II
Luxation spontanée.
Chez la jeune malade sur laquelle ont été pris les dessins que je viens de montrer, il existait une luxation spontanée. Mais cette luxation ne causait qu'une faible partie du raccourcissement.
En effet, si, dans la position que je recommande comme la plus favorable au diagnostic, il y avait une différence de 30 centimètres entre la hauteur du talon du côté malade et celle du talon du côté sain, ce raccourcissement considérable ne devrait
être imputé que pour 2 centimètres environ à la luxation.
Pourquoi?
C'est que les déplacements spontanés qui surviennent dans les maladies scrofuleuses de la hanche ne ressemblent point aux luxations traumatiques. Dans ces dernières, la tête du fémur franchit le rebord cotyloïdien qui reste intact. Dans les premières, ce rebord est détruit par une ulcération profonde, et la tête du fémur se déplace en remontant dans le cotyle ulcéré et agrandi du côté de la fosse iliaque externe. Il y a bien une luxation ; mais il n'y a pas abandon de la cavité normale ni transgression au delà du rebord de cette cavité. Cette ascension du fémur ne va jamais au delà de 2 à 3 centimètres.
Pour faire bien juger de ces dispositions anatomiques, je fais passer sous vos yeux plusieurs os des iles dans lesquels vous pouvez reconnaître l'agrandissement et la déformation du cotyle. L'un d'eux surtout est aussi précieux que rare. La tête du fémur conservée y est soudée avec la partie supérieure de l'acétabulum ulcéré et agrandi : il y a tout à la fois luxation et ankylose, et il existe un vide entre le rebord inférieur du cotyle et la tête du fémur soudée à 1 centimètre au-dessus de sa place normale.