Ô NOUVELLES OBSERVATIONS
époque où nul ne pouvait supposer que ces organes feraient un jour Tobjet d'une contestation quelconque. Ainsi que le prouvent irréfutablement les figures que nous reproduisons, M. Decaisne n'observe pas VAcanthellay mais calque grossièrement la silhouette de la fleur que représente le mémoire de M. Triana, sans le citer, bien entendu; et comme les sépales le gênent pour le besoin de sa déplorable cause, il les tronque, supprime leur sommet chargé de quelques fines dentelures ou de poils, et les remplace par des sinuosités obtuses qu'il rend semblables à celles du bourrelet de la fleur des Olinia. Quelle humiliation !
Les autres parties de la fleur des Olinia ont moins d'importance que le gynécée, et je n'en parlerais même pas ici si M. Decaisne n'avait commis des erreurs sur chacune d'elles. Il définit les organes que je considère comme les pétales : Squamce calycis tubo adnatœ. Or, ces organes sont parfaitement libres et ne sont adnés à rien ; ils s'insèrent sur le tube par une base atténuée en coin. Ailleurs il les appelle : « Écailles staminifères ; y> ce qui voudrait dire que ces organes portent les étamines. Or, les étamines sont tout à fait indépendantes de ces appendices, insérées un peu plus intérieurement qu'eux et souvent séparées d'eux par un très-étroit repli du tube ; de sorte que les écailles se détachent sans que les étamines les suivent, ce qui prouve surabondamment qu'elles ne les portent pas. Quant aux étamines, M. Decaisne les compare à celles des Chamselauciées; mais il les a si mal observées, qu'il représente le sommet de leur connectif (fig. 5) comme aigu et convexe, tandis qu'il est surmonté d'une petite cupule (1), et surtout qu'il les donne comme sessiles, parce que le filet, très-net cependant, est trop court pour qu'il le voie. Pour l'ovaire seuleriient, il est rentré dans la réalité en reconnaissant comme alternes aux étamines les loges qu'il avait à tort, dans son Traité^ considérées comme opposées ; mais il se garde de dire que c^est moi qui ai démontré le fait.
Reviendrai-je sur cette innocente manie de' multiplier les
{\) Quoiqu'il dise : « légèrement concave au sommet, mais non glanduleux. »
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espèces dont j'ai parle à propos des Poraacées et dont M. Decaisne est certainement obsédé? Son petit factum se termine par la description de cinq espèces d'Olinia. Il y en a une d'Abyssinie, YO. Rocheliana A. Juss., dont la conservation n'étonnera personne. M. Oliver, botaniste infiniment supérieur à M. Decaisne et membre de la Société royale de Londres, dit cependant d'elle : « It is probably identical with 0. cymosa. y>
Pour MM. Bentham et Hooker, Harvey et Sonder, Oliver, en un mot pour une foule de botanistes auxquels M. Decaisne ne voudrait pas, je pense, se comparer , VO. cymosa de Thunbei^ constituait une seule espèce avec des variétés assez nombreuses, comme il arrive d'une plante qui croît au Cap dans des conditions de milieu très-variables. Mais M. Decaisne éprouvait le besoin de se placer, comme dit Payer, <r au rang de ceux qui contribuent à rendre la botanique impossible. y> Le malheureux 0. cymosa constitue alors à lui seul quatre espèces. Pourquoi pas autant que d'échantillons ? La culture fait-elle varier la forme et la taille des bractées, le nombre des fleurs, la forme et la longueur des pétales, tout cela constitue autant d'espèces. Le véritable 0. cymosa a les inflorescences plus denses, et VO. capensis a le tube floral rétréci sans l'être (subconstricto) au sommet. Que les feuilles soient plus ou moins étroites et aiguës, avec des bractées plus obovales ou plus spathulées, la plante devient un 0. acumhiata (je ne parle pas des fruits, parce que le plus souvent ils ne sont pas dans les herbiers à l'état de complète maturité). Enfin, quel'O. ac?«mmaf a s'appauvrisse dans un terrain probablement aride, que toutes ses parties deviennent plus grêles, ses inflorescences et ses fleurs plus petites, ses bractées en général plus courtes, et voilà encore une espèce nouvelle, car il fallait bien qu'il y eût aussi un Olinia micrantha Dcne.
Mais ces questions sont sans grande importance pour la science et, si tort il y a, il est léger et mérite toute indulgence. M. Decaisne a un autre tort, mais bien plus grave, c'est de mal observer^ de deviner plus souvent qu'il n'observe, et de vouloir ensuite imposer seS erreurs aux autres. Or, dans les sciences
d'observation , un débutant qui voit les choses comme elles sont est supérieur, quoi qu'on fasse, au plus haut dignitaire et fonctionnaire qui les observe de travers. Qu'un botaniste militant comme moi, qui fait de la science par goût et je dirai même pour son plaisir, se trompe à chaque pas et mérite tous les reproches de M. Decaisne et bien d'autres, la chose importe peu, personne n'étant forcé d'accepter sa manière de voir, et son caprice ne pouvant rien contre ceux qui sont d'un avis contraire au sien. Mais quand on pontifie à l'Académie et au Muséum, les erreurs sont bien autrement dangereuses (4), parce que l'imprudent qui ne s'incline pas devant elles compromet toute sa carrière et risque fort de mourir de faim.
Seulement, les temps changent, et M. Decaisne sera bientôt désillusionné, s'il a cru qu'il n'y a dans ce monde que des âmes de candidats qui se fassent un plaisir et un honneur de leur propre abaissement. La vérité seule a droit à nos hommages. Je sais bien que le digne entourage de M. Decaisne s'en va annonçant que, pour lui avoir déplu, je suis assuré d'être à tout jamais écarté des honneurs, des académies et en un mot de quoi que ce soit. J'ai déjà répondu que « pour les gens sérieux, le succès ne justifie rien. » J'ajoute que les académies peuvent rejeter de leur sein un homme et plusieurs hommes, sans être pour cela exposées à périr, mais que les erreurs des académiciens sont d'un mauvais exemple et produisent parfois des résultats dangereux et iiTéparables. Si M. Decaisne a mal agi jusqu'ici, qu'il le reconnaisses cessedenuire. S'il s'est trompé, ce qui arrive à tout le monde, qu'il avoue simplement son erreur. C'est évidemment le seul moyen qu'il ait de sauver sa mémoire scientifique de bien des écueils menaçants. Car aujourd'hui la foi ne saurait s'imposer ; il ne suffit pas « d'affirmer de la manière la plus absolue, » il faut prouver, et celui qui, s'égarant lui-même, égare forcément les autres, perd
(!) Ainsi je ferai prochainement voir quel tort il a de donner des Rhamnacécs une caractéristique générale telle qu'il vient de la préposer et qui, si elle était adoptée, ferait certainemeut reculer la science d'un demi-siècle.
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SUR LES OLINIA. 33
bientôt tout crédit parmi les observateurs et n'inspire plus <ju'un simulacre intéressé de confiance et de respect.
De plus, cette défiance s'étend bientôt à la science qu'on représente et la déconsidère aux yeux des autres savants.
Quelle confiance auront, par exemple, les chimistes comme M. Payen, quand un botaniste comme M. Decaisne leur aura fait nommer Dialose (\) une substance qui se trouve dans des Gleditschia ou des Gi/muocladiis, en leur affirmant que ce ^ont des Dialium (2) ?
Quelle confiance pourront avoir les Aoristes comme M. de Soland, après que M. Decaisne leur aura affirmé qu'une rose indigène de la section des Provins, le Rosa Borœana, est le R. nmcrantha^ espèce d'une section aussi éloignée que possible, celle des Caninre (Collmœ) (3) ?
Quelle confiance conserveront les agriculteurs, après que M. Decaisne, leur ayant affirmé l'identité du Tripsacum et du Reana (4), ils se ruineront en plantant leurs terres de ce dernier qui gèle à 4 degré au-dessous de zéro, croyant avoir affaire au premier qui est une plante vraiment rustique (5) ?
Quelle confiance inspireront aux pharmaciens les botanistes, quand l'un de ces derniers, M. Decaisne, leur aura dit que les galles de Chine sont produites par un Distylium japonais, alors qu'on les récolte uniquement sur un Sumac chinois (6) ?
Quelle confiance encore restera aux médecins, déjà trop -enclins à dédaigner les botanistes, quand M. Decaisne leur aura affirmé que c'est de l'écorce du Quinquina Calisaija qu'on extrait en première ligne la Brucine (7) ?
Je cite ces quelques faits à peu près au hasard, et je ne parle pas des botanistes, surtout des jeunes botanistes, dont l'opinion ^st faite. L'un d'eux, M. de Cordemoy, esprit juste et fin,
(1) Ann. se. nat, sér. 5, VI, 22 L
(2) Voy. Compt. rend. Assoc, franc. ^ UI, 418.
(3) Ann. Soc. Linn. Maine-et-Loire (1867), 160.
(4) Gardenefs Chronicle, 29 avril 1876.
<5) BulL Soc. Linn. Par., 105, 108, 125, liô. (6) GuiB., Drog. simpl., éd. 6, IIl, 503.
<7) Man. de Vamat. dejard., 1, 355 (1862).
Si NOUVELLES OBSERVATIONS
assurait que le livre de M. Decaisne renfermait en moyenne une erreur à chaque ligne. J'essayai en vain de le reprendre et de lui montrer qu'il exagérait, comme font souvent les jeunes gens. Il tint bon et m'offrit de parier qu'il n'avait rien avancé d'excessif. Je pariai et.... je perdis, et je n'eus plus désormais confiance en la science de M. Decaisne.
C'est encore à lui que le lecteur devra s'en prendre de la longueur de cet article. M. Decaisne avait bourré son attaque de tant de faits divers, que ma défense a dû les repousser tour à tour. Il vaudrait mieux pour les botanistes que le prochain assaut de M. Decaisne ne portât que sur un seul point h la fois. Je pourrais répondre en quelques lignes ; il aurait donc tout à gagner. Il sait bien, d'ailleurs, que de toute façon il n'y perdra rien ; je tiendrai scrupuleusement la promesse que je lui fis, en 1875 (1), a: de repousser désormais toutes les attaques, ouvertes ou non, qu'il dirigera contre moi. ^^ J'y mets cependant une condition, par égard pour le public : c'est que nous n'aurons plus à discuter sur des textes falsifiés.
Note additionnelle de M. Faguet.
M. Decaisne m'ayant, je ne sais dans quel but, mêlé à la discussion qui précède, je crois devoir lui déclarer que, chargé par M. Bâillon de reproduire ses croquis relatifs à YOlinia, je n'ai reporté sur bois que parce que j'ai vérifié qu'ils étaient tels dans la nature : les pétales comme valvaires et les ovules comme ascendants, avec le micropyle en bas et en dehors. Je m'offre à les lui montrer tels aussitôt qu'il le désirera ; mais^ je ne lui permets pas d'écrire que j'ai « représenté un ovule pendant à micropyle dirigé en dedans » dans la figure 426 du volume VI de Y Histoire des plantes ; ce qui serait le contraire de la vérité.
(1) Adamonia, XI, 284.