ODE PREMIERE
iVlEs yers , yoici Tinstant de déployer yos ailes. Cherchez d'un même essor les vo&tes immortelles ^
Le moment est propice... Allons !
La foudre en grondant vous éclaire ,
Et la tempête populaire
Se liyre au vol des aquilons !
Pour qui réya long-tems le jour du sacrifice , Oui , l'heure où vient l'orage est une heure propice j
Mais moi , sous un ciel calme et pur,
Si j'ayais , fortuné génie ,
Dans la lumière et Tharmoïiie
Vu flotter vos robes d'azur j
Si nul profanateur n'e&t touché vos offrandes; SI nul reptile impur , sur vos chastes guirlandes
N'eût traîné ses nœuds flétrissans;
Si la terre , k votre passage ,
N'eût exhalé d'autre nuage
Que la vapeur d'un doux encens;
ODE I
J^aurais béni la Muse et chanté ma victoire.
J'aurais dit au poète , élance vers la gloire : « O ruisseau ! qui cherches les mers , « Goule yera Focëan du monde tt Sans craindre d!y mêler ton onde } a Car ses flots ne sont pas amers. »
Heureux qui de Toubli ne fuit point les ténèbres ! Heureux qui ne sait pas' combien d'échos funèbres
Le bruit d'un nom fait retentir !
Et si la gloire est inquiète !
Et si la palme du poète
Est une pahue de martyr!
Sans craindre le chasseur , Forage ou le vertige , Heureux l'oiseau qui plane et l'oiseau qui voltige !
Heureux qui ne veut rien tenter !
Heureux qui suit ce qu'il doit suivre !
Heureux qui ne vit que pour, yivre , Qui ne chante que pour chanter !
Vous , 6 mes vers , adieu ! cherchez yotre fumée !
Bientôt , sollicitant ma porte refermée , Vous pleurerez , au sein du bruit , Ce tems où , cachés sous des ToSies ^ Vous étiez pareils aux étoiles Qui ne brillent que pour la nuit ;
Quand , tour à tour, prenant et rendant la balance Quelques amis , le soir , tous jugeaient en silence y
Poètes , par la lyre émus ,
Qui fuyaient la ville sonore ,
ODE I
Et transplantaient les fleurs d^Isaure Dans le jardin d'Académus.
Comme un ange , porté sur ses ailes dorées , Vous Teniez , murmurant des paroles sacrées , Pour abattre et pour relever, Vous disiez , dans yotre délire , Tout oe que peut chanter la lyre , Tout ce que l'ame peut réyer.
Disputant un prix noble en une sainte arène ,
Vous laissiez tout l'Olympe aux fils de THypocrènc ,
Rivaux de votre ardent essor ^
Et , comme l'amant d'Atalante ,
Pour rendre leur course plus lente ,
Vous Içur jetiez les pommes d'or.
On vous voyait , suivis de sylphes et de fées y Liant d'anciens faisceaux à nos jeunes trophées , Chanter les camps et leurs travaux , Ou pousser des cris prophétiques y Ou demander aux tems gothiques Leurs vieux contes , toujours nouveaux.
Souvent vos luths pieux consolaient les couronnes , Et du haut du trépied vous défendiez les trônes -,
Souvent y appuis de l'innocent y
Comme un trihut expiatoire ,
Vous mêliez , pour fléchir l'histoire ,
Une larme à des flots de sang.
Cen est fait. Maintenant, pareils aux hirondelles, Partez^ qu'un même but vous retrouve fidèles*
ODE I
Et moi y pourvu qu^en vos combats De Yotre foi nul cœur ne doute j Et qu'une ame en secret écoute Ce que tous lui direz tout bas ;
Pourvu, quandsurles flots, en vingt courans contraires, L^ouragan chassera vos voiles tëmëraires ,
Qu'un seul ami , plaignant mon sort ,
Vous voyant battus de l'orage ,
Pose un fanal sur le rivage ,
S'afQige , et vous souhaite un port^
D*an œil moins désolé je verrai vos naufrages } Mais le temps presse, allez ! rassemblez vos courages!
11 faut combattre les méchans.
C'est un sceptre aussi que la lyre !
lo A MES VERS. ODE I.
Dieu , dont nos âmes sont Pempire ^ Â mis UH pouvoir dans les chants !
Le poète , inspiré lorsque la terre ignore y Ressemble à ces grands monts que la nouyclle aurore
Dore avant tous à son réveil ,
Et qui y long-tems vainqueurs de l'ombre ,
Gardent jusque dans la nuit sombre
Le dernier rayon du soleil.
Muse ! contemple ta yîctime !
De Lahartiiie. VEnÛiousiasmc,
Ah'! cenx que ravissent w& chants sont loin de croire à Tamertume qui ronge son cœur !
Th. Moore. MéLodiea irlandaises.