un bouquet d'ar bres. Une source coulait de la base du rocher et fpurnissai une eau potable, quoiqu'un peu saumâtre. Ce vallon était si tué au-dessus des ]acs de Natron et dans le voisinage de monastères cophtes, qui, de temps immémorial, occupen cette zone du désert. Quand la tribu manquait d'eau ou d< vivres, elle poussait une reconnaissance vers Fasile de cei religieux, qui préféraient lui payer un tribut forcé plutôt qu< de s'exposer à sa vengeance. La tribu était d'ailleurs run( des plus puissantes de la Libye; elle possédait six cents che vaux, cent chameaux, autant de dromadaires, des moutons des chèvres, des volailles en grande abondance. Presque ton jours la moitié des cavaliers était en maraude pendant qu( l'autre moitié se reposait. Le camp devenait l'entrepôt général des objets pillés, et c'est là que s'en faisait le partage L'adoption de Roquet par le cheik principal, et son talen sur le fifre, qui, de plus en plus, émerveillait la peuplade, lu firent sur-le-champ uiie situation tolérable et une vie qu n'était pas sans charme. A part la liberté, il ne lui manquaii rien. Son maître l'avait attaché au service intérieur de si tente, service facile, dans lequel il aidait les femmes. U allaii puiser de l'eau à la source; pilait le doura , espèce de millel