LE PÉRIL RELIGIEUX
Oui , qii'êtes-vous et que nous préparez-vous ? Le moment est venu de le dire.
Jusqu'ici , dans ce travail , qu'avons-nous fait ? jVous avons rappelé les injures, signalé la tactique , posé la question , répondu aux arguments , mis à découvert quelques impiétés de détail : cette polémique était nécessaire ; mais elle n'est que l'accessoire de cet écrit.
Il s'agit ici des doctrines les plus fondamentales ; de l'état actuel des esprits au point de vue de ces doctrines sacrées; des positions respectives de la religion et de l'impiété ; de la guerre faite à Dieu, et du péril social qui est au bout de cette guerre.
On en est arrivé à ce point de la lutte religieuse , prévu et annoncé par nous à l'avance, où, les intermédiaires étant franchis , l'erreur totale et la vérité totale se trouvent en présence, et se livrent un décisif combat, dont l'enjeu est tout l'avenir de la société. La lutte est en ce moment, d'une part, entre la religion , toute religion j, et d'autre part, l'athéisme, et les auxiliaires , conséquents ou non, de l'athéisme. La question est solennelle, je le sens. Je dois à mon pays d'exposer toute ma pensée avec une entière franchise. Il faut que les voiles tombent, et que la lumière se fasse.
Je traiterai ici des deux formes principales de la guerre faite à Dieu :
De l'athéisme ;
Et de la morale indépendante, — qui est l'athéisme pratique.
l'athéisme.
Depuis longtemps, en Europe, en France surtout, l'indépendance de l'esprit humain, qui ne le sait ? s'est exaltée , et le joug de la foi et des antiques croyances a été rejeté par une foule d'hommes.
Le protestantisme , — nos frères séparés peuvent voir aujourd'hui où cela les a conduits ; Luther, qui ne pleurait guère , pleurerait , s'il assistait aux luttes actuelles du protestantisme , — le protestantisme a commencé l'œuvre d'incrédulité en Europe ; le philosophisme impie du dix-huitième siècle l'a continuée ; notre siècle l'a vue renaître, depuis dix années surtout, avec une ardeur nouvelle, et aux vieilles objections plus ou moins flottantes dans les esprits ont succédé des attaques plus radicales que jamais.
Le protestantisme attaquait surtout l'Eglise , le voltairianisme attaquait surtout le Christianisme : aujourd'hui, on attaque tout, et les dogmes surnaturels, et les vérités rationnelles; toute philosophie, comme toute religion ; toute raison, comme toute foi.
Et ce qui rend , à l'heure présente , plus redoutables môme qu'au dix-huitième siècle, toutes ces attaques de
rirréligion déchaînée, ce sont les immenses moyens de propagande dont elle dispose, et qui lui permettent de pénétrer partout, de se faire entendre partout, d'agir chaque jour avec une opiniâtreté sans relâche sur le pays, de l'enlacer de toutes parts, et d'atteindre ainsi jusqu'aux dernières couches populaires.
La guerre à Dieu, l'athéisme et ses auxiliaires, tel est aujourd'hui le péril.
Ce nom d'athéisme fait horreur, je le sais , et personne n'en veut. On le repousse comme une injure ; et, selon l'éternelle méthode des sophistes, on sait se faire ici une langue à part, pour tromper les esprits. Dieu, on retient encore le mot, et on ruine le dogme; on retient le mot, parce que, dit-on, ilfaut ménager encore « les simjjles « ; mais du dogme , on s'en moque : c'est u?i bon vieux mot u?i peu lourde mais qu'on raffinera de plus en ^^ius^ jusqu'à ce qu'il ne signifie plus rien ; et après cela on s'irrite contre « ceux par la 1) grâce desquels v , dit-on , « on est panthéiste , maté- » rialiste, athée, sans le savoir ' î) .
Ne nous laissons pas prendre à de telles habiletés. Il est vain de se payer de mots : allons au fond des choses, et prenons les doctrines pour ce qu'elles sont.
Nous définissons l'athéisme : la négation de Dieu, du Dieu distinct du monde, du Dieu personnel, vivant et créateur : et nous appelons nettement athée quiconque nie ce Dieu, quelle que soit la formule dans laquelle , pour ménager et les simples » et leur en imposer, il enveloppe son athéisme.
^ Renan, Études d'histowe religieuse, préface.
Eh bien î je dis qu'il se fait aujourd'hui parmi nous un travail profond et audacieux d'athéisme ; qu^il y a en France , à l'heure qu'il est, sous différents noms , plusieurs écoles d'athéisme : — écoles philosophiques : qui veulent chasser Dieu de la raison et de la pensée ; écoles scientifiques : qui veulent chasser Dieu de la nature et de la science ; — écoles de morale indépendante : qui veulent chasser Dieu de la conscience et de la vie ; — écoles fatalistes : qui veulent chasser Dieu de l'histoire; — enfin, écoles socialistes. On veut chasser Dieu de la société^; on veut chasser Dieu de partout. Et l'athéisme contemporain a cela de remarquable , qu'il n'est plus une simple spéculation , mais qu'il aspire à passer dans la pratique ; il veut tout refaire, tout réformer, tout réorganiser sans Dieu et sans religion, bien plus, contre Dieu et contre toute religion ; tout : la science, l'éducation, la morale, la société. Voilà le caractère elles entreprises de l'athéisme contemporain. J'étonne peut-être ici les personnes peu attentives à suivre le mouvement des esprits et la marche des idées. La vérité est néanmoins, et j'affirme :
Qu'il y a en France, présentement, sous différents noms, plusieurs grandes écoles d'athéisme, dont les conséquences pratiques sont absolument les mêmes ;
Que ces écoles sont vivantes , actives , ardentes , en possession des plus puissants organes de la publicité : qu'elles ne reculent pas, qu'elles avancent ;
Et j'ajoute qu'à côté des écrivains qui propagent par la plume ces doctrines d'athéisme , et qui , sciemment ou non, aident à leur triomphe, et travaillent ainsi à la
dissolution de toutes les croyances , il y a les hommes d'action qui s'occupent avec non moins d'ardeur à organiser l'athéisme et à détruire en fait toute religion. Voilà la situation que je dénonce.
LES ÉCOLES d'athéisme
J'ai écrit, il y a trois ans, un Avertissement aux Pères de famille pour signaler ce péril : mais déjà, avant moi, dès 1857, un écrivain, dont le style est aussi distingué que ses appréciations et ses polémiques sont modérées , M. Caro , écrivait avec effroi cet.te parole dans la Revue contemporaine : « L'idée de Dieu est eiv