‹ Nouvelles œuvres choisies de Mgr. DupanloupChapitre 5 sur 49 · TOM. H · texte numérisé non relu

TOM. H

« La Convention , le seul gouvernement vraiment 5) progressif que nous ayons eu depuis soixante ans, et )) qui, à défaut de théorie, était guidée par des instincts » sûrs. » {Ibid.j, p. 151.)

Il est facile et important de remarquer encore que la théologie j pour M. Littré, ce n'est pas seulement la théologie catholique, c'est la connalsscmce de DieUj toute connaissance de Dieu : c'est toute philosophie et toute religion qui admet un Dieu. Il appelle conception théologique du monde toute conception du monde qui admet, d'une manière quelconque, l'idée de Dieu : le monothéisme, le polythéisme, le panthéisme même, sont pour lui des conceptions théologiques, parce que l'idée de Dieu s'y retrouve. La conception positiviste du monde en est absolument débarrassée.

Aussi AI. Littré reconnaît sans peine et déclare que c'est par le fond, « par la nature des questions, que la 1) philosophie, soit théologique , soit métaphysique, est 5) opposée à la philosophie positive. L'une s'occupe de î) l'absolu, l'autre du relatif. 55 {Ibid., p. 37.)

Et alors, quoi d'étonnant s'il n'hésite pas à dire : ce Le socialisme seul » , éclairé par la doctrine du positivisme, qui seul a réellement une doctrine^ « le n socialisme est la religion des classes déshéritées. « [Conservation, p. 228.)

"Le socialisme fuit-il des progrès? S'il en fait, la M situation est bonne, les choses niorchent..., et si l'on » prend contre nous les positions oificielles, en revann che nous prenons, nous, les positions réelles, à

V savoir les convictions, les sentiments^, les conscien- 5) ces. 1) [Ibicl.j, p. 17'2.)

« Quel plus éclatant succès peut désirer le socialisme 55 que (le gagner, avec une aussi prodigieuse rapidité, 55 les esprits et les cœurs? Il peut patiemment laisser ^^ faire des lois. 55 {Ibid. , p. 174.)

Et nicmc ce qui doit nous rassurer, au milieu des instabilités effrayantes qui nous agitent, c'est que « là 5) contre s'élève, au fur et à mesure, la digue solide du 55 socialisme. 55 [Ihid., p. 172.)

Le socialisme n'est rien moins que « le lest qui 55 empêche de chavirer... l'espérance et la foi de ceux 55 qui veulent que Tanarcliie et le trouble qui agitent 55 l'Occident depuis soixante ans aient une fin, et la 55 Révolution une issue. 55 [Ihid., p. 177.)

« Clore la révolution occidentale est le but du socia- 1) lisme et ne se peut que par lui. 55 [Ibid.^ p. 171.)

En un mot, " le socialisme vient pour clore l'ère de 55 la négation et de la destruction. En lui et par lui^ 55 les masses populaires sentent que la Révolution n'est 55 ni un jou de la force et du basard, ni une pure et 55 si m [le insurrection de l'esprit contre les incompati- 55 bilités tbéologiques, mais qu'elle a pour al)outissant 55 nécessaire une régénératioiv radicale qui, chaxgeaxt

55 TOUTES LES C0\DITI0XS MENTALES, CHANGERA PARALI.ÈLE- 55 MENT TOUTES LES CONDITIONS MATÉRIELLES. 55 (Ibid.,

«Telle est la situation. Quelle qu'en soit l'issue, 55 notre rôle à nous, socialistes, est tout tracé : conti- 5) nuer notre propagande infaticjable ^ en France et

« hors de France, par la parole, par la presse, par )) l'exemple. « (Ihid., p. 228.)

Puis, suivant avec vigueur sa pensée, M. Littré indique les moyens d'amener le triomphe définitif du socialisme et du positivisme; ces moyens, les voici: supprimer l'Université, supprimer le clergé, c'està-dire la jjhilosophie j soit théologique ^ soit metaphysique; supprimer le suffrage universel, conférera Paris, au peuple de Paris seul, le droit d'élire le gouvernement, et remettre enfin ce gouvernement aux mains des prolétaires.

Tel est le régime nouveau, et la politique du dogme nouveau.

Il faut enlever tout à la fois, selon M. Littré, l'éducation " à la corporation ecclésiastique î) , et Finstruction « à la corporation universitaire 55 . [Conservation^ p. 16-2.)

Il y a ce nécessité de ne pas entretenir aux frais de » l'État le clergé et l'Université, une éducation et une 15 instruction qui sont un obstacle direct à toute réor- 55 ganisation des croyances et des mœurs... 55 [Ibid,^ p. XV )

Ci Supprimer le budget ecclésiastique... faire cet acte 55 de saine politique et de haute moralité... sans supî5 primer le budget universitaire , ce serait manquer le 55 but... les deux suppressions sont connexes... •» [Ibid.)

55 La suppression des budgets théologique et méta- 55 physique est le corollaire de la suppression de la 55 royauté. ^ (Ihid., p. 163.)

ce Tout se tient; la Révolution, comme un cheval de

5) manège, ne fera que piétiner tant qu'on n'aura pas w franchi résolument ce double pas. » {Ibid.„ p. 1G2.)

Enfin : " Le régime mental auquel on soumet les » générations actuelles, régime à moitié théologique, 5) à moitié métaphysique... régime aussi dangereux 5) pour Tordre que pour le progrés ', est trop mauvais « pour être soutenu par l'État, dés que l'État sera en w des mains vigoureuses et intelligentes. » [Conservation^ préf., p. XV.)

Quelles seront ces mains vigoureuses et intelligentes appelées à saisir et à diriger le timon de l'Etat, quand le dogme nouveau et l'école nouvelle auront prévalu ?

* L'Université et le clergé, la philosophie et la théologie étant supprimés, il faut lire aux pages 107, 108 et 109 du volume Consevcation , Récolutiou , PositiDisme , le nouveau plan d'éducation tracé par M. Comte et adopté par AI. Littré : plan absolument imireî'sei, fait pour le peuple, destiné au plus humble prolétaire , et comprenant aussi les femmes , sauf les modifications c^ue comporte la nature des choses. C'est toute l'encyclopédie des sciences, telle que la conçoivent les positivistes, en dehors de toute idée de Dieu. D'abord, pour les deux couples de sciences préliniinaires , l'un mathématico-astronomicp.ie , l'autre phijsico-chimique , quatre années; puis à cette préyarat'ion inorganicpie succédera, l'étude biologique , condensée en une cinquième année, dans un cours de quarante leçons. Une sixième année est consacrée à la sociologie. Et se fera en même temps et accessoirement l'étude de nos deux principales langues anciennes , à titre de complément' poétique , liée d'ailleurs aux théories historiques et morales dont le ]?rolétaire sera alors préoccupé. Dans la septième année, \ exposition méthodique de la morale. Mais, il faut bien le remarquer, dans cette morale et dans toute cette éducation. Dieu n'aura absolument aucune place. Car la religion, telle que la définit M. Littré, se passe absolument de Dieu , et conforme à la conception du monde — où Dieu n'a ni nom ni place — l'éducation et la morale. Et c'est pour l'accomplissement d'une telle œuvre que M. Littré veut l'institution d'un pouvoir éducateur, complètement indépendant , tout-puissant.

Ce sont les mains « des prolétaires, que leur nombre, 5) leur pauvreté et leur dégagement de la plupart des » préjugés métaphysiques appellent à ce rôle. Les pro- )) létaires montent comme un flot grossissant. Les autres » classes n'ont plus que des pleurs et des regrets; eux 5) seuls ont des aspirations et la fermeté du cœur... Ceux 5) qui ont entamé la Révolution ne peuvent la finir ; 5) cette tâche est dévolue aux prolétaires. « (Ihid., p. 157.)

« Quel est, w dit M. Littré, )) le prolétaire, ouvrier ou 5) paysan, qui, à intelligence égale, ne soit aussi capa- )) ble qu'eux (MM. ThLers, Guizot, Louis Bonaparte) de

55 prendre la direction politique des choses? 5) [Conservation. Positivisme, p. 219-220.)

Selon M. Littré , il n'y a eu, dans ces derniers temps, en France, qu'un seul homme d'Etat, M. Comte. Les autres étaient des taupes , des fourmis . Mais M.. Comte n'étant plus, il reste du moins les prolétaires; et au lieu de « ceux qu'on a nommés hommes d'Etat, et qui, )) ne sachant rien, ne prévoyant rien, ne méritent que 5) le nom de teneurs de portefeuilles » {ibid., 70-71), M. Littré demande expressément qu'on remette le gouvernement de la société aux prolétaires, « afin que » les classes supérieures, si évidemment incapables de 5) conduire les choses en la transition révolutionnaire, » soient, dans l'intérêt de tous, déchargées de leur )) fardeau , et que la généralité des vues et la générosité » des sentiments trouvent enfin de dignes organes, m (Coîtservatiofij, p. 153-154.)

« Pour gouverner, aucun apprentissage spécial n'est

DEFEXSE DE LA RELIGIOX. 55

î) requis... , et quelques-uns de ces prolétaires, qui )) gèrent avec tant de capacité les associations ouvrières, V fourniraient dès à présent des instruments bien autre- )) ment sûrs que tous ceux qu'à notre dam nous pre- " nous dans les hautes classes, v [Ibiil., p. xx-xxi.)

La France, jusqu'à présent, ne l'a pas entendu ainsi. Et voilà pourquoi AI. Littré n'iiésitc pas à déshériter la France entière de tout droit politique, et à conférer au peuple de Paris, seul, le pouvoir d'élire le gouvernement.

« Pour que les prolétaires mettent directement la 55 main au gouvernement, le suffrage universel sera » écarté..., car il ôte à Paris la prépondérance que î5 cette grande cité a eue sur la transmission du pou- » voir... Le positivisme recherche où est la véritable » action électorale dans nos grandes péripéties, et la » trouve dans Paris, qu'il propose d'investir de la fonc- )) tion d'élire pour toute la France le pouvoir exécutif. « (Ihid., p. XX, XVIII.)

ti Le pouvoir central sera composé de trois hommes. » (Ihid., p. 156.)

« Et sans doute, Paris, appelé à cette grande fonc- « tion électorale, ne tarderait pas à confier l'autorité à » des prolétaires. » (IhicL^ p. xxiii.)

Enfin, M. Littré résume tout le système de son régime nouveau par ces paroles : " C'est pour avoir la « liberté que le positivisme supprime les budgets « ecclésiastique et universitaire, ouvre les clubs, et » ôte les entraves de la presse ; c'est pour avoir l'ordre

V qu'il attribue la prépondérance à Paris , eu pouioir » central et aux prolétaires, v [Ihid.j p. xxii.)

C'est alors qu'avec un pouvoir exécutif convenable, il y aura, dans la société nouvelle, a un pouvoir édu- 3) cateur « tout-puissant, lequel élèvera toute la jeunesse de France sans université, sans clergé; et aussi sans Dieu, nous le verrons bientôt. Car Dieu sera chassé de la nouvelle société comme il l'est de la science nouvelle.

Quand tout cela se fera-t-il? Quand les doctrines qui préparent un tel avenir auront-elles été assez propagées dans la jeunesse et dans les masses, par les écrivains de l'école, pour que le prolétariat positiviste puisse prendre dans ses mains vigoureuses et intelligentes les rênes de la société , en même temps que les docteurs du positivisme régneront en maîtres sur l'éducation et pourront à leur aise façonner toute la jeunesse française? Je l'ignore : mais ce que je sais, c'est qu'un honorable membre de l'Académie des sciences morales et politiques, M. Louis Reybaud , dans un rapport présenté à sa Compagnie sur la condition des ouvriers en soie, raconte comment, visitant un iour une nombreuse fabrique, et ayant demandé à un ouvrier si les principes religieux y étaient florissants, il lui fut répondu par cet ouvrier: et Xous, Monsieur, " nous sommes positivistes '. w M. Littré, qui cite ce

* Voici les paroles de W. Louis Reybaud : a II ne me reste qu'à •n ajouter un dernier trait , pour faire comprendre jusqu'où l'imagi- •n nation des ouvriers peut les conduire. Tout récemment, il est t mort à Paris un homme qui, nourri des sciences exactes, a essayé 5 de les introduire dans les sujets qui s'y prêtent le moins, et d'as-

rapport dans ses Paroles de philosophie positive, triomphe de ce fait, et il ajoute: a Xotre force n'est i> pas en nous. Outre les auxiliaires avoues qui sont en » petit nomljre, nous avons les auxiliaires latents et 55 involontaires, qui sont en grand nombre. » (P. 54.) » Nous rencontrons une multitude d'esprits tout pré-

» seoir une religion à lui sur des fondements mathématiques. C'est » Auguste Comte, dont notre confrère, M. Franck, a raconté dans T) une savante analyse, et avec une grande sûreté de jugement, la T, vie et les travaux. Sa religion était la religion positive , ou \e posi- V tivisme , pour employer le mot dont il se servait, un mot assorti 't> à l'idée, et barbare au même degré. Il était à croire que cette n religion n'avait pas franchi le petit cercle d'adeptes dont cet î) homme était entouré, qu'elle avait tout an plus agi sur cette 71 classe de demi-savants que tourmentent les idées fixes, et qui, » à force de vouloir être logiques, arrivent le plus naturellement » du monde à l'absurdité. Qu'on juge de ma surprise lorsqu'un jour, I dans le cours d'une visite, ce mot sortit de la bouche d'un ou- )) vrier. Je lui demandais si, dans la fabrique, les principes religieux ti étaient le fait dominant : Nous, Monsieur, me di(-il, nous 1) sommes posi/it'istes. J'avoue que je ne le compris pas d'abord; » on aurait fort affaire si l'on voulait se tenir au courant de tous

> les dérèglements du cerveau et des mille formes ([ue revêt la D folie humaine. Et comme j'insistais : — Nous sommes positivistes, •n me répéta-t-il, tious croijons au positivisme. Puis il vint au se- Ti cours de mon ignorance, et s'efforça de me prouver que ce » culte était le seul dont les hommes raisonnables pussent s'accom- » moder. J'épargne à l'Académie les divagations auxquelles il se » livra, et ses conunentaires fort étendus sur la religion positive. s Ce qu'il y eut de plus positif pour moi, c'est qu'il répétait une

> leçon apprise , et qu'il n'avait pas la conviction des impiétés qu'il ■t débitait. Ainsi, cet homme que le travail tenait assujetti, et qui s plus d'une fois devait être aux prises avec les besoins de l'exis- « tence, avait trouvé les moyens et le temps de se composer non- 5 seulement une économie politique et une politique à son usage, » mais encore une religion. Cette dernière était évidemment un 5) objet de lu.\e ; il aurait dû s'en tenir à celle qui , dans ses jeunes T> années, avait ému son cœur et pénétré son esprit, s [Journal des Economistes , mai 1858, p. 209.)

V parés, et nous avons, si je puis ainsi parler, des » intelligences dans la place, v (Conservation^ p. 55.)

Ces doctrines et ces espérances du moins sont nettes et d'accord avec elles-mêmes, et ne cherchent pas à dissimuler ce qu'elles ont de dangereux. Quant à M. Renan, il s'enveloppe ici dans des contradictions et les plus étranges sophismes. Est-ce conscience du caractère subversif de ses écrits? Est-ce amour du paradoxe et mépris du lecteur? Quoi qu'il en soit, il soutient que ce la qualité des doctrines importe assez peu w. [EssaiSj, p. VII.) « Le savant » , dit-il, « ne poursuit w qu'un but spéculatif..., de paisibles et inofTensives n recherches î^ [Etudes j, préf. , p. xxi, xxiii); et le pen- )) seur ne se croit qu'un bien faible droit à la direction « des affaires de sa planète " [Conservation^ p. xxxi) ; — Ci la pensée pure... ne demande que le royaume de )) Tair « [Revue des Deux-Mondes j, 1" avril 1 858, p . 510) ; les chefs de la pensée abstraite j, u semblables à de « purs esprits placés en dehors des intérêts, des pas- « sions, des événements de leur époque, ne se dou- « taient pas qu'il y ait une société humaine, ou du 5) moins ils spéculaient comme s'il n'y en avait pas... îj [Ihid., p. 506.)

D'où il conclut que rien ne doit arrêter le penseur : « Leur Jicre jpensée ne se fût pas détournée d'un pas " pour d'humbles soucis étrangers à la passion du vrai, w [Ibid.^ p. 506.) Le penseur a trop de largeur d'esprit pour cela. Bon pour l'homme pratique, pour le bon esprit : « Le bon esprit, ou du moins ce qu'on appelle

» ainsi , qui confine nécessairement par bien des points » au petit esprit , est essentiel au régime de ce monde. 5) [Études y préf., p. xxiii.)

Continuant à mêler le plus outrecuidant mépris aux plus insoutenables paradoxes, AI. Renan ajoute : " Si 53 vos théories sont vraies, me dira-t-on, elles doivent « être bonnes à appliquer. Oui, si Fhumanité en était T) digne et capable. La théorie est toujours un idéal, il )) sera temps de la réaliser le jour où il n'y aura plus )) dans le monde de sots ni de méchants. » [Revue des Deux-Mondes , 1" avril 1858, p. 510.)

Et en attendant, « la qualité des doctrines importe » assez peu. »

Mais lui-même, M. Renan, à qui les contradictions coûtent peu, et qui compte bien que ses lecteurs ne s'en apercevront guère, s'était d'avance infligé sur ce point le démenti qu'il mérite :

iiLaquestion de l'avenir de l'humanité, 5) avait-il dit, (i est tout entière une question de doctrine. " — " La « philosophie seule... est compétente pour la résou- )' dre... La révolution réellement efficace, celle qui 3) donnera la forme à l'avenir, ce sera une révolution •>•> religieuse et morale... Le rôle principal va de plus » en plus, ce me semble, passer aux hommes de la w pensée... i? [Liberté de penser ^ t. Il, p. 139.) Voilà la vérité.

Sur tout cela, M. Renan se rassure lui-même, et cherche à nous rassurer; voici comment:

« Les lecteurs capables de trouver du goût à un écrit y> sont capfables aussi d'en découvrir le venin ^ s'il y en

« a. Quant à ceux qui s'en scandalisent, leur scandale V même est un sentiment délicat et touchant, qu'ils « ne doivent point regretter. ^^ Bien plus : u On peut y> même dire qu'ils devraient savoir gré à celui qui 55 provoque chez eux un tel acte de foi , et leur fournit 55 l'occasion de s'envisager comme privilégiés d'une « manière spéciale pour la possession de la vérité, m {Essais j, préf., p. vu.)

Quand on connaît les doctrines de M. Renan et le venin qui s'y trouve, on peut apprécier et qualifier le raffinenîent qu'il y a dans ces paroles, en même temps que les inventions de dédain où il se complaît.

J'ai le regret de trouver dans M. Littré des paroles analogues à celles de M. Renan : ce Pourquoi inquiéter 55 des âmes paisibles à qui les croyances antiques sont 55 chères?... A cet égard, je n'entre pas en scrupule. 55 Cet écrit ne leur est pas destiné. Le péché en sera 5) sur leur conscience, si elles le lisent et en sont trou- 55 blées. 55 {Paroles de philosophie j, positive , p. 28.)

M. Taine professe la même indifférence à l'endroit des doctrines et de leurs conséquences, et il l'exprime avec la liberté et le sans-gêne habituel de son ton et de son langage :

'c Je fais deux parts de moi-même, 55 dit-il, « lliomme 55 ordinaire, qui boit, qui mange, qui fait ses affaires, 5; qui évite d'être nuisible et qui tâche d'être utile. Je 55 laisse cet homme à la porte... L'autre homme, à qui 5) je permets l'accès de la philos ojyhie, ne sait j^as que î5 ce public existe. Qu'on puisse tirer de la vérité des 55 effets utiles, il ne l'a jamais soupçonné. A vrai dire,

DÉFENSE DE LA UELIGiON. 61

5 CE N^EST PAS UN HOMME : c'cst un instrument doué de ) ]a faculté de voir, d'analyser et de raisonner... Vous 5 croyez qu' 1 souhaite autoriser le sens commun et 5 prouver le monde extérieur? Point du tout. Que le genre hinfiain se trompe ou non ., que la matière soit une chose réelle ou une aj)parence illusoire, il ny •> met f oint de différence. — Mais vous êtes marié, lui 3 dit Keid. — Moi! point du tout; bon pour Vcinimal •1 extérieur que j'ai mis à la porte. — Mais, lui dit 5 M. Royer-Collard , vous étalilissez la révolution dans ) l'esprit des Français. — Je n'en sais rien. Est-ce qu'il I) y a des Français?... » (Pliil. français, p. 35-36.)

A[;rès de telles paroles, je ne m'étonne pas qu'un des grands reproches que M. Taine adresse à M. Royer- Collard, à M. Jouffroy, à iM. Cousin, soit de s'être préoccupés de l'application possible des doctrines.

La vérité sur tout cela, ces Messieurs la savent aussi bien que nous, et ils l'ont dit eux-mêmes :

't Ln dogme nouveau amène un régime nouveau. « (M. Littré, Cons élévation, p. xxx.)

'i Dans cette conception du monde , il y a une mrrale, '5 Ui;e politique, une religion nouvelles, et c'est notre " all'iJre aiijourd'hui de les chercher, v (M. Ta ne, Heine des Deux-Mondes, 15 octobre ]8()-^, p. 1H8.)

^^ L'avenir de l'humanité est tout entier une question « ce (!( clrine. " (M. Renan.)

C2 XOUVELLES OEUVRES CHOISIES.

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