‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 9 sur 49 · LA RELIGION · texte numérisé non relu

LA RELIGION

Il ne s'agit pas ici du Christianisme , ni des attaques spécialement dirigées contre lui : il s'agit des attaques dirigées contre toute religion, tout culte, toute croyance, même philosophique.

On prévoit, d'ailleurs, ce que toute religion peut devenir quand on a posé en principe que l'homme modèle Qi façonne, selon le temps et les circonstances , l'idéal variable de la morale , et que Dieu est Vuniversel devenir, la catégorie de Vidéal, comme l'espace est la catégorie des corps. La religion sera nécessairement ce que chacun voudra, ce que chacun la fera : toute religion, quelle qu'elle soit, sera bonne et sainte , ou plutôt il n'y en aura pas, il ne peut pas y en avoir.

Je n'ai , du reste , qu'à tirer ici une irrécusable conséquence. Puisque MM. Littré, Taine et Renan s'accordent à nier Dieu, — le Dieu personnel, le Dieu distinct du monde, le Dieu créateur, le Dieu Providence, le vrai Dieu , — il est manifeste qu'ils ruinent par la base toute religion. La religion suppose deux termes, Dieu

et riiomme : si l'un des deux termes est supprimé, la religion est impossible. Plus de Dieu, plus de religion, ni positive , ni naturelle ; ceci est Tévidence même.

Cependant , ces écrivains ne consentent pas plus à être appelés irréligieux qu'à être appelés athées, et par le plus intolérable abus du langage, corrompant l'idée de la religion comme ils corrompent l'idée de Dieu , ils étalent dans leurs ouvrages des théories religieuses qui ne sont autre chose que le renversement de toute religion.

M. Taine lui-même, nous l'avons vu, se pose comme un penseur à la recherche d'une religion nouvelle. Cl Dans cette conception des choses « , dit-il , ce il y a un w art, une morale, une politique, ime l'eligion nouvelle^ 1) et c'est notre affaire aujourd'hui de les chercher, v {Revue des Deux-Mondes^ octobre 1862, p. 948.)

Je viens protester au nom du bon sens , de la bonne foi, de la conscience, contre cette profanation d'un nom sacré. Les hommes qui ne croient point à Dieu ne peuvent pas , sans dérision , prononcer encore un mot qui n'a plus aucun sens dans leur bouche.

Je le demande , M. Littré n'outrage-t-il pas le bon sens encore plus que la langue, quand il ose proclamer que la religion n'a rien de commun avec Dieu , ou , comme il s'exprime, avec la théologie, c'est-à-dire avec la connaissance de Dieu^ car c'est ainsi qu'il déflnit lui-même la théologie. Que signifient ces paroles : ce Le » mot religion n'implique aucune idée théologique... » (Conservation, p. 299), c'est-à-dire aucune connaissance de Dieu, ce La théologie )) , la connaissance de

Dieu, « et la religion... longtemps confondues en une » notion commune , sont pourtant fondamentalement « distinctes... « [Ihid.j, p 279.) Que signifient dételles paroles, si ce n'est que Dieu n'est point l'objet de la religion, et qu'il faut l'en chasser, comme on l'a chassé de la nature ?

C'est là précisément l'idée fondamentale de M. Littré : aussi , quand il parle de dogme nouveau et de religion nouvelle, il a soin de déclarer qu'il ne s'agit pas «de la restauration ténébreuse d'idées surnaturelles " . {Ibid.j p. 12*2.) Xon, il s'agit d'une religion sans Dieu ; il s'agit de substituer à Dieu l'Humanité. « Le dogme » nouveau nous révèle une grande et suprême exisiî tence, qui est notre idéal, notre culte ^ l'humakité .d {fbid.j XXXI.) — ce Poètes, elle vous demandera des « chants ; peintres et sculpteurs , elle vous demandera V des toiles et des marbres ; architectes^ elle vous den mandera des temples. ^^ {Ibid.j p. 284;.)

Et qu'on ne croie pas que ce sont ici des paroles en l'air. Non, le projet de renverser le Christianisme et de fonder un nouveau culte est un dessein arrêté , suivi ; et quoique nous nous attendions à peu près à tout delà part des écrivains dont je suis condamné à dévoiler ici les aberrations, j'avoue que je ne m'attendais pas à rencontrer celles dont je vais mettre sous les yeux un exemple.

M. A. Comte, l'homme que M. Littré proclame son maître , et qu'il proclame en même temps le révélateur du dogme nouveau et le régénérateur de la société, M. Comte est le fondateur de la religion de l'a-

venir, et il en a réglé tout le culte. J'ai sous les yeux une quatrième édition d'un calendrier positiviste, où s'étale un tableau qui présente ce qu'ils appellent «la îj solennelle idéalisation du Grand-Etre » , c'est-à-dire V Humanité . Voici ce tableau :

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