‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. Dupanloup (volume 2)Chapitre 9 sur 27 · PARIS -MONTMARTRE · texte numérisé non relu

PARIS -MONTMARTRE

déjà, cl dont j'aime à redire encore que c'est de tous nos fleuves le plus français.

Le lUiône est à moitié suisse, le Rhin à moitié allemand ; la Loire n'appartient qu'à la France.

Des hautes montagnes où elle prend sa source, elle s'élance du sud au nord; puis tout à coup, près d'Orléans , elle se courbe , afin de s'éloigner plus lentement de nous, et comme pour embrasser la France tout entière ; et courant vers l'ouest à l'Océan, elle fait à la France une barrière qu'on ne franchit pas, car trois fois au moins, dans l'histoire, depuis Attila, les invasions barbares ou étrangères se sont arrêtées là ! Et demain encore, nous fêterons avec Jeanne d'Arc l'anniversaire d'une de ces immortelles délivrances.

Et en même temps que nous célébrons notre fleuve comme l'invincible boulevard de la France , comment ne pas redire aussi ses bords si riants , ce val si fertile, ces Ilots rapides? Rien de fangeux : des ondes saines sur des sables purs ; comme le caractère de ceux qui habitent ses bords, quelque chose de doux, de vif et de courageux. Voilà notre Loire.

Mais si la Loire n'appartient qu'à la France, le Loiret n'appartient qu'à nous. Ce lîls mystérieux de la Loire ne prolonge pas au loin son cours, comme sa mère; mais il en filtre les eaux, et vous avez bien fait de les choisir; et il ne veut pas quitter, lui, nos campagnes orléanaises. Fleuve aimable, dont les bords sont si fleuris et si gracieusement habités, et dont les eaux sont si fraîches, si transparentes, et comme teintes du reflet verdoyant de nos prairies ; vrai fleuve Orléanais, cher à

Orléans, qui naît à ses pieds, et qui va maintenant donner à la ville sa patrie , par quelqu'une de ses sources, ces belles eaux qu'un art savant distribuera dans toutes les rues et, si al)ondantes, dans toutes les maisons de la cité.

Ainsi , Messieurs , Dieu avait donné à notre pays le bienfait des eaux avec abondance, lllais si notre pays en était ricbe, il faut bien i-cconnaître que notre ville ne l'était pas. Ce qu'on admire dans la plupart de nos grandes cités , ce qne j'admirais surtout naguère à Rome, la ville du monde la plus riche en eaux, Orléans ne l'avait point. C'a donc été une grande œuvre, qu'il faut payer d'une juste reconnaissance, d'avoir essayé et d'avoir réussi à lui donner ce nouveau bienfait parmi tant d'autres dont Dieu l'a comblé, et cela au prix d'efforts, de labeurs et d'épreuves dont il ne faut pas s'étonner.

De telles œuvres, messieurs, sont toujours éprouvées , parce qu'elles sont grandes, et que rien de grand ne s'accomplit ici-lms sans labeur; parce qu'elles sont bienfaisantes, et que le bien, le vrai bien, ne se fait ici-bas qu'à travers les difficultés, les obstacles, les croix; mais l'épreuve passe, et l'œuvre reste.

Je me complais, Messieurs, à la contemplation d'une telle œuvre, à la pensée de la grande amélioration que vous venez d'apporter dans la cité; je vois là, dans ces eaux abondantes et salutaires, avec le charme et l'ornement de notre ville, la salubrité, l'aisance, la santé. Car elles ne vous manqueront pas, les eaux qu'on vous promet, et tout à l'heure elles vont jaillir à vos yeux,

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vives et triomphantes. A vous aussi, vos eaux seront fidèles, et vous n'aurez pas — que les timides se rassurent— la déception des eaux trompeuses dont parle l'Écriture : Mendaciam aquarum infidellum '. Elles iront, ces eaux vivifiantes, dans toutes nos demeures, et jusque dans les plus humbles ménages, pour tous les besoins publics et privés; elles iront, dans vos grands et beaux hospices, à vos pauvres, à vos malades, à vos vieillards, à vos orphelins. Elles seront là, sous la main , dans le péril terrible des incendies. Qui donc, dans la cité , n'aura pas sa part de ce bienfait ? Et ce qu'il y a ici de plus grand encore , c'est que vous n'aurez pas travaillé seulement pour toute une génération, mais encore pour les générations futures; car une œuvre comme celle que nous inaugurons en ce jour vit longtemps, et longtemps, Messieurs, l'avenir vous bénira.

-Vous la voyons donc aujourd'hui cette œuvre, si je puis ainsi dire, splendidement installée; mais ce que nous ne voyons pas, ce qu'il ne faut pas oublier toutefois, ce qu'il est juste de rappeler avec reconnaissance, ce sont tous ces patients et obscurs labeurs qui nous l'ont préparée, toutes ces longues et mûres délibérations, toutes ces discussions délicates et nécessaires, tous ces calculs savants, toutes ces profondes prévoyances, tout ce qui n'éclate pas au grand jour, mais qui a coûté aux administrateurs de la cité une peine égale au bienfait dont nous jouissons, grâce à eux.

Et ici , Messieurs , ma pensée s'élève à une recon-

1 Jerem., XV, 18.

naissance plus étendue encore que le bien spécial dont je célèbre la gloire en ce moment; et puisque l'occasion se rencontre, permettez à mon cœur d'évèque et d'Orléanais d'acquitter ma dette et la vôtre pour le dévouement et les bienfaits de notre administration municipale, et je ne sais si jamais je pourrais le proclamer avec plus de justice.

J'ai toujours beaucoup admiré les labeurs patients de l'administration française. Les municipalités de nos grandes villes sont semblables aux intendances de nos armées : chaque soldat, sous sa tente, doit ses vivres, son repos, son gîte, aux intendants; chaque habitant doit aux magistrats de la ville les approvisionnements , la tranquillité , le bon ordre ; et je connais une vieille famille municipale qui a pour devise : - Requiescite, " vigilo : Reposez-vous; moi, je veille ! î5 Et cependant l'intendant n'aura pas la gloire du général, le maire n'est pas célébré comme l'homme politique. Mais de quelle estime reconnaissante lui et ses collègues sont justement environnés! Ce haut salaire de la considération publique, cette dignité du dévouement au bien de ses concitoyens ont toujours paru si nobles, qu'on a, depuis des siècles, laissé les fonctions municipales entièrement gratuites. Et il y a dans mon pays plus de cent mille hommes voués à ces travaux obscurs et compliqués, pour rien! C'est là un trait du caractère national et un signe de l'esprit chrétien. Ce caractère et cet esprit, j'en salue une dernière fois les dignes représentants dans cette ville, qui leur doit, à paitir de ce jour, un bienfait de plus.

Et maintenant que je vous ai dit mes impressions sur ce grand sujet, permettez-moi, Messieurs, de ne pas descendre de cette cliaire sans laisser tomber de mes lèvres le dernier mot et la dernière pensée de mon cœur.

Sans doute, ces eaux, telles que Dieu les a faites, telles que Thomme les emploie, sont pour nous un grand bienfait; mais il y a un plus grand bienfait de Dieu, une eau meilleure encore.

L'Evangile raconte que Xotre-Seigneur, un jour, fatigué d'une longue marche, se reposait sur le bord d'une fontaine, près d'une ville infidèle. Une femme vint puiser de l'eau. Le Seigneur lui dit : ^ Donnez-moi » à boire. « C'était la sixième heure du jour, et le soleil était brûlant. Puis, tout à coup, s'adressant à cette âme et s'élevant à des pensées plus hautes : « Ah ! » dit-il, si vous connaissiez le don de Dieu , et quel est » celui qui vous dit : Donnez-moi à boire! vous lui auriez ■n demandé vous-même à boire, et il vous aurait donné 55 d'une eau qui rejaillit jusqu'à la vie éternelle. Celui VI qui boira de l'eau à cette fontaine aura encore soif; î mais celui qui boira l'eau que je donne n'aura plus » soif jamais. «

Eh bien. Messieurs, et vous tous, mes très-chers Frères, laissez-moi déposer en ce moment dans votre cœur, pour le jour et l'heure de la miséricorde de Dieu, cette parole : Il y a une eau meilleure, une source de vie plus heureuse, dont votre âme a plus besoin, dont votre cœur est plus altéré que vos lèvres ne le sont de ces eaux terrestres. 11 y a une eau qui rejaillit jusqu'à

la vie éternelle , parce qu'elle descend pour nous des hauteurs de Dieu , que sa source est dans rêternité , et qu'elle y ramène. Eh hieu , désirez, demandez quelques jjouttes de cette eau céleste, et qu'il ne soit pas dit que ce jour s'achève sans que vos âmes aient senti quelque chose de cette rosée de Dieu , sans qu'tin rayon de l'éternelle lumière tombé dans vos cœurs vous ait éclairés sur les plus profonds et les plus nobles liesoins de votre immortelle nature ; car ces eaux dont vous dotez aujourd'hui la cité, quand vous en aurez bu, vous aurez encore soif; mais les eaux que Jésus-Christ vous donnera , quand vous les aurez reçues dans votre âme, vous n'aurez plus soif jamais...

PAROLES

DE

M" L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS

PROXOXCÉES LE 19 AVRIL 1864 POLR LA RESTAIRATIOM

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