CONFÉDÉRATION DE SOCIÉTÉS
Et c'est pourquoi en ce moment la Ligue s'occupe activement de constituer « une agence centrale, ser- M vaut en quelque sorte de bureau permanent de ren- 5) seignements et de statistique, à l'usage de tous les M centres du réseau de la Ligue ^ «
Il y a déjà de ces centres à Dieppe, à Reims, à Xancy. «Dans plusieurs localités , diverses institutions dues à 5) l'initiative privée se sont rattacbées à la Ligue, no-
1 Qu'on examine encore les bibliothèques de cette Ligue. Là se rencontrent parmi les livres de morale qui doivent faire l'éducation des jeunes gens et des jeunes filles, des adultes hommes et femmes, dans les classes laborieuses et populaires, V Emile de Rousseau, Notre-Dame de Paris, et madame Sand , et autres livres de cette nature .
2 Deuxième Bulletin trimestriel, 1 ''janvier 1868, p. 11.
3 Ibid., p. 5.
DEFEXSi: DE LA RELIGIOX. 447
« tamment à Moulins, à Roanne, à Mazamet, à Mcillon- » nas '. « Et je lisais naguère dans un journal universitaire, défenseur ardent de M. Duruy, dans la Revue de V Instruction publique^ , que « des sociétés sem- » blables sont en voie de formation à Strasbourg, Mul- » bouse, Reims, IVancy, Périgueux, Cbàteau-Thierry, « Bar-le-Duc, Saint-Dié, etc. w Ces renseignements étaient donnés à la Revue par M. le professeur de rliétorique au lycée impérial de Metz, lequel applaudissait naturellement à tout cela, et faisait des vœux pour que le mouvement continue et se propage.
Et il faut bien ajouter que le F.'. Jean Macé, fondateur de la Ligue de V enseignement ^ et dont le Bulletin de la Ligue dit qu'il est le plus vaillant ligueur de France^, est aussi un professeur; le président de la Ligue à Metz, un autre professeur, et du lycée même de Metz; et dans une lettre de ce professeur, que publiait il y a quelques mois le Vœu national de Metz *, il se déclarait hardiment franc-maçon et libre penseur. Et d'ailleurs, afin que l'accord fût parfait, M. le proviseur du lycée impérial, dit ce bulletin, ce avec une » obligeance dont nous ne saurions trop le remercier 53 et le féliciter 5) , a mis à la disposition de la Ligue une des salles de l'établissement dont il est le chef. Les cours se font au lycée.
Voilà, il faut l'avouer, un lycée bien pourvu. Ces
1 Deuxième Bulletin de la Ligue, iaLiivier 1868, p. 4.
2 No du 24 février 18G8.
3 N° de janvier 1868, p. 10.
^ N» du 4 mars.
messieurs sont évidemment sûrs de leur fait et de leur ministre. Et pour peu que les maîtres d'école, sûrs de leur fait aussi , se fassent francs-maçons et ligueurs comme les professeurs, cela nous promet un bel avenir. Que les gens d'esprit qui ont la vue basse se rassurent. Pour moi je ne suis pas de cette sorte.
La Ligue ^ du reste, admet parmi ses membres des enfants mêmes , et cela avant l'âge de quinze ans! Au moins devront-ils consulter leur père et leur mère? C'est ce dont les statuts ne s'occupent pas.
Et je lis dans un discours du F.-. Jean Alacé, que les élèves de ces cours sont des ligueurs au même titre que les professeurs ; l'un donnant, l'autre recevant, ils doivent tous être sur le même pied dans les cercles de la Ligue ' .
Enfin, le programme de l'enseignement a été approuvé provisoirement par M. le préfet de la Moselle, en date du 5 novembre 1867. Et comme si nous avions un ministre de l'instruction publique pour toucher de près ou de loin à tout ce qui s'entreprend contre la religion, l'autorisation définitive a été donnée par lui le 4; décembre ^ .
Et je lis dans la Revue de V Instruction publique ^ que de nouvelles autorisations viennent d'être données au cercle Dieppois et au groupe Colmarien,
Et enfin, le F.'. Jean Macé, dans un rapport sur la première année de propagande de la Ligue en France,
1 Bulletin de la Ligue, 4 mars, p. 11.
2 N^ de janvier 1868, p. 9.
3 \'0 du 24 février.
nous apprenait que déjà tous les départements français, excepté douze, étaient enrôlés dans la Ligue, a et c'est M ainsi •>^ , dit Jean Macé, « que la Ligue française finira ->■) par devenir une grande armée. «
Et voici que dans son ardeur extrême de propagande, la Ligue vient s'abattre en ce moment sur Orléans ; sûre d'y trouver une salle disponible et des adhérents quelconques, ce qui se trouve partout, même dans les meilleures villes. L'important n'est donc pas que cette Ligue s'établisse ou ne s'établisse point dans cette ville, c'est que ceux qui n'y doivent pas être, n'y soient pas; bien qu'un journal, que je ne voudrais pas m'accoutumer à croire hostile à la religion, lui prête un appui dont je dois être pour le moins étonné.
Eh bien, ce que j'ai à dire ici , Messieurs , et ce que vous devez redire autour de vous, est bien simple. JVon, absolument non, on ne doit pas s'enrôler dans cette Ligue; il ne faut pas donner l'appoint de son nom, de son honorabilité, de sa position, de son influence et de son argent, à une œuvre qui travaille pour le but que nous savons. ,
Propiigez l'enseignement, à la bonne heure ; c'est ce que la religion a toujours voulu , c'est ce que l'Église a toujours fait, c'est ce que nous voulons tous. A Alalines, j'ai dit assez haut que je voulais l'instruction pour tous, et j'ai réclamé des écoles d'adultes bien avant que le ministre de l'instruction publique et les municipalités en eussent fait bruit; toutefois pas avant que les Erères des écoles chrétiennes, qui sont l'objet de tant de ca-
lomnies et d'injustices ^ eussent commencé; ce qui n'empêchera pas qu'on ne dise encore que je veux, et que nous voulons l'ignorance du peuple. Non, nous voulons, autant et plus que qui que ce soit, l'enseignement et la liberté de l'enseignement, la concurrence dans l'enseignement, mais une concurrence loyale. Ce que nous ne voulons pas, c'est l'enseignement tel que l'entend cette Ligue; c'est l'enseignement séparé de la religion; c'est la religion chassée de l'enseignement; ce que nous ne voulon^pas, c'est l'insulte et la persécution aux instituteurs religieux; c'est la coopération, sous prétexte d'enseignement , au but antichrétien que l'impiété poursuit.
Poussez, Messieurs, les hommes qui veulent bien vous écouter, à favoriser, à développer l'instruction dans toutes les classes, mais non pas en entrant dans cette Ligue ; faites-leur comprendre qu'ils ne peuvent pas, à moins de trahir la religion, se faire, même sous l'honnête prétexte de l'enseignement, les dupes et les COMPLICES de ceux qui travaillent à ruiner, sous couleur d'instruction, dans notre pays et dans le peuple, toute religion.
Messieurs, je n'ai assurément aucune envie, ici, à Orléans, de faire la guerre à qui que ce soit. Il m'est très-dur, je le répète, d'interrompre de chères et paci-
^ Toutefois, il est juste de dire qu'ils ne les rencontrent pas partout. Au concours de l'Hôtel de ville de Paris, pour les écoles Turgot et Ghaptal , sur 233 candidats , 57 ont été admissibles après les premières épreuves.
Sur ce nombre, les Frères en avaient 45, et sur les 35 bourses accordées, les Frères en ont eu 34, dont les 33 premières et la 35'.
fîqucs études j)our ropousser de toiles attaques. Mais quand on vient frapper à la porte de mon bercail, si on s'imagine que je ne crierai pas, on se trompe.
Veuillez agréer, Messieurs , l'assurance de mon profond et religieux dévouement.
t FÉLIX, Evcque d'Orléans.
Le 8 janvier 1869.
LETTRE
DE
ir UÉVÈQUE D'ORLEANS