‹ Nouvelles odesChapitre 4 sur 51 · ODE SECONDE · texte numérisé non relu

ODE SECONDE

Qu'il passe en paix , au sein d'un monde qui Tignore , L'auguste infortuné que trop d'ame déyore !

Respeùtez ses nobles malheurs 5 Fuyez , 6 plaisirs vains , son existence austère ^ Sa palme qui grandit , jalouse et solitaire y

Ne peut croître parmi Tt^s fleurs.

i4 LE POÈTE.

Il souffre assez de maux , sans y joindre vos joies ! Chaque pas qui renfonce en de sublimes voies ,

Par une douleur est compté ^ Il pleure sa jeunesse ayant l'âge envolée , Sa TÎe , humble roseau , qui se courbe , accablée

Du poids de l'immortalité.

Il pleure, 6 belle enfance, et ta grâce et tes charmes, Et ton rire innocent et tes naïves larmes ;

Ton bonheur doux et turbulent^ Et y loin des vastes cieux , l'aile que tu reposes , Et, dans les jeux bruyans, ta couronne de roses

Que flétrirait son front brûlant !

Il accuse et son siècle , et ses chants , et sa lyre , Et la coupe enivrante où , trompant son délire ,

La gloire verse tant de fiel !

Et ses voeux , pounui^ant des promesses funestes ,

ODE IL i5

Et son cœur y et la Muse , et tous ces dons célestes , Hélas ! qui ne sont pas le ciel !

Àli ! si du moins couche sur le char de la vie , L'hymne de son triomphe et les cris de Tenyie

Passaient , sans troubler son sonuneil !

S'il pouvait dans Foubli préparer sa mémoire ! Ou , Yoilé de rayons , se cacher dans sa gloire ,

Comme un ange dans le soleil !

Maïs sans cesse il faut suivre , en la commune arène, Le flot qui le repousse et le flot qui Tentraine !

Les hommes troublent son chemin !

Sa Toix grave se perd dans leurs vaines paroles , Et leur fol orgueil mêle à leurs jouets frivoles '

Le sceptre qui pèse à sa main !

Pourquoi traîner ce roi si loin de ses royaumes ? Qu'importe à ce géant un cortège d'atomes?

i6 LE POÈTE.

Fils du monde , c'est vous qu'il fuit. .

Que fait à Flmmortel votre éphëmère empire?

Sans les chants de sa voix , sans les sons de sa lyre,

N'avez-vous point assez de bruit?

Laissez-le dans son ombre où descend la lumière. — Savez-Yous qu'une Muse , épurant sa poussière ,

Y charme en secret ses ennuis^

Et que y laissant pour lui les étemelles fêtes , La colombe du Christ et Taigle des Prophètes Souvent y visitent ses nuits.

Sa veille redoutable , en ses visions saintes , Yoit les soleils naissans et les sphères éteintes

Passer en foule au fond du ciel; Et, suivant dans l'espace un chœur brûlant d'archanges , Cherche, auxmondçslointains, quelles formes étranges

Y revêt l'Être universel.

Sayez-Yous' quç see yeux ont des reg&rds de flamme? Sayes-Yous que le yoile , étendu sur son ame*,

Ne se lèye jamais en yain?

De lumière dorëe et de flammes rougîe , Son aile , en un instant, de Tinf^male orgie

Peut monter au banquet diyîn.

Laissez donc loin^ yous , 6 mortels téméraires , Gelai que le Smgneur marqua , parmi ses frères ,

De ce signe funeste et beau / £t dont Tœil entreYoit plus de mystères sombres Que les morts effrayés n'en lisent , dans les ombres ,

Sous la pierre de leur tonjbeau !

Un jour Yient dans sa yie , où la Muse elle-même , D^un sacerdoce augu^t^armant son luth suprême ,

i8 LE POETE. ODE II.

L'envoie nu wsmàe ivre de sang , Afin que , nous sauvant de notre propre audace , n apporte d*en haut à Fhomme qui menace

La prière du Tout-Puiscteint.

Un formidable esprit descend dans sa pensée y 11 parait ; et soudain , en éclairs élancée ,

Sa parole luît comme un feu^ > Les peuples prosternés en foule l'environnent ^ * Sina mystérieux y les foudres le couronnent ,

Et sou front porte tout un Dieu I

Ferrea vox, Virgile.

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