EZECH., I
2 Jo.iw, iir, 35.
;) sez point, et qui est plus fort que moi. C'est lui qui )5 est le Christ. » Et il ajoutait cette étonnante parole : « Aloi , je ne baptise que dans l'eau ; mais Lui , il vous M baptisera dans l'Esprit-Saint et dans le feu , Sjriritu 5) Sancto et igni '. » Ainsi, Messieurs, Jésus-Christ baptise dans le feu. Et comment? parce qu'il baptise dans l'Esprit-Saint; car l'Esprit-Saint, c'est l'amour, et l'amour, c'est le feu.
Et c'est pourquoi Xotre-Seigneur a dit lui-même cette parole, dont je vous demande, j\lessieurs, de sentir l'accent et de sonder la profondeur : c; .Je suis » venu apporter le feu sur la terre , et qu'est-ce que je « veux, sinon qu'il s'allume : Ignem veni mittere in •^ terrain^ et quid volo, nisi ut accencîatur'^'l -^ Voilà donc ce qu'est venu faire Jésus-Christ sur la terre : il est venu apporter un feu, ce feu dont l'éternel foyer est en Dieu , ce feu céleste qui allume dans les âmes une flamme si belle, qui consume tout ce qu'il y a de terrestre, d'impur, de grossier dans les cœurs, et qui, les animant d'une vie nouvelle, les soulève par sa divine énergie au-dessus de toutes les faiblesses, et les porte vers les hauteurs; car son essence est de monter, son mouvement est en haut comme sa source : Ascenclit Jlamma ignis in cœluni *.
Et ce que Xotre-Seigneur Jésus-Christ a dit, .Messieurs, il l'a fait; il a voulu qu'il y eût un foyer permanent de ce feu sur la terre. Et c'est pourquoi , au jour
1 AIatth., III, IJ.
2 Luc, XII, 49.
3 Jld., XIII, 20.
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où il fondait son Église, c'est le feu sacré qu'il fit descendre au cénacle sur les Apôtres assemblés. Vous savez, messieurs, comment eut lieu cette grande effusion de l'Esprit d'amour et de lumière. Le cénacle s'ébranla comme le Sinaï; des langues de feu apparurent et vinrent se poser sur le front des Apôtres; et l'Esprit-Saint était dans cette flamme. Et aussitôt, par le contact du feu divin, devenus des hommes nouveaux, les Apôtres sentirent en eux une âme, une parole, une ardeur inconnue; et, sous l'impulsion du souffle sacré, ils partirent, et renouvelèrent la face de la terre.
Et veuillez le remarquer, Messieurs, ce que Jésus- Christ a fait ce jour-là, c'est ce qu'il fait tous les jours dans l'Eglise, selon cette promesse : « Je suis avec ^^ vous Jusqu'à la consommation des siècles. « Voilà comment il a accompli la grande parole : c; Je suis « venu apporte/' le feu sur la terre. «
Ainsi, vous le voyez. Messieurs, toutes les solennelles manifestations de Dieu, toutes les grandes rénovations des âmes, ne furent autre chose que des effusions de l'Esprit divin et du feu sacré. Xon, rien de grand dans les choses divines et humaines, si les âmes ne sont pas touchées de ce souffle; rien de grand et de puissant sans la flamme, sans l'inspiration, sans ce rayon venu du foyer de l'éternelle lumière et de l'éternel amour.
Mais n'oublions pas que ce feu sacré de la vertu n'est jias réel dans les âmes, quand il n'y brûle et n'y consume rien ; quand il n'y est pas le feu consumant, igîiis
consiuuens ; quand il dc va pas jusqu'au sacrifice, jusqu'à riiolocauste.
Oui, la loi du sacrifice, Lex sacrificii, c'est la loi suprême de toute Tertu comme de toute religion. Voilà pourquoi le sacrifice, c'est-à-dire un autel, une victime, un feu pour la consumer, c'est ce qu'on voit perpétuellement dans les Ecritures. L'holocauste, toujours l'holocauste. Et ici, dans les immolations delà vertu, ce feu, c'est l'amour, le grand amour de Dieu, le plus fort, le plus saint, le plus élevé de tous les amours, celui qui détruit tous les autres, quand ils sont mauvais, qui les épure et les ennoblit, quand ils sont vulgaires, qui les transfigure et les sanctifie, quand ils sont bons, mais humains.
Voilà, Alessieurs, ce que l'Ecriture nous apprend du feu sacré. Nous sommes ici manifestement dans le divin, dans les plus grandes vérités morales de l'ordre surnaturel, sur les plus hauts sommets. Le feu sacré ne hrùle que là. Mais, si divin et si haut qu'il soit, le mot est descendu dans les langues vulgaires. Là encore s'est retrouvée cette harmonie secrète qui existe entre les vérités révélées et les instincts, les souvenirs les plus profonds du cœur humain ; et le mot de la langue divine a passé dans la langue des hommes, pour exprimer les plus grandes choses. L'humanité s'est souvenue de ses origines, et de ce souffle de feu qui lui avait donné la vie : Spiraculum vitœ ' ; et elle a dit le feu sacré du génie, de l'enthousiasme et de la vertu. Et c'est pourquoi. Messieurs, quand je vous tenais tout à
* Gen.., II, 7.
riieure ce grand langage, je ne vous parlais après tout que le langage le plus populaire , et j'ajouterai , le plus français.
Regardez autour de vous, et vous verrez si dans les âmes qui font les grandes choses, il n'y a pas toujours une Hamme, et si cette flamme n'est pas ce que j'ai dit, la flamme du dévouement et de l'immolation. J'avais récemment à Rome l'honneur de parler devant l'armée française. Ici j'aperçois au milieu de vous quelques-uns de nos braves soldats, et je puis bien me permettre de dire devant eux ce que je disais avec confiance aux illustres représentants de notre vaillante armée : JVon, vous n'avez pas droit de vous plaindre que je vous prêche ici les mystères d'une spiritualité raffinée; je ne vous dis là que ce qui est le fond même et l'honneur de la vie guerrière. Car qu'est-ce qui fait la gloire de votre noble profession? qu'est-ce qui fait que l'état militaire sera toujours partout le premier? C'est que le fond de l'état militaire c'est le dévouement. Pour être un vrai soldat, il faut savoir se dévouer et mourir... Et vous savez mourir!... Quand vous alliez sur les rivages de Sébastopol, que faisiez-vous? Vous accomplissiez cette grande loi du sacrifice et de l'immolation dont je vous parle; vous saviez mourir. Et pourquoi mouriez-vous? Ah! c'est qu'il y avait en vous un feu sacré, un grand amour, l'amour de la patrie. Oui , l'amour de la patrie est un grand amour. On aime sa patrie, on meurt pour elle, pour la défense de ses frontières, pour l'honneur de son drapeau. On aime sa patrie : on est malheureux de ses tristesses, inconso-
lable (le ses revers, fier de ses triomphes; la patrie, c'est une mère, c'est une sœur : et on éprouve pour elle toute la délicatesse des sentiments les plus généreux.
Voilà l'amour de la patrie! Sentiment si grand et si pur, que Notre-Seigneur a voulu l'éprouver lui-même; car parmi les attendrissements sublimes de Jésus- Christ, ses larmes sur sa patrie sont demeurées célèbres et immortelles : « Jérusalem ! Jérusalem ! qui tues « les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, 55 combien de fois n'ai-je pas voulu rassembler tes en- 55 fants, comme la poule rassemble ses petits sous ses 55 ailes , et tu ne l'as pas voulu ! 5) Et en disant ces paroles, il pleurait.
Voilà cet amour de la patrie, noble principe, vive inspiration de ce dévouement qui fait l'honneur du soldat.
Oh ! je le redis avec joie, comme je le disais à Rome, et je ne crains pas de flatter la vanité française en disant ces choses : ce qui fait le fond solide de notre gloire et notre plus cher honneur, ce qui fait la supériorité de notre nation, c'est qu'elle sait mourir. Elle n'a pas peur de mourir. Tous ces petits paysans qu'on vous amène ici en sabots et en sarreau, quand une fois vous leur avez donné un pantalon rouge et fait faire l'exercice sur le mail, ils s'en vont comme les autres, et ils n'ont pas peur!...
Et ne croyez pas, Messieurs, que ce soit une chose si simple que de n'avoir pas peur!
Un ambassadeur français reprochait un jour à un ministre étranger d'avoir abandonné son prince au
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jour (lu ]u''ril , et d'avoir eu peur : " En vérité » , reprit celui-ci, " CCS Français sont des gens étranges; ils par- 5) lent de la peur bien à leur aise... Ils ne savent pas ce ^l que c'est... C'est quelque chose qui vous prend sous 1) la plante des pieds, qui monte, qui monte jusqu'à la " S^^S®' ^* 9^' ^^"^ étouffe... «
Et ici, Alessieurs , me pcrniettrez-vous de vous dire une dureté*? Vos petits soldats ignorent ce que c'est que la peur... Mais vous, vous ne l'ignorez pas! Vous feriez comme eux, xous n'auriez aucune peur sur un champ de hataille, je n'en doute point; mais si on vous parle de revenir à Dieu, de vaincre le respect humain, de communier... la peur vous prend sous la plante des pieds, vous monte à la gorge et vous étouffe!... Prouvez-moi le contraire pendant cette Semaine Sainte, et faites-moi passer les jours et les nuits à vous confesser, et je dirai que j'ai eu tort...
Il y a, Alessieurs, dans notre nation, trois grandes expressions populaires du caractère français : le soldat, je viens de le dire, et j'ajoute : le missionnaire et la fille de charité. Eh bien, voilà les âmes dans lesquelles éclate à tous les regards le feu sacré.
Le missionnaire! le missionnaire français! Les avezvous vus quelquefois partir pour leur lointain apostolat? Dernièrement un savant cardinal me disait à Rome : :• Ah! les missionnaires français sont les premiers mis- V sionnaires du monde, les plus nombreux, les plus )) vaillants!... » Un pauvre jeune prêtre, de vingt-quatre ans, quitte son père, sa mère, ses sœurs, son pays, les bords de la Loire ou ses montagnes, et s'en va, un
l)àlon à la main et un bréviaire sons le bras, an gré d'nne impulsion sublime, an bont dn monde, évangéliscr les sanvages... Vous, quand vous alliez à Sébastopol , vous aviez l'espérance de revenir avec la croix de l'honneur sur la poitrine... Lui, il part sans l'espoir du retour, et il mourra peut-être là-bas sur une croix, et ne reverra sa patrie qu'à travers les splendeurs du ciel... Ah! oui, certes, le feu sacré est là! En voilà bien la flamme, vive, humble, cachée et courageuse, et d'une force irrésistible!
La Sœur de charité, c'est encore une de nos gloires, une création toute française. Vous avez. Messieurs, à l'heure où je vous parle, e:i France, sous des noms divers, cent cinquante mille Sœurs de charité, toutes dévouées an service des pauvres, des enfants, et des malades. Quelle est cette flamme qui est venue s'emparer du cœur de ces jeunes filles et le ravir pour un dévouement si sublime? J'en voyais une, il y a quelques mois, jeune, belle, riche, généreuse, ardente et capable des plus grandes choses : je ne sais quelle inspiration lui dit que la plus grande de toutes était de mourir à elle-même, et de ne plus vivre que pour les amis de Jésus-Christ, pour les enfants et pour les pauvres. Son père, qu'un dévouement de trente années à l'Eglise rendait digne de cette bénédiction suprême, lui demandait l'origine, le secret de cette vocation inattendue : « J'aime Jésus-Christ " , répondit-elle. Jésus-Christ ! mais où donc l'avait-elle vu?... Quand on aime ici-bas, on a rencontré un regard, un sourire. Où donc avait-elle rencontré le regard et le sourire de Jésus-Christ?...