‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 38 sur 49 · CETTE PRÉTEXDUE MORALE ÉBRANLE LES BASES DE LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

CETTE PRÉTEXDUE MORALE ÉBRANLE LES BASES DE LA SOCIÉTÉ

Avec la morale indépendante , les lois sociales manquent de fondement et d'autorité. Tout ce que cette morale objecte contre la loi émanée de Dieu retombe à plus forte raison, qui ne le sent? contre toute loi émanée des hommes. L'homme seul, évidemment, ne peut obliger l'homme.

L'Assemblée républicaine de 1848 comme TAssem-

. DÉFENSE DE LA RELiGIOXf. 373

blée constituante de 89 l'avaient comcris . auand elles proclamaieiii « en présence et sous les ausj)icesde Dieu, « de TEtre suprême 55 l'une, la Constitution de 1848; l'autre, les Droits de l'iiomme et du citoyen : reconnaissant implicitement que la loi humaine dérive de la loi divine.

Si votre loi ne vient pas de plus haut que vous, on s'y soumettra, si on y est forcé; on la violera, quand on pourra. Je défie, si on supprime l'idée de Dieu, si les lois humaines ne puisent pas leur autorité à cette source , si on ne dit pas avec un poëte antique: « Dans » ces lois immortelles est un Dieu qui ne vieillit pas v , je défie de constituer les lois humaines sur une autre base que la force, et là se montre la vérité profonde de ce mot de Benjamin Constant , qu'il y a une secrète solidarité entre le despotisme et le matérialisme.

Ne voyez-vous pas qu'avec la morale indépendante , un antagonisme redoutable est établi entre l'individu , ses passions, ses intérêts, et la société? Les gens qui révent une nouvelle société, où les penchants de la nature ne seront plus contrariés par les lois, ne rêventils pas aussi une morale nouvelle ?

N'y en a-t-il pas parmi eux qui raisonnent, en partant du principe de la morale indépendante, avec la rigueur que voici ?

« Nous n'avons pas le droit de nier ni de proscrire » ce que la nature a mis en nous. Nous devons , au » contraire , développer toutes nos facultés, les affran- 55 chir, les déblayer de tous préjugés, «

Et ce qu'ils veulent dire, et disent expressément ,

par ce que la nature a mis en nous , c'est ce que je ne puis me permettre cV exposer ici.

Mais les conséquences sociales qu'ils tirent de tout cela, c'est Vhomme libre et la femme lïbre^ en dépit de la société :

a Le souvenir du bonheur est mélancolique... Je « t'en veux, ô société! Je t'en veux profondément... « Certes , sans toi , ce bonheur n'eût pas cessé. Tu as y> voulu qu'il ne fût qu'intermittent, et c'est pour cela 1) que je t'en veux. îî

« Qu'est-ce qui fait qrre la société actuelle nous mé- 1) contente tellement? C'est qu'on ne satisfait ni notre î) raison, ni notre sentiment. C'est que l'homme n'est M pas encore affranchi, et que la femme est encore -5) esclave ^ :?

Les mêmes moralistes indépendants font à l'Eglise l'application suivante de leur morale :

ce Ah ! prenez-y garde, Messieurs les cléricaux,... 1) nous saurons, s'il le faut, vous confondre, nous sau- « rons, si le lent travail de la science ne suffit pas, 15 inscrire sur nos étendards et mettre à exécution î5 la grande pensée du siècle dernier : Ecrasons Vinyi fàme ^! ->•>

C'est au nom de cette morale indépendante qu'on ébranle la famille : son indissolul)ilité par le divorce, et sa sainteté par l'adultère, nous l'avons vu, et qu'on ne craint pas de dire : « Qu'en dehors et au-dessous du 1) mariage peuvent subsister entre les deux sexes des

Revue du Progrès, novembre 1868.

Ibid.^ janxner 1864.

5) unions encore respectables, lc(jithn<'es par la salure, î5 sinon par la loi sociale. »

Que Ton «proteste, au nom des droits de V amour ^ » contre le préjugé chrétien » , qui condamne et la » femme galante, la courtisane ' ^5; que dis-je? que Ton préfère quelquefois la courtisane à Tépouse, comme «plus chaste et plus fidèle ' »; et qu'enfin on ajoute : « Ce n'est pas à la nature à se plier aux règles souvent « arbitraires ou erronées de la société civile , mais c'est » à la société civile de se conformer aux lois de la » nature \ w

Et voilà un auteur et un livre que de grands journaux à Paris , à Lyon , ont célébré ! Un livre que la Libre Pensée a nommé indispensable pour quiconque s'intéresse aux grandes questions morales et religieuses ; dont la Morale indépendante , d'accord avec la feuille matérialiste et athée , a dit de son côté : « Voilà un 5) livre dont nous conseillons la lecture à nos adver- » saires comme à nos amis. "

Est-ce donc là cette morale indépendante, qui peut seule, comme parle le Journal des Débats j, «fonder •il et assurer l'unité spirituelle et cordiale du genre î5 humain » ?

C'est encore au nom de la morale indépendante qu'on a dit : « La propriété , c'é^t le vol « ; c'est un droit de convention substitué au droit de nature; et qu'on ébranle la société.

1 M. Boutcvillc.

2 M. Proudhon.

^ M. Bouteville.

C'est au nom de la morale indépendante enfin qu^on a dit : et Guerre à Dieu ! c'est le tyran delà pensée, de » la conscience , de la nature , de la vie^ Dieu, c'est le

1) mal ! w

Le monde est son caprice, et l'homme son jouet... Notre réiolte est due aux chaînes qu'il nous tisse. Le mal partout l'accuse : il ne se défend pas. C'est qu'à vouloir parler il serait par trop las M

Séparez la morale de la Religion, dans la société, dans la famille , dans l'école , voilà où vous arriverez.

Concluons : La morale vient de Dieu , ne se peut séparer de Dieu.

La morale indépendante de tout dogme , religieux et philosoptiique , n'est pas la morale , c'est l'athéisme , conséquent ou inconséquent , l'athéisme pratique.

Et ceux qui , croyant en Dieu , proclament cependant la morale indépendante de Dieu et de tout dogme philosophique et religieux, suhsistant par elle-même, parce qu'elle est, disent-ils, un principe, un idéal, ceux-là, ici comme partout, font les affaires de l'athéisme.

Mais c'est assez, et en laissant là, j'allais dire avec dégoût, cet athéisme, conséquent ou inconséquent, mais pratique, qui s'appelle la morale indépendante, je résume ce triste débat en adressant aux docteurs de cette morale un dernier mot :

Que prétendez-vous définitivement et qu'entendezvous avec votre indépendance de la morale et de la conscience humaine ?

1 La Libre Pensée, 11 novembre 1866.

Entondez-vous que le Dccalogue éternel est gravé dans vos cœurs comme sur des tables plus saintes encore que les tables de pierre de l'antique loi?

Entendez -vous proclamer les Commandements de Dieu :

Tu ne tueras point,.

Tu ne déroberas point,

Tu ne mentiras point,

Tu ne porteras point de faux témoignages,

Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain?

Si c'est cette morale-là que vous déclarez immuable, universelle, indépendante, je l'admets : indépendante, non pas de Dieu, mais de nos faiblesses, de nos passions , de nos ignorances , de nos erreurs , de nos disputes ; car , selon la grande parole de saint Augustin : Divino intonante iwœcepto , ohediendum est, non disputandiun ;

En un mot, indépendante de l'homme et venant de Dieu.

Si c'est cela, oh! alors, nous sommes d'accord.

La ferme conscience qui, le regard invariablement fixé sur la loi, sur le devoir, ne fléchit pas et se tient toujours debout dans l'honneur et la vertu, voilà notre liberté de conscience, notre morale indépendante, à nous.

Mais si vous voulez nous dire que vous êtes le plus noble des hommes., lorsque vous êtes violemment épris d'une misérable courtisane... et que vous n'avez pas à en rougir ;

Que la fille de mauvaise vie est préférable à la plus Jidèle é/pouse;

Que la prostituée vaut la Sœur de charité ;

QvLQ la jouissance est divine comme la conscience ;

Que le vice et la vertu sont des produits comme le sucre et le vitriol;

Qu'il y a une morale pour chaque siècle^ et pour chaque race; et « des mesures différentes pour la sincérité; 15

Qu'il faut livrer Findissolubilité du mariage et la sainteté de la famille ^ux entraînements des êtres à affections vives et passagères ;

Que la propriété j, c'est le vol!

Que Dieu^ c'est le mal!

Et qu'il faut enfin faire plier les lois arbitraires et erronées de la société civile aux caprices du cœur et des sens, appelés par i^ous les lois de la nature;

Oh! alors, nous n'avons pas dans notre cœur assez d'horreur et dans nos paroles assez d'énergie pour repousser votre morale !

Et quand vous appelez cette morale-là indépendante, ce mot nous fait frémir, parce qu'il ne signifie plus autre chose que la suppression de tous les liens et de tous les freins.

Une telle morale, nous n'en voulons pas, ni au foyer domestique, ni dans les écoles où s'élève notre jeunesse, ni dans la société où nous vivons.

Et nous vous dirons, ou plutôt nous laisserons le divin Platon vous dire ce qu'il disait jadis aux corrupteurs de la morale dans Athènes :

« Retirez-vous, et ne venez pas nous dépraver!...

« Nous faisons une grande œuvre... nous cherchons, w nous tous qui voulons être vertueux, à représenter w en nous-mêmes, et dans le drame de la vie humaine, » la loi divine et la vertu...

» Ne comptez donc pas que nous vous laissions entrer » chez nous sans résistance , dresser votre tribune sur » la place publique, adresser la parole à nos femmes, à » nos enfants, à tout le peuple, et leur débiter des 1) maximes dissolvantes de toute vertu, v

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