DE
M°" L'ÉVÈQLE D'ORLÉAMS
PROXOXCK A l'assemblée XATIOXALE
LE 20 J A.WILR 1 8"3
SLR L'EXSEIGNEMEiVT SECOXDAIRE
Messieurs,
S'il n'y avait ici qu'une question de personne, je ne voudrais pas demander à l'Assemblée la permission d'y intervenir. Je n'ai aucun goût d'attaque à cette tribune «entre les personnes; mais il y a ici un intérêt bien pRis grave. De même que sous cette simple question du grec et du latin se trouve la grande question des bumanités, c'est-à-dire, au jugement des plus grands esprits, des plus illustres ministres de l'instruction publique, la question même de la haute éducation intellectuelle en France : de même, sous cette question de légalité, si élevée déjà au-dessus des personnes, se trouve, en dehors de toutes nos vieilles querelles, la grande question de l'autorité et du respect dans l'éducation publique. (Très-bien! très-bien!)
Voici ce qui est ici en cause; voilà ce qui m'a touché, et me détermine à prendre la parole dans ce qui est
une grande discussion de principe en même temps qu'une question de légalité, et à rechercher sincèrement avec vou* quelle est ici la vérité simple, la vérité vraie.
Eh bien, la vérité m'oblige à dire tout d'abord qu'il m'est impossible de ne pas voir dans l'acte de M. le ministre de l'instruction publique une violation flagrante de la loi sur l'enseignement; et le discours que je viens d'entendre ne fait que m'affermir dans cette conviction.
Si les principes que M. le ministre de l'instruction publique a soutenus et développés devant vous subsistaient, ce ne seraient plus l'autorité et le respect de la loi qui présideraient en France à l'éducation, ce serait la volonté d'un seul homme, ce serait l'arbitraire. (Trèsbien! très-bien! adroite.)
Pour vous en donner la preuve, Alessieurs, je suis obligé de reprendre ce dont, à mon avis du moins, M. le ministre de l'instruction publique ne s'est pas assez occupé dans son discours. Je ne le suivrai donc pas dans toutes les digressions fort éloquentes qui ont passé sous vos yeux ; je me bornerai à examiner de près la question légale.
Et, pour ma part, il me semble impossible de ne pas arriver à la conviction où je suis qu'il y a eu là une violation flagrante de la loi. Pour cela, il me suffirait de mettre en présence la loi et l'acte de M. le ministre. M. Johnston vous a dit les textes de la loi; je ne les redirai pas. j\Iais, à côté de ces textes, je vous demanderai la permission de mettre sous vos yeux ce qu'était
le programme même des études officiellement, légalement établies depuis 1865 dans les lycées et collèges de l'État.
Le voici tel qu'il est formulé dans les documents officiels de l'instruction publique.
Ce règlement et ce programme exigent :
1" Le tbème latin jusqu'en seconde inclusivement; le tbème grec en quatrième ; 2" les vers latins en troisième, en seconde, en rbétorique; 3" les discours latins en rbétorique; -i" sept classes par semaine pour les lettres eu seconde; 5° cinq classes pour les lettres en rhétorique; 6" une classe pour l'bistoire et la géographie en troisième; 7° une classe pour l'histoire et une classe pour la géographie en seconde et en rhétorique.
Voilà ce que portait le programme officiel des études.
Et maintenant, qu'a fait M. le ministre? Il supprime les compositions en thème latin à partir de la cinquième pour toutes les classes; dans toutes les classes aussi il supprime les vers latins purement et simplement; il supprime la moitié des compositions latines en troisième, seconde et rhétorique; il supprime à peu près la moitié des versions écrites dans toutes les classes; enfin il supprime dans toutes les classes de latin deux classes par semaine, une troisième tous les quinze jours, ce qui fait cent classes de sujyjjriiuées par an jwiir les lettres; et tout cela malgré le règlement formel et le programme arrêté que je viens de vous lire, qui fixe l'ordre des classes et des études, comme vous l'avez entendu. (Mouvements divers.)
Dire après cela qu'il n'a pas changé les règlements
des études dont parle l'article 5 de la loi de 1850, c'est absolument impossible; ajouter que tous ses prédécesseurs, et, comme il l'a dit lui-même dans la commission dont il nous a rappelé le souvenir, que tout prox'iseur aurait le droit de faire ce qu'il a fait, la vérité ne permet pas de le dire : c'est nier l'évidence des faits, c'est oublier tout à la fois, c'est violer et le texte des programmes et le texte des circulaires. M. le ministre a donc formellement violé la loi qui porte que l'avis du Conseil supérieur est nécessaire pour tout règlement relatif aux programmes d'études dans les écoles publiques.
Il y a une autre violation manifeste et dont il a été question dans le discours que vous avez entendu; mais ce qui a été dit à cet égard s'est perdu, du moins à mes yeux, dans une multitude de détails, et j'ai besoin de remettre sous vos yeux des points précis, positifs, sans m'éloigner du sujet que je traite essentiellement et uniquement, et qui est la question de légalité.
Je ne suivrai pas W. le ministre dans tous les grands traits d'éloquence où il s'est laissé entraîner et nous a entraînés nous-mêmes. (Interruptions et rumeurs à gaucbe.)
Je le dis sérieusement. Messieurs; j'ai trouvé M. le ministre très-éloquent; mais je n'ai pas trouvé qu'il traitât la question. Cela peut se dire sans offenser personne. (Alarques d'approbation à droite.)
AI. LE MINISTRE DE l'INSTRUCTION PUBLIQUE. A COUp
sûr, sans m'offonser.
Mgr Dlpaxlglp. — Je n'en ai en rien l'intention.
OKLV UES ORATOIRES. 5V5
\L LE MIMSTRE DE l'iXSTRL'CTIOX PUBLIQUE. C'est
incontestable!
Mgr Dupa.mloup. — J'ajoute qu'il y a une seconde violation nianifeslo de la loi, violation qui est relative non plus seulement au programme d'études, mais au programme d'examens.
M. le ministre reconnaît lui-même dans sa circulaire qu'il n'a pas le droit de toucher aux programmes d'examens, et dans le discours qu'il a tenu la semaine dernière il disait : « Vous pensez que les programmes « d'études doivent être faits par le Conseil; j'ai l'hon- » neur de vous déclarer que je le pense aussi, d
Eh bien, malgré ces déclarations, et en dépit de la loi, AI. le ministre a touché, a changé les programmes et les règlements d'examens.
Car enfin il est évident que ces règlements sont identiques aux règlements d'études ou au moins absolument corrélatifs, et qu'en touchant aux règlements d'études, on touche nécessairement aux programmes d'examens. Le bon sens indique qu'il est absolument impossible de maintenir dans les uns ce qu'on supprime dans les autres. J'en citerai quelques exemples.
M. le ministre nous a parlé du programme d'examen pour la licence es lettres. Ce programme exige le thème grec, le discours latin, les vers latins. Comment voulezvous que les candidats puissent se présenter et remplir ces conditions, si on ne leur a jamais fait faire ni thème grec, ni discours latin, ni vers latins?
J'en dirai autant des élèves de l'Ecole normale pour l'examen qu'ils ont à subir, quand ils se présenteront
546 XOLVELLES OEUVRES CHOISIES.
pour y entrer. Il en est de même que pour la licence es lettres : le thème grec, le discours latin, les vers latins sont exigés. Comment roulez-vous que les candidats s'y prennent si le programme d'études a été changé ?
Pour le doctorat lui-même, il faut une thèse latine : comment pourra-t-on le passer?
Mais il y a quelque chose de plus présent et de plus pressant : c'est le programme pour le baccalauréat.
Le programme du baccalauréat exige une x^ersion latine et une dissertation latine. Mais comment ces jeunes gens pourront-ils subir cette double épreuve si, pendant toutes les classes qui précèdent, ils n'ont fait ni thèmes, ni presque de versions écrites, enfin si on a supprimé la moitié des compositions latines? Je dis que tout cela ce sont des impossibilités. Comment feront les trois ou quatre mille jeunes gens qui se présenteront cette année pour subir l'examen du baccalauréat?
J'en dis autant pour la licence es lettres. On me répondra : « Mais les jeunes gens qui se présentent à la » licence es lettres font une préparation spéciale. «
Je le nie : cela n'est pas nécessaire. Il m'est arrivé, quand j'étais supérieur du petit séminaire de Paris, de présenter à la licence es lettres des jeunes gens sortant de rhétorique. Ils furent tous reçus avec grand succès. Mais si pendant l'année de rhétorique ils n'avaient fait ni thèmes, ni versions, ni vers latins, ils n'auraient pas été reçus. Il en sera ainsi cette année pour le baccalauréat. Que deviendront tous ces jeunes gens qui se
présenteront à la fin de l'année sans avoir la préparation nécessaire pour l'examen qu'ils doivent subir?
M. le ministre nous a donné sur tout cela des explications, que j'ai suivies avec la plus grande attention. Déjà, il y a deux jours, dans le discours que nous avons entendu en réponse à celui de M. le duc de Broglie, M. le ministre, pour expliquer et atténuer la gravité et la portée de sa circulaire, nous disait ces paroles :
« Pour vous le démontrer particulièrement par un 5) fait qui ne peut être contesté, toute la circulaire dans 1' laquelle j'ai supprimé une composition de thème, eh " bien, dans cette circulaire j'ai bien dit : telle classe se » fera à telle heure, je conseille de faire le thème de lî telle façon : j'ai bien avoué mon opinion, que je ne V dissimule pas, sur l'utilité des vers latins, d
Voilà comment M. le ministre a expliqué sa circulaire ; voilà à quoi il l'a réduite. Eh bien, il me permettra de le lui dire, AI. le ministre parlait l'autre jour de sa complète naïveté; pour ma part, ce qui me frappe, dans sa parole, ce n'est pas sa naïveté, c'est, qu'il me pardonne de le dire, sa merveilleuse souplesse (Rires à droite.), une souplesse, une prestesse, et un art d'atténuer, de transformer, de métamorphoser les choses, qui font que les plus énormes disparaissent sous sa main et s'évanouissent tout à coup. (Xouveaux rires sur les mêmes bancs.)
Ainsi, voilà une circulaire dont toute la presse a retenti : tout le monde, partisans et adversaires, y a vu des réformes considérables, profondes, radicales; et il fallait bien qu'elles fussent telles, pour que M. le mi-
nistre ait trouvé qu'elles avaient une si grande urgence. Eh bien, Messieurs, tout le monde s'est trompé. Ecoutez M. le ministre, je vais vous citer ses paroles : a J'ai « bien dit que telle classe se ferait à telle heure. " Que signifient ces paroles ? Cela veut dire : Je supprimerai cent classes par année pour les études classiques.
M. LE MARQUIS DE Castellane. — C'cst évident!
Mgr Dupaivloup. — Ainsi quand on dit : Telle classe se fera à telle heure, cela signifie cent classes de moins par an, avec les études qui y correspondent. (Interruptions à gauche. — Approbation sur plusieurs bancs à droite.)
Mon Dieu, je me réduis à citer; seulement j'enlève, permettez-moi de le dire, le velours des paroles. (Rires à droite.)
« J'ai bien dit. . . » — c'est la parole de M. le ministre, voyez comme le tour est doux, — «j'ai bien » dit : Je conseille telle méthode de faire le thème. »
Cela voulait dire : Je supprime, à partir de la cinquième jusqu'à la rhétorique inclusivement , toutes les compositions en thème.
Voilà comment les choses s'évanouissent absolument sous la main de M. Jules Simon.
Enfin : « J'ai indiqué mon opinion sur l'inutilité dans V les études de tels exercices latins, v
Quoi de plus doux et de plus modeste : J'ai indiqué mon opinion! Il n'y a rien de plus simple que cela. Qu'y a-t-il dans ces paroles, quand on y regarde de près, quand on ne se laisse pas séduire par le charme du discours ?
Cela voulait dire : .l'ai ordonné de siij)primer la moitié des compositions latines et d'anéantir un autre exercice qui se nomme le vers latin.
M. le ministre a dit avec raison que rien de tout cela ne pouvait être une question politique. Je suis complètement de son avis : aussi je me borne à vous indiquer comment AI. le ministre réduit à rien les choses les plus graves qu'il ait faites et qu'il ait ordonnées.
M. le ministre a parlé plusieurs fois d'études qui restaient facultatives.
A cet égard, il me permettra de le contredire gravement. Dans sa circulaire, je lis ces paroles : " Un de « mes prédécesseurs... » — peut-être celui dont il est, dans l'ordre des idées, le successeur immédiat, — « M. Duruy avait rendu l'exercice du vers latin facullî tatif. " Et M. le ministre reprend : " Cela ne suffisait » pas, il fallait prendre un parti, et je le prends. «
Il est certainement impossible de voir ici quoi que ce soit de facultatif.
D'après ce que nous disait tout à l'heure AI. le ministre, on aurait pu croire que la suppression du thème latin était aussi facultative; eh bien! je l'affirme, quiconque connaît les enfants, quiconque les élève, quiconque les a enseignés, sera de mon avis quand je dirai que les meilleurs, les plus laborieux, sauf de très-rares exceptions, quand un devoir est facultatif, ne le font pas. (Rires d'assentiment à droite.) Et cela est l'évidence même. Et d'ailleurs, dans le système de AI. le niinistre de l'instruction publique... (Bruit.)
J'ose aussi. Messieurs, vous demander du silence,
car, bien que je ne sois pas aussi fatigué que M. le ministre, je ne me sens pas la force d'aller aussi loin que lui dans cette discussion. (Rires à droite.)
Je demande comment les élèves tromperont le temps de faire ces devoirs facultatifs quand tout leur temps sera pris par les devoirs obligatoires que M. le ministre leur impose?
J'ajoute : Quand le professeur aura-t-il le temps de les corriger? Par exemple, je sais que, dans un collège de Paris, cinq élèves dans une section d'une grande classe ont demandé qu'on leur apprît à faire des vers latins : quand est-ce que le professeur aura le temps de corriger ces vers dans une classe où il est occupé par les autres élèves, où personne ne fait de vers latins? Ce sont des impossibilités.
Il y a une autre justification bien plus étrange encore, c'est celle par laquelle M. le ministre de l'instruction publique a dit qu'il n'avait pas fait un arrêté, une ordonnance, mais une simple circulaire.
J'avoue que, pour ma part, en lisant cette circulaire, j'ai été loin de la trouver si simple; j'ai trouvé une circulaire qui "Veut, qui ordonne, qui statue, qui com- •0 mande «, qui donne les ordres les plus précis, les plus fermes, et qui enjoint aux professeurs de presser l'exécution des ordres qui sont donnés.
Je me bornerai, Messieurs, à vous lire ici quelques expressions que j'ai copiées dans la circulaire de M. le ministre, et vous allez voir s'il n'y a pas là un arrêté absolu et formel. Il serait vraiment bien commode, — je suis obligé de le dire, quand on veut tout cbauger
OELVUKS ORATOIRES. 55
dans un grand système d'cMiseignemcnt puî)lic, — de pouvoir s'abriter sous le titre complaisant d'une circulaire, afin de pouvoir là impunément violer la loi. Je prétends que cela n'est pas possible. Le bon sens pas plus que la bonne foi ne permettent de le croire. (Trèsbien! à droite.) En voici la preuve :
Voici les phrases que j'ai lues; HI. le ministre de l'instruction publique pourra me contredire, quand il voudra bien prendre la parole.
« Je décide que le programme de l'histoire contem- « poraine s'arrête tel jour. ^ J'ajoute que vous n'avez pas eu tort au fond ; les événements l'avaient décidé comme vous.
«... Je décide qu'il y aura deux classes consacrées 5) aux langues vivantes ;7> décidcj, en outre, que cet enn seignement sera obligatoire... Vous me ferez con- 5) naître les observations délibérées en conseil pour 5) l'exécution de mes ordres... "
Est-ce que ce ne sont pas là des ordonnances? est-ce que c'est là une simple circulaire?
« Mon intention formelle. . . « — Et quant à ceci , m. le ministre a raison; je lui ai rendu cet hommage dans une brochure plus ou moins opportune que j'ai publiée. — « ...Mon intention formelle est que la » gymnastique soit enseignée. »
Et il ajoute d'un ton de maître, — je ne le lui reproche pas , il est grand maître de l'Université ! — Il J'entends que le prix de gymnastique soit nommé à » la distribution des prix, n
Ainsi, il n'y a plus de prix de vers latins, il n'y a
502 XOUVELLES OEUVRES CHOISIES.
plus de prix de discours latin ; mais il y a des prix de gymnastique! M. le ministre l'entend comme cela!
Et puis il dit encore : " Il faut qu'à dix-huit ans un « jeune homme élevé par nous fasse l'exercice. . . » Je crois qu'il y a : "de peloton 5) dans la circulaire, je ne me souviens pas du mot, car enfin je suis incompétent.
M. LE GÉNÉRAL RoBERT. — Comme un vétéran!
AIgr Dupaxlolp. — Oui, comme un vétéran, c'est cela !
a Vous veillerez « , remarquez les termes de cette simple circulaire, — « vous veillerez à l'exécution de •fi mes ordres... Le papier tient une trop grande place » dans vos écoles ;/'«/ donné des ordres pour empêcher « cet abus, et vous y veillerez «... Et d'autres phrases semblables que je pourrais vous citer.
Il m'est impossible d'admettre que ce ne soit là qu'une simple circulaire; ce sont des ordres, des arrêtés formels. Je me trompe peut-être, les jurisconsultes en décideront ; je crois qu'il y a deux sortes de circulaires ministérielles : les unes sont interprétatives d'une loi ou d'un décret, elles ont la valeur de l'esprit et de la raison qui se trouvent dans ces circulaires, — je ne doute pas que celles de M. le ministre n'aient une grande valeur sous ce rapport, et il est évident que, dans cette catégorie, il a droit de faire toutes celles qui lui conviendront encore; — puis il y a les circulaires introductives de droits nouveaux, qui imposent de nouveaux devoirs.
Eh bien, il y avait un système d'études légalement établi en France depuis longtemps, depuis plus de trois
OELVRi;S ORATOIHi:S. 553
(jiiarts de siècle; j'affirme les trois siècles dont a parlé AI. Johnston, et je pourrais remonter plus haut; il y avait là un système légalement établi qui donnait aux pères de famille et à leurs fils le droit de recevoir tel enseignement qui leur convenait, et de n'être interrogés que sur cet enseignement : tout à coup vous faites une circulaire qui leur impose de nouveaux devoirs, qui leur enlève cet enseignement qui leur convenait, et qui, par des règlements que vous n'avez pas le droit de faire, leur impose l'obligation de répondre sur des sujets sur lesquels ils ne peuvent plus suffisamment se préparer.
Il m'est impossible, Messieurs, de ne pas voir en tout ceci la violation de la loi et du droit, une violation flagrante, intolérable.
Alaintenant, M. le ministre ajoute que tout cela est provisoire, et voici la phrase que je lis dans le discours qu'il prononçait ici même il y a peu de jours :
K Tout ce que je dis là ne sera valide que quand 55 l'examen qui consacre le résultat des études aura 5) confirmé les opinions que j'émets ici ; mais je ne puis » pas faire de règlement d'examens. »
Ici je ne puis m'empêcher de remarquer une chose étrange, c'est que M. le ministre se sert, pour sa justification, de ce qui est son tort le plus grave. Et, pour ma part, je le dis simplement à l'Assemblée : je ne puis voir dans sa défense que le plus étonnant tour de force et d'habileté.
Ainsi , vous nous dites : « Tout ce que je dis dans ma « circulaire ne sera valable que quand l'examen qui
V consacre le résultat des études aura confirmé l'opinion
V que j'émets ici. »
L'opinion que vous émettez ici ! Mais ce ne sont point des opinions que vous émettez ! ce sont des ordres formels que vous donnez aux professeurs , aux proviseurs, aux recteurs, à tout l'enseignement; ce sont des instructions précises, absolues. Il s'agit bel et bien dans cette circulaire , comme vous le dites encore , de réformes immédiatement réalisables dans tous les lycées et tous les collèges de France.
« Mais » , ajoute M. le ministre , « ces réformes ne » seront valides que quand l'examen» , — veuillez bien remarquer cette parole, — «... que quand l'examen qui •n consacre le résultat des études les aura confirmées, v Mais l'examen n'est pour rien dans la question actuelle, dans la question de savoir si vous aviez, oui ou non, le droit de faire des règlements d'études. L'examen de fin d'année n'y fera rien absolument, et, en attendant, pendant toute une année, par la seule autorité personnelle d'un homme, on aura livré toute la jeunesse à une expérience que M. le ministre reconnaît lui-même être douteuse et incertaine. Eh bien, c'est précisément cette expérience et de tels bouleversements que la loi défendait formellement de faire.
M. le ministre , il est vrai , a beaucoup insisté sur l'urgence de ses mesures.
L'urgence est quelquefois le besoin d'un pays, d'une cause sérieuse ; mais il faut reconnaître que c'est souvent aussi l'argument des précipitations dictatoriales et révolutionnaires. (Vive approbation à droite.)
\'oyoz avec quel respect les grands peuples, l'Angleterre, l'Allemagne, conservent dans l'éducation les traditions du passé, avec quelle sage lenteur ils procèdent aux améliorations qui peuvent être désirables , et combien ils méprisent tous ces cbangements perpétuels qui sont le fléau de notre enseignement public !
L'urgence ! Mais depuis quand l'urgence a-t-elle donné à un ministre le droit de violer la loi ?
Il y a un axiome de droit que nous connaissons tous, Messieurs : « JVon est major defectiis qiiàm defectus potestatis ! II n'y a pas de plus grand défaut que le défaut de pouvoir.
Eh bien! c'est ce défaut qui a frappé la circulaire du ministre d'une nullité entière. Qui ne voit qu'un tel système ouvrirait la porte à toutes les illégalités, à tous les arbitraires, à tous les abus de pouvoir? et j'ajoute que ce prétexte de l'urgence ne pouvait être invoqué ici par le ministre, car enfin la loi dont il a été question, la loi sur le Conseil supérieur de l'instruction publique , était depuis longtemps à l'ordre du jour. Voix à droite. — C'est cela ! Très-bien ! Mgr Dupaxlolp. — Dès le retour de M. le duc de Broglie, au mois d'avril, M. le ministre, qui sentait la nécessité de l'urgence, pouvait la faire mettre à l'ordre du jour et en commencer la discussion. 11 y avait encore quatre mois, (Oui! oui! à droite. — Mouvements divers.)
Cela est évident, incontestable; moi-même je me suis étonné sans cesse qu'il n'en fût pas question. Et qui est-ce qui devait avoir le sentiment de cette
55fi XOUVKLLES OEUVRES CHOISIES.
urgence? C'était AI. le ministre de Tinstruction publique, qui était au moment de violer la loi de 1850, parce que le Conseil supérieur de rinstruclion publique n'était pas là.
Depuis, le projet de loi sur le Conseil supérieur de l'enseignement public a été mis en délibération; il a subi l'épreuve d'une première lecture, et, deux ou trois mois après, il devait subir l'épreuve de la seconde. C'est là que nous en sommes.
Eb bien ! si AI. le ministre avait attendu deux ou trois mois, rien n'était en péril, et surtout il demeurait dans le respect de la loi. Alais, au lieu d'attendre ce ternie si rapproché, il a profité, avec bonne intention, je ne veux pas le contredire, de cet intervalle pour lancer sa circulaire et changer profondément toutes les conditions de l'enseignement en France.
On a beau dire : Il y avait urgence ! Quoi ! urgence de ne plus apprendre le texte de la grammaire grecque, de la grammaire latine , de la grammaire française ? Urgence de ne plus faire de vers latins"? Urgence de ne plus faire de thèmes latins? Urgence de supprimer des devoirs écrits ? Urgence de substituer à tout cela des explications orales, c'est-à-dire de renverser ce qui a été consacré par trois siècles d'expérience, ce qui a présidé à l'éducation des plus grands siècles de notre pays, ce qui, maintenant encore, est en pleine vigueur chez les nations les plus illustres? (Vives marques d'approbation à droite.)
Eh bien! je dis. Messieurs, qu'après avoir attendu trois siècles, on pouvait attendre encore trois mois.
(C'est cela!) Les plus grands ministres de l'instruction publique, MM. Royer-Collard , lilleniain, Cousin, Guizot, de Salvandy, avaient attendu : q'ui que vous soyez, vous pouviez attendre comme eux ! (Très-bien ! très-bien ! à droite.)
Que dit-on encore? Que l'on soumettra le tout au Conseil supérieur de renseignement quand il sera réuni. Eh bien, je réponds que la question que vous lui soumettrez ne sera plus entière, et qu'il n'aura pas la liberté nécessaire pour délibérer sur de tels intérêts si gravement engagés (C'est cela! — Très-bien!), et quand j'affirme cela , je ne fais qu'affirmer ce que M. le ministre de l'instruction publique a dit lui-même aux élèves de l'Ecole normale supérieure , c'est-à-dire aux futurs professeurs qui préparent là leur enseignement à venir.
Je lis dans un journal d'instruction publique, — et j'ai lu dans plusieurs autres journaux , — que dans le discours qu'il a adressé à ces jeunes gens à l'époque de leur rentrée, M. le ministre a prononcé les paroles que je vais lire. Celui qui les cite écrit en toutes lettres : « J'étais là, j'avais la plume à la main, j'ai « tout écouté, tout entendu, tout écrit, d Voici ces paroles :
« Aussi bien )) , — a dit M. le ministre, après avoir fait l'éloge des changements qu'il avait ordonnés, — « il n'y a plus à y revenir. »
Et M. Jules Simon a ajouté, non sans une certaine énergie impérieuse : « C'est maintenant chose faite et V consommée ! v (Mouvement.)
558 XOUVELLES OEUVRES CHOISIES.
Et c'est après de telles paroles que vous venez nous dire que tout cela est provisoire, et que le Conseil supérieur décidera !
Non, ces paroles-là, vous les redirez, Alonsieur le ministre, au Conseil de l'instruction publique! (Trèsbien! très-bien! à droite.) Évidemment, il y a chez vous l'espoir d'entraîner le Conseil supérieur par la puissance du fait accompli. (Nouvelles marques d'approbation sur les mêmes bancs.)
Et ces paroles, je les retrouve dans le Journal des Débats : " Comme l'a dit et répété M. le ministre, il n'y 5) a plus à reculer; c'est maintenant chose faite et con- » sommée. «
Je répète que la question ne viendra pas entière devant le Conseil supérieur de l'instruction publique.
Et d'ailleurs, AI. le ministre nous a indiqué tout à l'heure que c'est l'examen de fin d'année qui permettrait de juger le résultat des réformes qu'il a ordonnées. C'est donc l'année tout entière qui passera.
Nous aurons bientôt la troisième délibération sur le projet de loi, et un grand nombre d'amendements seront présentés et discutés. Cela prendra un temps considérable. Puis, quand ce sera fini, il faudra prendre le temps de faire des élections pour le Conseil supérieur. Ce ne sera pas l'affaire d'un jour, puisque c'est dans toute la France qu'on cherchera les candidats.
J'ajoute que ce n'est pas vers le milieu ou la fin du carême que les évêques, membres du Conseil, pourront se rendre à Versailles ou à Paris pour y siéger.
OiaV RES ORATOIRES. 559
C'est donc après Pâques que commencera ce Conseil.
Vous avez pu remarquer, Messieurs, que M. le ministre n'a pas pu s'empêcher de laisser très-souvent de côté la question de fond, et de dire avec détails, quant aux thèmes et aux vers latins, tous les inconvénients qu'ils avaient pour la jeunesse française.
Je ne le suivrai pas dans tous ces détails; mais j'accepterais une grande discussion sur cela , et je ne craindrais pas de déhattre la question soit avec lui , soit avec d'autres. (Oh ! oh! du côté gauche. — Très-bien ! très-bien! à droite et au centre.) Mais enfin, ce n'est pas la question.
Je ne suivrai pas non plus M. le ministre dans tout ce qu'il a dit sur l'infériorité que nos études nous ont donnée dans la guerre. Il n'y a qu'une question en ce moment : AI. le ministre avait-il le droit de violer la loi, de faire des règlements d'études, de mettre dans une circulaire toutes les ordonnances par lesquelles il changeait complètement le fond des études en France ?
J'affirme qu'il n'avait pas ce droit. Maintenant, quand, au bout de l'année, le Conseil supérieur sera appelé à examiner cette circulaire, la question de fond viendra nécessairement devant le Conseil, et AI. le ministre vous a dit, avec raison, qu'il lui faudrait un temps infini pour traiter cette question. Ceux de mes collègues qui feront partie de ce Conseil auront besoin aussi d'un très-long temps pour faire cet examen, et, si nous pouvons arriver au commencement de l'année scolaire suivante, ce sera très-heureux. (C'est vrai !)
Ce sera donc une année entière de perdue.
Elle Conseil supérieur, après une révolution si profonde, révolution non pas seulement dans les méthodes ou dans tels ou tels conseils, mais dans le fond même des études, le Conseil supérieur sera obligé de faire une contre-révolution; car c'est bien ainsi qu'il a fallu procéder contre la bifurcation.
Vous mo direz : « Mais les professeurs sont de notre 1) avis, et un grand nombre d'entre eux approuvent ma " circulaire ! ^■>
Je vous réponds que, pour ma part, je connais un grand nombre de professeurs qui la désapprouvent. Et permettez-moi, d'ailleurs, de vous demander si vous croyez que leur liberté est entière? Je ne le crois pas. (Mouvement.)
J'estime profondément le professorat universitaire; j'y ai rencontré des hommes d'une grande intelligence, d'une science solide, d'wîe grande élévation d'esprit avec la noblesse du caractère; mais, néanmoins, je dis que dans la situation qui leur est faite, leur liberté n'est pas entière. Peut- elle l'être devant les ordres formels que je vous ai lus? Quelque opposés qu'ils soient à ces ordres , il leur faudrait un désintéressement héroïque pour les repousser. Quoi que nous ait dit M. le ministre sur les liens et les règlements qui l'enchaînent, et ne lui permettent pas tout dans l'organisation du personnel, il peut beaucoup et pour l'avancement et pour le déclassement; il peut envoyer d'un bout de la France à l'autre tel professeur avec sa famille.
Cela suffit pour que l'avis de ces messieurs ne soit
point parfaitement lihre. D'ailleurs, j'en connais beaucoup qui condamnent cette circulaire. Aujourd'hui même, un des hommes les plus éminents, les plus savants, les plus dévoués, l'un des plus estimables serviteurs de l'iniversité, venait chez moi, — je ne l'avais jamais vu ; je connaissais son nom , c'est un nom célèbre, — il venait me dire : « Je viens vous en- 1) tendre; vous allez nous venger, nou*s sauver de la » honte qu'on veut nous imposer! » (Applaudissements à droite.)
M. LE MIXISTRE DE l'iXSTRUCTIOX PUBLIQUE. Oll ! c'est
trop fort !
Mgr Dupaxlgup. — Hier, j'ai reçu une lettre de l'un des premiers professeurs d'un des plus grands collèges de Paris. — J'aurais voulu apporter cette lettre , je vous l'aurais lue. — Il me disait que cette circulaire était déplorable, qu'elle renversait tout dans l'éducation, qu'il n'y avait plus ni humanités, ni discipline, ni ordre dans les classes. (Dénégations et interruptions à gauche.)
Je ne vois pas, Messieurs, qu'il y ait à se récrier quand je vous apporte des témoignages qui sont contraires à ceux de M. le ministre, mais qui enfin ont bien leur valeur. (Marques d'assentiment à droite.)
Je dis donc que le Conseil supérieur aura, pour réparer le mal de cette circulaire, les mêmes difficultés qu'on a eues quand il a fallu revenir sur le système de la bifurcation. Il a fallu jilusieurs années. La bifurcation commençait après la quatrième. On l'a d'abord rejetée à la fin de la troisième, puis à la fin de la ■roM. I. 36
seconde, puis à la fin de la rhétorique. Il a fallu trois ans : eh hien! je dis que pour recueillir et rajuster les tronçons épars de l'enseignement , il faudra un long temps; qu'il faudra de longs efforts pour réparer le trouhie profond qui aura été jeté dans les études, pour rendre aux élèves l'hahitude du travail qu'ils auront perdue, pour leur rendre le goût de ces études qu'on a tronquées, retranchées, déshonorées. (Exclamation à gauche.)
Mais c'est le mot, Messieurs!
Tout cela sera d'une difficulté extrême, et il suffit de connaître les jeunes gens pour le comprendre. J'ai là-dessus des détails qui me sont donnés par des professeurs, les plus grands maîtres d'éducation de Paris, qui confirment la conviction profonde que j'avais d'ailleurs, par ma réflexion et par mon expérience.
Maintenant on nous parle , et M. le ministre nous a parlé l'autre jour, en répondant, comme 1 l'a dit, aux trois phrases de M. Johnston, de l'autorité et du respect qui souffraient de tout cela; et c'était pour lui un motif de hâter la discussion à laquelle nous nous livrons aujourd'hui.
Oui, ^lessieurs, l'éducation est une grande œuvre d'autorité et de respect; mais permettez-moi de vous dire, Monsieur le ministre, que c'est vous qui lui portez un coup mortel par ces changements si brusques, si fréquents, si précipités.
Et que voulez-vous que pense cette jeunesse de ces études auxquelles vous les enlevez? Que voulez-vous
qu'elle pense de ses professours , qui, depuis tant d'années, leur font faire des ihèmes latins, des vers latins, des versions écrites, quand tout à coup il arrive de Versailles ou de Paris une circulaire qui leur aj)j)rend ([ue tout cela n'a pas de sens, que tout cela est trèsmauvais, que cela ne peut faire que de pauvres élèves; car c'est bien là ce qu'on a dit quand on fait entendre que CCS enfants ont passé sept ou huit ans sans rien apprendre, que les professeurs ont employé tout ce temps sans rien enseigner. On a dit à cette jeunesse que tous ces professeurs n'ont fait qu'abuser de leur autorité, et qu'elle se trouve livrée par je ne sais quel fatal aveuglement à un système d'enseignement lamentable; et vous voulez que cette jeunesse conserve le respect !
Vainement M. le ministre dit que tout cela est peu de chose; mais les cris qu'il a poussés très-éloquemment contre tout cela, prouvent que ce changement est profond , radical. (Rumeurs à gauche.)
Eh bien, pour ma part, je ne consentirai jamais à ce que dans mon pays un homme seul, de sa propre autorité, ait le droit de faire une chose pareille. (Trèsbien ! très-bien! adroite.)
Eh bien, cela vous l'avez fait, Monsieur le ministre; vous l'avez fait, j'ose le dire, avec une légèreté, avec une témérité... (Vives protestations à gauclie. — Oui ! oui ! Très-bien! à droite.)
AI. le ministre me répondra, et j'écouterai parfaitement tout ce qu'il voudra me dire.
56i XOUVELLES OEUVRES CHOISIES.
M. LE MIMSTRE DE l'INSTRUCTIOX PUBLIQUE. Je ne
TOUS répondrai rien que de parfaitement respectueux. Je respecte toujours mes adversaires. (Très-bien! trèsbien !)
Mgr DiPAXLOUP. — Eh bien ! qu'arrivera-t-il ? Après M. Jules Simon un autre viendra, qui fera des réformes plus profondes encore; oui, cela arrivera, pour peu que le mouvement politique amène au ministère de l'instruction publique tels de nos collègues que le respect me défend de désigner davantage, mais qui, dans des écrits connus du monde entier, ont déclaré que l'éducation devait être profondément changée; que l'Université tout entière devait périr et tomber; que l'Église, comme l'Université, était absolument incapable de donner l'enseignement qu'il faut à la jeunesse française; et voici ma plus grande tristesse, c'est qu'il m'a semblé que M. le ministre confirmait ces déplorables jugements par des excès de paroles auxquels-il s'est laissé entraîner contre l'instruction donnée par l'Université... (Vives et nouvelles protestations à gauche.) Cela ne peut se nier.
Messieurs , si un tel droit est donné à un seul liomme , il finit renoncer, non pas seulement dans un ordre secondaire, mais dans l'ordre le plus élevé, dans ce qui est l'intérêt le plus haut des familles et de la jeunesse française ; il faut renoncer àrce qui est la sécurité des âmes, fcar, je le répète, le mouvement politique peut nous amener des hommes qui iront porter leurs réformes jusque dans les entrailles de la société et de la famille; ils l'ont écrit, et les paroles que je vous ai
OKUVRES ORATOIRES. 5C5
citées tout à l'heure ne sont rien auprès de toutes celles que je pourrais vous citer encore. Eh hien, cela n'est pas possihle !
Vous comprenez que je n'ai pas pris part à celte discussion pour le simple plaisir de contredire AI. le ministre de l'instruction puhlique.
Il y a, à mes yeux, dans ce qu'il a fait, un mal profond , un péril immense. (Bruit à gauche. — Oui ! oi.i ! à droite.)
Oui, Messieurs, un péril immense. Certainement un homme ne saurait avoir une telle autorité dans un pays... (.Applaudissements adroite.), et nul ministre ne l'a jamais prise !
M. le ministre nous a cité quelques exemples ; aucun de ces exemples n'a une râleur sérieuse. J'ai parcouru tout le Bulletin de l'instruction puhlique pour voir toutes les circulaires qui avaient été faites en dehors du Conseil supérieur. Aucune, aucune, entendez-vous! n'a le sérieux , la valeur, la profondeur radicale de ce que contient celle de M. le ministre de l'instruction puhlique , la circulaire du 27 septembre. Cela est manifeste. Il est formellement défendu par la loi de toucher aux règlements d'études; et cependant AI. le ministre y a touché, il les a modifiés profondément, il les a brisés !
Eh bien , je dis que cela n'est pas permis, que cela n'est pas possible. Vous ne sauriez donner une telle puissance à qui que soit, et pour moi, je n'admettrai jamais qu'il soit permis à un homme de faire un règle-
5C6 XOLVELLES OEUVRES CHOISIES.
mont (Féludes qui décide do toutes les carrières, qui décide de toutes les existences, qui décide de l'avenir de la jeunesse française !
Un membre à gauche. — Jamais les vers latins n'ont eu celte importance!
Mgr Dupanloup. — On me dit de ce côté, — car, chose fâcheuse! dans les affaires les plus graves, c'est toujours un mot qui domine , — on me dit : Les vers lutins ! C'est la grande ressource de ceux qui ne veulent pas examiner la question au fond. (Très-hien! trèsbien ! à droite.)
Je voudrais que ces messieurs qui parlent si légèrement des vers latins entendissent comment on en parle dans un pays voisin, au parlement anglais. Qu'ils lisent, dans Macaulay, le règlement qui a été accepté pour les examens dans le gouvernement des Indes , et ils verront ce que cet éminent esprit pensait des vers latins.
Sans doute, je ne prétends pas que nous allions aussi loin; mais je dis qu'on se moque de tout cela, sans savoir au fond ce que c'est.
Je ne dis pas cela pour M, le ministre de l'instruction publique, qui a fait beaucoup de vers latins... (Sourires.); je le dis pour ceux qui répètent toujours en raillant avec dédain : u Forts en thème ! forts en vers latins ! «
Eh bien. Messieurs, il faut en finir. Quand je considère cette grande et noble Assemblée, qui représente si bien la France et à qui le pays a confié la grande
mission de paix et de défense sociale, quand je repose mes regards sur elle, après avoir réfléchi sur ces graves sujets, je ne puis croire que de cette Assemblée puisse sortir un vote qui consacre, pour le présent et pour l'avenir, une telle illégalité , de telles hardiesses, et je lui demande une décision qui rassure les familles et sauvegarde, avec le respect des lois, l'intérêt sacré de la jeunesse et de l'éducation nationale ! (Applaudissements à droite. — Mouvements divers.)
DISCOURS
IIK
M" L'ÉVÈQUE D'ORLÉANS
PROXOXCl': A l'a s s K M BL É E XATIO\ALE