‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 44 sur 49 · UNE LIGUE DITE DE L'ENSEIGNEMENT · texte numérisé non relu

UNE LIGUE DITE DE L'ENSEIGNEMENT

Messieurs ,

Un journal, que je ne veux pas nommer, vient pour la seconde fois, et c'était déjà trop d'une première, d'entretenir les Orléanais de la Ligue dite de V Enseignement ^ et il leur propose de l'introduire à Orléans Puisque cette ligue vient nous chercher jusque chez nous, je dois m'en occuper de nouveau. Il m'est certes pénible de rentrer dans ces luttes ; mais je suis attaqué ; je me défends. Du reste, pour vous éclairer sur ce qu'est cette ligue, je n'aurai qu'à vous en redire l'histoire.

Vous vous y tromperiez, si vous la jugiez d'après le nom qu'elle se donne.

Ce n'est point une ligue pour renseignement; c'est une ligue contre la religion. Son nom n'est qu'un masque pour cacher son but. L'enseignement, c'est le

masque; l'irréligion, l'antichristianisme, c'est le but. Mais le masque fait des dupes, qui deviennent complices d'un détestable but.

Quelle est donc son origine?

Cette Ligue y que Mgr l'Evêque de Metz a dénoncée l'année dernière dans un courageux mandement, a été importée de Belgique en France par les francs-maçons et les solidaires; et maintenant, avec toute l'ardeur d'une propagande, elle fonde des bibliothèques et des cours pour les hommes, pour les femmes, pour les jeunes filles, pour les enfants, dans les mairies, et ailleurs.

Son origine maçonnique aurait dû suffire à révéler la pensée et le but : car le fondateur, M. Jean Macé, est un franc-maçon, — dont le nom d'ailleurs se retrouve avec tous les noms francs-maçons et saint-simoniens qui se lisent parmi les fondateurs et patrons des écoles antichrétiennes de Paris que j'ai signalées naguère. Cl II n'est pas douteux » , écrit Mgr de Metz, « que cette 1) Ligue se rattache par son inspiration, son esprit, et î) son principal fondateur ou organisateur, à une ligue » semblable créée, il y a quelques années, en Belgique, » à l'usage des solidaires , et introduite ou essayée en w Alsace en 1866 \ «

Du reste, le fondateur l'a déclaré lui-même dans une

réunion générale d'un des Cercles àe la Ligue ^ à Metz.

Il revenait d'une assemblée tenue en Belgique, et c'est

« après avoir assisté à Liège à une séance de la Ligue

» de l'enseignement belge « , qu'il prit « la résolution

* Lettre de Mgr de Metz, p. 10.

DEFE\îSE DE LA RELIGION. 437

î5 de provoquer en France la formation d'une Ligue w ANALOGIE \ " L'origine solidaire et l'intention maçonnique de la Ligue française ne sont donc pas douteuses; et les commentaires des journaux francs-maçons, qui se répandent si dangereusement en France depuis quelques années, ne laissent d'ailleurs ici rien à deviner : ils ont toute la clarté désirable, et n'ont pas manqué de vanter et de propager cette Ligue de l'enseignement, œuvre d'une inspiration essentiellement maçonnique. — Sur quel principe, en effet, reposet-elle?

Elle repose, qu'on le remarque bien, sur ce principe, que désormais la religion doit être exclue définitivement de l'éducation du peuple : « On ne s'occupera i? , • dit l'article 3 des statuts de cette Ligue, «ni de politique, « ni de religion. « Soit pour la politique, Messieurs; nous la bannissons nous-mêmes de nos écoles; mais la Religion! On ne traite pas, en fait d'enseignement et d'éducation morale, la religion comme la politique. La Religion a sa place nécessaire là; l'en exclure, c'est la supprimer.

C'est du reste ce que vous voulez, et ce que les francs-maçons, dans leurs journaux, veulent et disent nettement. La religion est formellement bannie de l'éducation par ces nouveaux éducateurs, non-seulement comme superflue, mais encore comme incapable de donner une base à la morale, comme « inutile, disent- » ils, pour discipliner les enfants, et» même, à un certain point de vue, « snsceptihle de les conduire à ^ Deuxième Bulletin de la Ligue. — Janvier 1868, p. 10, 11.

438 XOUVELLES OEUVRES CHOISIES.

1) V abandon de toute morale. Donc, concluent-ils, il r) est urgent d'y rexoxcer. Xous enseignerons les droits Tî et les devoirs au nom de la liberté , de la conscience, 77 de la raison, et encore au nom de la solidarité \ 77

Tel est donc le sens de cette formule en apparence inoffensire , mais inventée pour rallier le plus d'adhérents possible , et écrite dans les statuts de la Ligue de l'enseignement : - On ne s'occupera pas de religion ^7 ; et voilà pourquoi on a fondé cette ligue, et voilà pourquoi on l'apporte chez nous.

Aussi le même journal, le Monde maçonnique^ écrivait-il encore : '■ Les Alaçons doivent adhérer en masse r à la Ligue bienfaisante de l'enseignement, et les 77 Loges doivent étudier, dans la paix de leurs temples, 77 les meilleurs moyens de la rendre efficace. Leur 77 influence sera des plus utiles. Les principes que nous 77 professons sont £X parfait accord avec ceux qui oxt 77 ixspiré le projet du F.-. Macé -. « Et peu de temps après, le même journal contenait ce passage, que nous recommandons à l'attention de ceux qui ne veulent pas être dupes des mots, ni se laisser prendre par les apparences : a Xous sommes heureux de constater que la 77 Ligue de l'enseignement et la statue du F.*. \'oltaire 77 rencontrent dans toutes nos Loges les plus vives sym- 77 pathies. On ne pouvait avoir deux souscriptions plus 77 en harmonie : Voltaire, c'est-à-dire la destruction des 77 préjugés et des superstitions; la Ligue de Tenseigne- -n ment, c'est-à-dire l'édification d'une société nouvelle,

* Le Monde maçonnique , octobre 5866 (1866), p. 372. « Ibid., février .5S67 (1867).

DEFEXSE DE LA RELIGIOX. 439

V uniquement basée sur la science et l'instruction. Tous :: nos FF.*, le comprennent ainsi '.

"î Et vous aussi, Alessieurs, tous le comprendrez

V désormais v , ajoutait Mgr de Metz : « souscrire à la

V statue du plus grand ennemi de Jésus-Christ dans les 23 temps modernes, et à la Ligue de renseignement, 35 c'est souscrire à deux œuvres semblables dans leur 35 esprit et dans leur but '. 3)

Et le F.'. Jean Macé, afin qu'il ne nous reste aucun doute à cet égard, n'a pas manqué, dans un grand dîner maçonnique, de porter un toast solennel, avec tout le faste et la phraséologie de l'éloquence franc-maçonne, au F.'. Voltaire ^

Si les paroles du journal maçonnique n'édifient point décidément les naïfs sur la vraie portée de ces mots : « On ne s'occupera pas de religion 3? ; sur le vrai sens du divorce impie que l'on proclame entre l'éducation, la morale et la religion, il faut désespérer d'éclairer jamais certaines gens '^.

Tel est donc l'enseignement pour lequel on se ligue : c'est l'enseignement séparé de la religion, c'est la religion supprimée de l'éducation, et chassée des écoles; c'est le peuple élevé sans religion ; c'est la morale sans religion, la morale indépendante : en un mot, c'est,

1 Le Monde maçonnique, avril 5867 (1867), p. 736.

2 ilandement de Mgr de .Metz, p. 10.

2 Le Monde maçonnique.

* C'est le Monde maçonnique qui nous apprend encore que dans une école professionnelle de jeunes filles, le prix de morale a été décerné aux fdles d'un libre penseur, qui fi'ont Jamais suivi les cours d'aucun culte religieux.

440 \0l\ ELLES OEUVRES CHOISIES.

sous le mensonge d'une neutralité hypocrite, la ruine pratique de la religion.

Le Siècle du moins était sincère quand il écrivait : « Oui, pour combattre efficacement l'ennemi (la reli-

V gion), nous n'aidons qu'une seule arme, il est vrai, « mais une arme puissante et infaillible, c'est la sépa-

V ration absolue de renseignement inoral et de Venseir> gnement religieux '. «

1 Et comment ne pas voir que chasser la religion de l'éducation, c'est se mettre en dehors de toute civilisation et au ban de l'Europe civilisée ?

Eu Angleterre, en Allemagne et en France, les plus grands hommes d'Etat l'ont unanimement proclamé.

a Au nom des droits de la conscience i , Robert Peel demandait c que la religion formât la base universelle de toute éducation, et D que l'instruction religieuse donnée dans l'école fût dogmatique. » Et il allait jusqu'à dire que le système de la séparation a viole les 5) droits de la conscience, et que l'Eglise, plutôt que de consentir à j un tel plan, devrait se séparer entièrement de l'Etat, et prendre » en mains, et en dehors du gouvernement, l'éducation du peuple, y

Lord Stanley, aujourd'hui lord Derby, disait « que l'éducation pu- T blique devait être considérée comme inséparable de la religion » ; il déclarait le système contraire, s la réalisation d'une idée folle et n dangereuse. ■•

c Tout système qui place l'éducation religieuse sur l'arrièret plan Ts , disait de son côté M. Gladstone, a est un système pernicieux. »

a Je préférerais mourir > , s'écriait sir Stafford Xorthcote, & pluï tôt que de livrer mes enfants au caprice de tels instituteurs, i

Lord Russell lui-même , dans son plan, voulait que , dans l'école normale qu'il proposait de fonder , s la religion réglât le système » entier de l'éducation, d

Les hommes d'État les plus autorisés de l'Allemagne et de la Prusse ne pensent pas autrement :

c On a acquis en Prusse s, écrivait M. de Raumer, « la convic- D tion de plus en plus fondée, que la prospérité de l'école primaire » dépend de son union intime avec l'Eglise, r Et quelques années après, en 1854, il écrivait que l'éducation doit reposer t sur la base

DÉFENSE DE LA RELIfilOX. «41

Aussi, les Loges niaronniqiies troiiiant cette arme dans la Ligue ^ se sont empressées de s'y affilier en masse. Parmi les listes (radlirreiits pul)liées par le Bulletin de la Ligue j, je lis :

La L.'. VEclio du Grand-Orient^ de Xîmes,

» du Christianisme, véritable soutien de la famille, de la commune 1) et de l'Etat, -o W. de Beust, aujourd'hui archichaucclicr de l'Autriche, ministre en Saxe en 1851, promulguait alors une loi conçue dans les mètnes principes.

Des protestants, tels que M. Stlial et M. Ilenjjstcnborg , réclamaient aussi pour l'éducation avec la religion ; et parmi les catholiques, Mgr Ketteler, l'illustre évoque de Alayence , le demandait au nom de la liberté.

Il n'y a véritablement que les matérialistes et les athées qui puissent sans inconséquence patroner le système contraire , le système de séparation ; et je comprends parfaitement un des coryphées actuels du matérialisme, M. Vogt, disant, en plein parlement de Francfort, en 18 V8 : n. Il nous faut la séparation de l'Eglise et de l'Etat, » de telle sorte que tout ce qui porte le no.m d'église soit axéaxti, •n que ce qu'on nomme Eglise disparaisse de la terre sans laisser de ■a trace... Abolissez donc tout ce système qui inculque à l'homme, » dès son enfance, des croyances pour l'avenir... Il faut pouvoir

T) ETRE athée. T)

C'est donc avec autant de clairvoyance que d'autorité , qu'en France , les hommes d'Etat les plus éminents ont peusé et parlé ici comme les plus grands esprits de l'Allemagne et de l'Angleterre.

L'éducation sans principe religieux est « un danger pour la soï ciété " , a dit nettement AI. Cuizot. u Le devoir des familles et du s clergé d , ajoutait M. Cousin, « est de combattre l'école où un en- » seignemeiit religieux positif ne serait pas donné, s — Je ne rappellerai pas les énergiques paroles de I\I. Thiers, que tout le monde sait, et son mépris pour les utopistes impies que je combats. — Et à une époque qui donne ù sa parole plus d'autorité encore, le 15 germinal an X, AI. Portalis , présentant au Corps législatif les résultats de l'enquête sur l'instruction publique , ordonnée par le Premier Consul , concluait par les déclarations solemicUes que voici :

« Il est temps que les théories se taisent devant les faits. Point » d'i?istruction sans éducation, sans morale, et sans RELiniox.

» Les professeurs ont enseigné dans le désert. L'instruction est

La L.-. Saint- Jean de Jérusalem j, de iVancy, La L.'. la Sincérité ^ de Reims, La L.-. V Ecole mutuelle ^ de Paris, La L.*. la Ligne droite ^ de Paris, La L.-. V Etoile de la Charente^ d'Angoiilème , La L.*. les Arts réunis j, de Màcon, La L.'. la Libre Pensée , d'Aurillac, La L.*. la Réunion , de Toulon, La L.'. VEs])érance couronnée y, de Dieppe, La L.'. la Rose du Pensait Silence^ du Mans. Et une foule d'autres^^oges, aux noms plus ou moins ridicules et grotesques \

» nulle depuis dix ans : il faut prendre la religion pour base de t l'éducation.

t Ainsi TOUTE LA France appelle la religion au secours de la mo-

Page 1