ÉTUDE CLINIQUE
Il était raisonnable de penser que la maladie n’était pas limitée seulement à la Haute-Savoie, à quelques cantons de la Suisse et à une province italienne comme le disait Penso en écrivant : « Je suis certain que, si on la cherchait ailleurs, on la trouverait; car il me paraît étrange que cette maladie, qui semble être en rapport si étroit avec les porcs, ne soit pas répandue dans d’autres régions où l’on fait de grands élevages de porcs, à moins que des conditions spéciales de climat, d’altitude ou d'hôtes intermédiaires n’entrent en jeu dans la pathogénie de la maladie ».
Le Docteur Cayla avait en effet observé des cas de ce syndrome méningé assez bizarre chez des personnes en contact répété, habituel et immédiat avec des pores, évoluant d’une manière tout à fait particulière, et se terminant par la guérison, quand un article médical tomba sous ses yeux et lui donna la clef de l’énigme en décrivant succinctement les trois phases caractéristiques de cette maladie.
Elle évolue en effet d’une façon tout à fait cyclique ;
débutant par une période typhique, elle se termine sur un
oh
syndrome méningé, les deux phases étant séparées par une courte rémission de tous les symptômes.
Les observations rapportées dans ce travail sont en complet accord avec les descriptions cliniques déjà données de la maladie. Tous les symptômes décrits s'y
retrouvent. Nous allons les rappeler brièvement : Incubation
La plupart des auteurs affirment que la période d’incubation est comprise entre quinze et trente jours, d’après de nombreuses observations, dont quelques unes de très caractéristiques à ce sujet, tel ce plombier qui avait travaillé quinze jours dans une porcherie et qui fit la maladie quinze Jours après. Ceci semble être confirmé par les observations Tet IT, où le « védelier » commence sa maladie trois semaines environ après avoir soigné les cas qui sévissaient chez ses cochons.
Cette incubation paraît assez silencieuse ainsi que la période d’invasion ; dans l’observation I on relève une légère inappétence dans les jours qui ont précédé la maladie, Cette anorexie relative est déjà notée par Urech et L. Bouchet, qui mentionnent aussi une légère céphalée, quelques douleurs musculaires, parfois quelques troubles abdominaux ou une sensation de lassitude, le travail devenant pénible.
En règle générale le début est brusque, presque pneu-
monique, d'emblée on est à la période d'état.
Tire Période d'état
Elle est caractéristique, comprend trois phases tout à fait distinctes.
La première phase ou phase intestinale a une allure presque typhoïdique. La température se maintient à 39, le pouls à 100-110.
Déjà la céphalée est constante, ainsi que les douleurs musculaires, surtout lombaires. Le faciès est violacé, cyanosé (cyanose surtout marquée aux oreilles), c’est là un signe presque pathognomonique évocateur de la maladie ; la sudation abondante. Dans la majorité des cas il existe une conjonctivite réalisant tous les degrés : parfois légère demandant à être recherchée soigneusement, d’autres fois, franchement purulente.
Souvent on note quelques épistaxis, peu abondantes, répétées.
Urech décrit aussi une tendance aux hémorragies pendant cette période : outre l’épistaxis déjà signalée, il a observé des hématuries, du mœlena, des petites hémoptysies à la suite d’une quinte de toux.
Mais les signes digestifs et intestinaux dominent. La langue est saburrale, les selles sont diarrhéiques, fétides (H. Bouchet compare leur odeur à celle des déjections de porc), peu nombreuses toutefois. Les urines sont albumineuses ; Urech a même observé des cas avec
cylindrurie et signes d'atteinte rénale.
L'examen objectif montre un abdomen ballonné, météorisé, avec quelques gargouillements de la fosse
iliaque droite qui est parfois douloureuse.
Bien souvent on trouve un foie et une rate augmentés de volume mais ce signe paraît faire défaut quelquefois. Jamais on n’a signalé aucun ictère ou subictère de la peau ou des muqueuses. |
A la fin de cette phase, vers le troisième jour, apparaît un exanthème spécial maculo-papuleux, rosé, siégeant à l’abdomen, les flancs et la face interne des cuisses, qui persistera 5-6 jours. Pendant ce temps le malade est abattu, prostré, dans les cas légers c’est une sorte d’apathie, dans les cas Imtenses, c’est presque le « tuphos ».
La durée de cette phase est de quatre jours, parfois elle est écourtée de quelques heures.
Puis survient la phase de rémission : la température tombe brusquement à 370. Le malade est apyrétique, «se sent bien » d’après l'expression de Penso.
Cette phase dure de un à trois jours, 48 heures ordinairement. « C’est là que le médecin apparaît comme un prophète, comme l'écrit H. Bouchet, quand il dit à la famille après demain vous me rappellerez ».
En effet à cette rémission apparente fait suite la
troisième phase de la période d'état.
HO La phase méningée
La température remonte entre 40 et 41 et s’y maintiendra de cinq à huït jours, le pouls restant aux environs de 90, il y a donc dissociation du pouls et de la température. La céphalée devient aiguë, généralisée, avec parfois paroxysmes. Les signes méningés sont nets : raideur de la nuque, signe de Kernig, de Brudzinski, absence de paralysie périphérique ou des paires crâniennes et de signes oculaires sauf une photophobie assez marquée. Le malade conserve sa lucidité.
La ponction lombaire qui a toutefois l’avantage de soulager le malade, donne peu de renseignements cliniques. Le liquide céphalo-rachidien est clair, non hypertendu.
A la clmique médicale de Genève, on a pu constater toutefois que dès le début de cette phase méningée, le liquide céphalo-rachidien est moiré, hypertendu (plus de 60 cm.au manomètre de Claude), avec une réaction cellulaire importante à prédominance Ilymphocytaire et hyperalbuminose. Mais ces modifications sont transitoires et reviennent vite à la normale. Au point de vue chimique les chlorures ne sont pas modifiés, la glycorachie normale ou presque, un peu élevée au début. L'étude bactériologique n’a donné aucun résultat aucun germe n’a jamais été trouvé, soit à l’examen direct,
soit en culture, soit par inoculation. Les réactions biolo-
giques y sont entièrement négatives. À noter aussi au
AD
point de vue sanguin au cours de cette phase une leucocytose (12.000 à 13.000 éléments) avec polynucléose (70-80 %).
Cette phase dure en moyenne de 5 à 8 jours, et la température revient à la normale plus ou moins vite ; parfois cependant la défervescence se fait en lysis. Quelquefois aussi les signes méningés et la céphalée persisteront encore quelques jours comme dans l’observation I.
Quoiqu'il en soit, malgré le caractère dramatique de cette symptomatologie, l’évolution est toujours favorable et le pronostic à porter toujours bénin ; aucun incident n’a été décrit; la maladie guérit sans séquelles autres que le souvenir d’une céphalée terrible, dont l’ancien malade ne parlera qu'avec crainte.
Et comme le dit H. Bouchet : « Au lieu d’affoler ‘une famille en annonçant un pronostic fatal, on peut dans ces cas, avec les réserves pour une erreur possible, assurer la guérison, écarter le spectre de la mort et épargner
des angoisses inutiles ».
Formes cliniques
Tel est rapidement tracé le tableau de la forme classique de la maladie des porchers. Cependant il paraît y avoir des cas où elle n’évolue pas d’une façon aussi caractéristique, aussi facile à diagnostiquer. Certaines formes
peuvent être incomplètes : L. Bouchet a observé un cas
Al —
où la phase méningée faisait défaut ou du moins passait presque inaperçue. De même le Docteur Payet de Seyssel a observé deux malades, le père et la fille contaminés à 15 jours d'intervalle à la même porcherie ; chez le premier la méningite fut nette ; elle fit défaut chez la seconde.
De même Charleux n’a jamais noté de rémission thermique nette chez certains malades.
D’après l'étude expérimentale et l’inoculation à l’homme il semble qu’il y ait aussi :
— des formes grippales,
— des formes à type d’embarras gastrique.
Là plus que jamais la recherche systématique de la conjonctivite, de la cyanose, de l’éruption, associées aux troubles digestifs et à la profession du malade oriente-
ront le diagnostic.
Cayla 4