‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 10 sur 49 · CULTE ABSTRAIT DE L HUMANITE · texte numérisé non relu

CULTE ABSTRAIT DE L HUMANITE

Occidentale.

Fêtes hpyomadaires ) Xalionale.

i de rUiiiOD

Provinciale.

Communale.

-sa «2

1er mois, h' Humanité .

2e mois. Le Mariage.

3 mois. La Paternité.

k'' mois. La Filiation.

5' mois. La Fraternité.

6" mois. La Dotnesticité.

7'" mois. Le Fétichisme.

8'' mois. Le Polythéisme.

9' mois. Le Monothéisme. , ,,,

/La Mère.

10« mois. La Femme, \ ^^^^ hebdomadaires. \^^?.^''L

Ioa la vie afTcctive | 11'' mois. Le Sacerdoce, oa la vie contemplative.

12*" mois. Le Prolétariat, ou la vie active ^i'^'- moh.V Industrie, j Fêtes hebdomadaires.

ou le pouvoir pratique. |

L'Epouse.

La Fille.

Banque.

Commerce.

Fabrication.

Agriculture.

Les jours de la semaine, dans la religion positiviste , seront ainsi nommés :

Lundi Maridi.

Mardi Patridi.

Mercredi Filidi.

Jeudi Fratridi.

Vendredi Domidi.

Samedi Matridi.

Dimanche Humanidi.

Voilà les aberrations et les folies dont de tels esprits sont capables ; voilà l'homme dont AI. Littré ne se lasse pas de dire et de répéter : ce JVous sommes disciples V d'Auguste Comte ; nous le proclamons aussi haut qu'il 5) est possible. C'est à lui que nous rapportons ce que « nous sommes, si nous sommes quelque chose ; ce que y> nous pouvons, si nous pouvons quelque chose, v (Paroles de j)hilosophie j^ositive^ p. 57.)

Eh bien ! ces aberrations , qui sembleraient par leur délire même inoffensives, font de déplorables victimes; et ce n'est pas sans une vive compassion que j'ai jeté les yeux sur une espèce de catéchisme composé , dans le but de populariser la philosophie et la religion positivistes, par un pauvre jeune homme, ancien élève de l'Ecole polytechnique, où M. Comte a été longtemps professeur : j'ai connu ce jeune homme, et par respect pour son respectable et malheureux père, je ne veux pas ici prononcer son nom.

M. Littré pense pourtant que M. Comte anticipait , par son calendrier , sur le travail des générations futures ; mais il croit que son maître a trouvé les principes et tracé les linéaments de V édifice religieux et social de l'avenir, et pour lui , la mission qu'il accepte , c'est de continuer cette œuvre, de préparer les esprits et de hâter les moments. [Paroles de philosophie positive ^ p. 57.)

Le dirai-je toutefois ? ces excès sont à mes yeux moins dangereux pour les jeunes esprits que l'idéologie sophistique et le vain mysticisme de M. Renan. Les faibles s'y laissent prendre ; et c'est pour cela qu'il était

temps de déchirer les voiles et de mettre à nu le vrai fond des doctrines. L'œuvre de M. Renan est antireligieuse et anti-chrétienne au premier chef : c'est une attaque radicale contre toute religion ; je ne connais pas de théories plus dissolvantes que ses théories.

Il se proclame religieux, je le sais; et moi je proclame ses doctrines impies entre toutes les impiétés. Vainement il distingue entre la religion et les religions ; distinction misérahle , qui ne l'empêche pas de ruiner toute religion.

Mais voyons de près ses théories. En quelques mots rigoureusement exacts, les voici :

Toutes les religions sont bonnes, saintes et vraies ;

Toutes les religions cependant sont bonnes seulement pour les simples.

La meilleure religion, c'est l'art, c'est la pensée, c'est la critique.

Quand un homme professe de pareilles théories et se dit religieux, je ne l'accuse pas d'hypocrisie : je ne juge pas le fond des âmes ; mais je dis que ses doctrines dissolvent et ruinent toute religion.

J'ai dit que toutes les religions, pour M. Renan, sont bonnes, vraies et saintes. Et pour un panthéiste, elles doivent l'être. Vhumanité a tout fait, et tout bien jait. L'humanité fait du divin comme V araignée file sa toile. Elle crée sa religion comme elle crée son Dieu. Elle adore dans l'objet de son culte ce qu'elle y met^ et ce 'qu'elle y met est toujours adorable. Les choses ne sont belles que par ce quy voit et ce qu'y met l'humanité. Source éternelle de beauté, elle y voit,

elle y met sa propre image, et elle s'enivre, elle s'enthousiasme de sa propre image, eic'e?,i\k adorer, c'est là le Dieu vivant, c'est là celui qu'il faut adorer.

« La religion « , dit encore M. Renan , « est l'œuvre « intime des facultés de chacun ... En fait de religion , » chacun se dresse un abri à sa mesure et selon ses be- » soins, y) (Etudes d'hist. rel., préf., p. xiii.) « Chacun 5) se fait sa théologie selon ses besoins... Toute opinion « librement conçue est bonne et morale pour celui qui 53 l'a conçue. « (Opinion nationale , 4 septembre 1862.) — « La religion est un problème que l'esprit crée en « s'y appliquant ; la vraie et bonne religion est pour w chacun celle qu'il croit et qu'il aime. » (Revue des Deux-Mondes, octobre 1860, p. 795.) « L'homme 5), dit encore M. Renan, ^^fait la sainteté Ae ce qu'il croit, 55 comme la bonté de ce qu'il aime .55 (Etudes d'hist. Tel., p. 423.) — « L'humanité ne se trompe pas sur 55 Tobjet même de son culte ; ce qu'elle adore est réel- 55 lement adorable, car ce qu'elle adore dans les carac- 55 tères qu'elle a idéalisés, c'est la bonté et la beauté 55 qu'elle y a mises. 55 (Ibid., p. xxii.) — « Les choses 55 ne sont belles (\wepar ce qu'y voit l'humanité... Son 55 hommage s'adressant à la beauté qu'elle leur sup- 55 pose (qu'elle suppose aux hommes qu'elle a adoptés) 55 et qu'elle a mise en eux, n'en est pas pour cela moins » méritoire. 55 (Ibid., p. 270-271.)

C'est d'après ces principes que, selon M. Renan, «la « religion est toujours vraie dans la croyance du peu- 55 pie 5). — u La conscience populaire... sanctifie le 59 symbole le plus imparfait. 55 (Études, préf., p. xvi.)

« C'est le privilège du sentiment pur d'être invulné- 5) rablc et de jouer avec le venin sans en être blessé. « (Ihid,, préf., p. xvii.) — « Il est superflu de reprocher 1) aux religions les absurdités qu'elles peuvent offrir au » point de vue du sens commun : c'est vouloir argu- » menter l'amour. » (Ihid.j, p.. 37.) — ce Rien ne signi- « fie par soi-même , et l'homme ne trouve dans les ob- 5) jets de son culte que ce qu'il y met... L'esprit souffle )) où il veut. S'il lui plaît d'attacher l'idéal à ceci, à 55 cela, qu'avez-vous à dire? « (Ihid,^ p. 38.) — Enfin : «Les religions devant représenter de la manière la « plus complète toutes les faces de l'esprit humain , et •>■) le burlesque étant un des aspects sous lesquels nous •>■) concevons la vie , le burlesque est un élément essentiel » de toutes les religions, ^î [Ibid.^ p. 65.)

En est-ce assez pour tous ceux à qui il reste quelque chose, je ne dis pas de religieux, mais d'honnête dans la conscience?

Ce n'est pas tout; et de là viennent les éloges que M. Renan donne au polythéisme; et il reproche aux Pères de l'Eglise, témoins des corruptions païennes, d'avoir fait contre le paganisme une polémique lourde, violente j, de mauvaise foi... une œuvre de démolition parla calomnie et le contre-sens . (Ibid.j p. 62-63.) Lui, il entend le polythéisme, et même le fétichisme, dans des sens plus raffinés. RI. Littré, de même, voit dans l'instinct qui créa le fétichisme une spontanéité heur-eusCj, et dans le p)ohj théisme des créations à Yàfois rationnelles et ingénieuses. « Quelle spontanéité heu- » reuse dans cet instinct ({m ptcrsonnijie tous les objets

1) de la nature, les rend mystérieux et vénérables, et » crée, en créant le fétichisme , la trame primitive de M l'existence sociale! Quelle splendeur d'imagination « et quelle inspiration de beauté, quand tout ce féti- 1) chisme... vint s'épandre en toutes ces créations, à la ■i^ fois si rationnelles et si ingénieuses , qu'on appelle « polythéisme! » (Conservation, etc., p. 281.)

Il suit de là que la religion des sauvages est trèsbonne pour les sauvages, et que les missionnaires chrétiens, quels qu'ils soient, ont bien tort d'aller leur porter l'Évangile; aussi M. Renan s'écrie-t-il avec attendrissement : a Oh! laissez ces derniers fils de la nature 15 s'éteindre sur le sein de leur mère, et n'interrompez

V pas de nos dogmes austères... leurs jeux d'enfants,

V leurs danses au clair de la lune! " Aussi, il y a, selon lui, une " grande erreur au fond de toutes les mis- « sions 55 . Les Paraguay sont des joujoux d'enfants. (Revue des Deux-Mondes , octobre 1860, p. 773.)

Cette vaste indifférence qui proclame la religion toujours sainte et vraie pour le peuple, même quand le peuple adore un Jupiter adultère et une Vénus impudique, ou de honteux fétiches, à quoi aboutit-elle, si ce n'est au mépris de toute religion?

Je le demande à ceux à qui des mots font encore illusion : suffira-t-il donc de parler de l'idéal pour se poser en homme religieux? Un panthéisme mystique, qui admet tout dans la religion, même le burlesque, et adore, comme sacré, toutes les fantaisies et tous les. délires, appellerons-nous cela religion? Non, qui que vous soyez, n'ayez plus pour de misérables sophismes

ces incroyables complaisances qui vont à profaner ce qu'il y a de plus sacré et à corrompre toute conscience ! . Avec de telles idées sur la religion, qui s'étonnerait de voir M. Renan la renvoyer dédaigneusement au peuple, aux gens illettrés, aux parties simples de l'humanité : « L'aliment que la science, Vart , l'exercice yi élevé de toutes les facultés fournissent à Vhomine » cultivé , la religion est chargée, à elle seule, de le « donner à l'homme illettré. ^5 [Etudes, xvi.)

A l'homme illettré donc, à l'homme simple et à ses instincts spontanés , à tous ceux, quels qu'ils soient, qui ne jjeuvent prétendre au culte des parfaits , à ceux-là la religion, pure légende, « éducation élémen- •n taire,... qui a souvent pour effet de rapetisser les y> esprits qui s'y emprisonnent. » Il est vrai, ajoute M. Renan, que " la plupart de ceux que la religion î) rapetisse étaient déjà petits avant de s'y livrer. ^5 (Ibid., p. XVI.) Mais à l'homme cultivé la science, l'art, l'exercice élevé de toutes les facultés : point de religion, il n'en a nul besoin. — « ^i'essayons pas de n bannir la légende, puisque telle est la forme que 5) revêt nécessairement la foi de l'humanité... ^5 , mais n'obligeons pas « la science à passer sous la censure w d'un pouvoir qui n'a rien de scientifique " . (Ihid,, p. XXII.)

Si telle est, en effet, la religion, il est évident que la première chose qu'un homme cultivé ait à faire, c'est de s'en débarrasser; mais il faut que ce soit au plus vite; car " à vingt ans i? , selon M. Taine, il est déjà trop tard, u On est déjà trop vieux pour devenir philo-

» sophe. Celui qui quitte sa religion doit la quitter de » bonne heure. » (Philo soj^hes français, p. 211.)

Ici, plus conséquent ou plus sincère, M. Littré, fondateur avec M. Comte de la religion de l'avenir, se sépare de M. Renan, et repousse le misérable compromis familier aux panthéistes : compromis u faisant du pann théisme pour les intelligences plus éclairées une ex- 55 plication transcendante des dogmes qui suffisent aux 5) intelligences vulgaires. — Mais c'est une chimère de » prétendre avoir en haut une croyance et en bas une « autre. Les communications sont trop directes pour « que rien de pareil soit possible. « [Paroles de j^hilo- Sophie 2)0 sitive, p. 32.)

AI. Renan est d'un autre avis, et il veut que le peuple ait une religion, à condition que le savant n'en aura pas.

M. Renan va plus loin encore dans son atteinte à la notion de la religion. Quand même un homme n'aurait jamais prié, ni même cru en Dieu, cet homme n'en a pas moins été éminemment religieux, s'il a été artiste, ou savant, ou critique, ou penseur; car la religion , ce n'est pas le culte de Dieu, c'est l'art, c'est la poésie ^ c'est la science, c'est la critique, c'est la seule pensée» — « La religion , c'est-à-dire l'aspiration au monde 15 idéaLî [Liberté dépenser, t. VI, p. 347), « entre tous « les genres de poésie, est celle qui atteint le mieux le 55 but essentiel de l'art. 5) [Études, préf., p. VI.)

Cependant la critique l'atteint encore mieux, car elle «renferme l'acte du culte le plus pur 5). [Etudes, p. 134.)

DÉFEYSE DE LA RELIGIOX. 147

Certains blasphèmes môme sont interprétés par M. Renan dans un sens religieux et lui paraissent «excusables, puisqu'ils partent de Famour qu'on a » pour la vérité, et qu'ils ne sont qu'une autre manière V de l'adorer, v (Essais^ p. 202.)

« L'athée ^ , dit encore M. Renan, « c'est l'homme friw voie. " {Liberté dépenser^ t. IV, p. 147.) Et ailleurs : « L'homme qui prend la vie au sérieux et emploie son * « activité à la poursuite d'une fin généreuse, voilà » l'homme religieux. L'homme frivole, superficiel, n sans haute moralité, voilà l'impie. » {Etudes ^ préf., p. XV.)

A ces étourdissantes théories , un jeune philosophe spiritualiste a répondu avec la fermeté du sens commun : « L'homme qui prend la vie au sérieux et qui la n consacre par une noble activité, je l'appellerai, selon 15 les circonstances, un penseur, un artiste, un savant, 15 un héros même, s'il porte son activité aux grandes 5) choses. Mais je ne l'appellerai pas un homme reli- » gieux, s'il ne croit pas en Dieu. 55 {L'idée de Dieu dans une jeune école ^ Revue contemporaine^ juin 1857.)

Et c'est après avoir écrit de telles choses que M. Renan vient nous dire : « Ceux-là ne me connaissent guère, y) qui pensent que je veux diminuer la somme de reli- 15 gion qui reste encore en ce monde. « {Eœjdications, p. 28.) Bien plus, il prétend « rendre service à la reliî5 gion... et épargner aux âmes les angoisses de ces 55 moments de transition où... ce sont les àmcs les plus 15 sincères qui croient être irréligieuses , où c'est

T) l'homme le plus pieux qui se déclare athée ^ ! » (Explications^ p. 30.)

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